Tour d’Italie 2023 : Les révélations du Giro
TOUR D’ITALIE 2023 – Le premier Grand Tour de l’année vient de délivrer son verdict. Primoz Roglic est le grand gagnant de cette édition devant Geraint Thomas et Joao Almeida. Derrière les stars du général, de nombreux coureurs se sont mis en lumière et se sont révélés aux yeux du grand public.
Loin de la bagarre pour le maillot rose qui concerne seulement une poignée d’hommes, les chasseurs d’étapes se sont régalés sur ce Giro. Parmi eux, des coureurs en attente de confirmation et des quasi inconnus du grand public qui ont levé les bras pour la première fois sur un grand tour, mais aussi des forçats de la route qui se sont distingués par leur abnégation malgré l’absence de victoire. Cette cuvée 2023 du Tour d’Italie a eu son lot de révélations et de promesses pour le futur.
Milan, maillot cyclamen presque surprise
Jonathan Milan (Bahrain-Victorious) est le coureur le plus rapide du peloton sur ce Giro 2023. À domicile, il a tout simplement impressionné son monde, grâce à sa puissance, et ce dès le premier sprint à San Salvo. Une victoire qui aurait dû en appeler d’autres, mais il a toujours manqué quelque chose à Milan pour l’emporter par la suite, et surtout du placement. Quatre fois deuxième, il doit sortir frustrer de son Giro, tant sa supériorité semblait évidente.
Néanmoins, Milan peut se consoler avec le maillot cyclamen. Il s’en est emparé dès la deuxième étape pour ne plus le lâcher, allant même jusqu’à s’immiscer dans une échappée pour le conforter (16ème étape). Il a remporté ce classement par points haut la main en se montrant régulier tout au long des trois semaines de course. Le natif de Tolmezzo a marqué les esprits à seulement 22 ans. Milan épate grâce à une puissance phénoménale, mais son placement laisse à désirer. Une équipe construite autour de lui avec un vrai train dans le futur devrait lui permettre de faire des ravages. Mais ce ne sera pas chez Bahrain-Victorious, le massif sprinteur transalpin étant sur le départ en fin de saison.

La surprise Israel-Premier Tech
C’est le vent de fraîcheur qui a accompagné ce Giro. L’équipe Israel – Premier Tech s’est montré offensive et ambitieuse tout au long de la course. À la recherche d’une victoire d’étape, c’est à travers des échappées que les coureurs ont tenté leur chance. Derek Gee, avec six Top 5 s’est montré particulièrement à son aise. D’autant plus que l’on compte quatre deuxième place dans tout cela. Des performances qui en ont surpris et bluffé plus d’un au sein du peloton et des suiveurs. Pour son premier Grand Tour, il n’aura manqué que la victoire au natif d’Ottawa. À ses performances lors des étapes, on peut rajouter que Gee termine deuxième des classements par points et de la montagne
Le Canadien est un coureur tout-terrain. Avant le Giro, son seul fait d’arme était un titre de champion national du contre-la-montre. Une explosion au plus haut niveau qui est méritée, tant ce coureur donne tout sur sa bécane. Il ne lâche jamais rien et n’est jamais le dernier à prendre son relais. Un coureur généreux dans l’effort, comme le peloton en a besoin.

À ses côtés, Marco Frigo s’est, lui aussi, démarqué au sein de la formation israélienne. Il compte deux fois moins de deux Top 10 que son équipier, mais son niveau n’en a pas été moins remarquable. Pour Frigo aussi, ce Giro est son premier Grand Tour, et le moins que l’on puisse, c’est qu’il a tenu la longueur. Comme pour Gee, la victoire lui a échappée, mais dans le même sens, l’abnégation et la volonté de Frigo ont épaté. Lui aussi s’est fait un nom sur ses terres.
Enfin, on peut aussi ajouter au palmarès de la formation que l’Australien Sebastian Berwick a terminé sur le podium de la douzième étape. Surnommée la maison de retraite du peloton, Israel – Premier Tech se rajeunit avec le temps.
Retour au top pour la Jayco-AlUla
Eddie Dunbar est à 26 ans la grande surprise au classement général. À la pédale, l’irlandais s’est fait une place au sein du Top 10. Finalement septième à Rome après avoir flirté pendant quelque temps avec la quatrième place, il s’est trouvé un peu juste physiquement pour finir plus haut. L’ancien de chez INEOS Grenadiers a bluffé son monde en s’accrochant jour après jour aux roues des cadors. Le chrono final lui aura beaucoup coûté dans un Giro qu’il a terminé en tirant la langue.
Dans une équipe qui se cherche un nouveau leader pour le classement général en plus de Simon Yates, Dunbar semble être une option crédible à court et moyen terme pour assurer quelques bonnes places dans les futurs classements généraux des Grands Tours.
Puis, avec Filippo Zana, la Jayco-AlUla a trouvé un équipier modèle, mais aussi un super chasseur d’étapes. Le champion d’Italie a manqué la cible lors de la huitième étape à Fossombrone, mais il a rectifié au dix-huitième jour de course au Val di Zoldo. Le tout en assurant auprès de son leader pour le général final. Zana a été amené à rouler pour Dunbar lorsque ce dernier a été en difficulté.

Aussi, Michael Hepburn a abattu un boulot considérable lors de l’étape reine entre Longarome et les Tre Cime. Un travail herculéen, d’autant plus que la haute montagne n’est pas du tout dans le registre de l’Australien. On peut ajouter à cela que Michael Matthews comme souvent ne s’est pas manqué au moment de répondre présent. Il a levé les bras dès la troisième étape enlevant ainsi une pression de résultats à ses plus jeunes équipiers.
Healy, Leknessund et consorts en animateurs
Ben Healy est un coureur plein de panache. Il l’a encore montré à tout le monde, mais cette fois-ci lors d’une course longue de trois semaines. Après une campagne de classiques réussie, il a poursuivi sur sa lancée lors du Giro. Healy a remporté la huitième étape après un effort solitaire de plus de cinquante kilomètres. Tout simplement extraordinaire ! De plus, Healy ne s’est pas écroulé sur la longueur. Il a montré qu’il tient bien le choc des trois semaines en jouant le classement de la montagne à Thibaut Pinot jusque dans les derniers jours. Mais l’Irlandais a montré moins de fraîcheur que le Français dans le money time. Rien d’illogique, au vu de son printemps de mammouth.
Andreas Leknessund n’a pas levé les bras sur ce Giro 2023. Cependant, le Norvégien de la DSM s’est fait remarquer puisqu’il a porté le maillot rose de leader pendant cinq jours grâce à une échappée opportuniste. Le plus impressionnant reste le fait que le coureur de 24 ans s’est accroché chaque jour aux leaders pour terminer dans le Top 10 au général, à une honorable huitième place.
Les frères Paret-Peintre (AG2R Citroën) ont fait fort. Aurélien, l’aîné, a remporté une étape pour la première fois de sa carrière sur un Grand Tour. Malgré tout, sa place finale au général est décevante, puisqu’il conclut le Giro à la quinzième position. Pour son petit frère Valentin, le constat est différent. Le natif d’Annemasse n’a approché la victoire qu’à une reprise, à Crans-Montana, en terminant cinquième. C’est son travail au sein des échappées, pour ses leaders, qui a été formidable. Un beau baptême du feu pour sa première course de trois semaines à 22 ans.

Enfin, deux autres coureurs ont remporté une victoire d’étape de cette envergure pour la première fois de leur carrière. Davide Bais (Eolo-Kometa) s’est imposé au Gran Sasso et a porté pendant huit jours le maillot bleu de meilleur grimpeur. Un classement qu’il a conclu au pied du podium. Einer Rubio a remporté la treizième étape, à Crans-Montana. Le grimpeur colombien de la Movistar s’est montré à son aise en haute montagne. Une aisance qui aurait dû, en plus de sa victoire d’étape, lui permettre d’intégrer le Top 10 à Rome. Il s’en est fallu de peu, puisqu’il termine à la onzième position. Rageant pour celui qui progresse d’année en année sur le Giro. Confirmant par ailleurs son début d’année 2023 intéressant, symbolisé par une victoire d’étape sur l’UAE Tour.
Comme tous les ans, le Giro a permis à des coureurs de jouir d’une certaine liberté et donc de pouvoir se montrer. Ceux qui ont réussi à performer ont pris rendez-vous avec le futur, car chaque résultat attend une confirmation, encore plus lorsque la carrière va se poursuivre pendant des années durant. Pourtant, parmi les coureurs cités plus haut, certains viennent probablement de vivre le pic de leur carrière. Mais cela, seul le futur le dira.


