Hakim Miloudi, vilain petit canard repenti
À 25 ans, Hakim Miloudi est l’un des joueurs français de rugby à XIII les plus talentueux. Il brille outre-Manche et essaye de se séparer de l’image de mauvais garçon qui lui a souvent joué des tours. Sa jeunesse, le rugby, ses excès ou sa nouvelle vie en Angleterre, l’international français se livre sans concession.
Parcours express
« Hakim Miloudi, je viens d’avoir 25 ans et j’ai commencé le rugby très jeune, à 6 ans, au XIII Catalan. Quand j’étais petit, j’étais un « petit cochon » donc j’ai commencé à jouer à des postes devant. J’ai arrêté le rugby pour faire deux ans de boxe, mais cela me manquait trop donc je suis revenu au XIII Catalan. J’ai tenté le coup à l’USAP à XV pendant un an et demi, je jouais ouvreur. Puis j’ai fait mon retour à Saint-Estève XIII catalan en juniors. J’ai finalement été surclassé avec l’équipe séniors. Pour mon premier match chez les grands, je mets 5 essais contre Montpellier, un grand souvenir. Premier contrat pro avec les Dragons Catalans avant de partir à Palau pour raisons disciplinaires, je fais une très bonne saison là-bas en Élite 2. Retour ensuite aux Dragons Catalans pendant un an avant de signer à Béziers en Pro D2 à XV. Je jouais premier centre mais je prenais peu de plaisir, j’ai donc arrêté au bout de quelques mois. »
« Je retourne à XIII à Carcassonne, je remporte la Coupe de France et ensuite Vinnie Anderson est devenu mon agent et m’a trouvé une superbe opportunité en Angleterre. J’ai fait deux matchs d’essais avec les U23 de Hull et les dirigeants ont été satisfaits de moi. Ils m’ont proposé deux ans de contrat, pour les saisons 2018 et 2019. »

Hakim Miloudi soulève la Coupe de France en compagnie de ses coéquipiers – Crédit : AS Carcassonne XIII
XIII ou XV : les raisons d’un choix
« Il y a plusieurs choses à cela. Déjà, le XIII, j’ai grandi dedans depuis que je suis tout petit, c’est ma famille. Ensuite, je ne dénigre pas le XV mais les structures de jeu me plaisent moins qu’à XIII. J’ai pris du plaisir à jouer à XV mais pas autant qu’à XIII : c’est en continu, il n’y a pas de temps mort. Et puis c’est vrai que mon jeu basé sur de l’instinct, les appuis et la vitesse est plus adapté au XIII. A XV, si je tente un coup et que les gars ne me suivent pas, je vais perdre le ballon au contest, à XIII je peux faire le tenu. J’ai davantage envie de tenter des choses du coup, car je sais que j’ai moins ce risque de perdre le ballon. Le XIII me donne plus de libertés. »
Des heures compliquées pour le XIII en France
« C’est un sport magnifique, je suis persuadé que le rugby à XIII va réussir à retrouver sa place en France. La nouvelle Fédération Française donne plus d’accessibilité à notre sport et il faut continuer sur cette voie car c’est comme cela qu’on va réussir à reconquérir un public plus large. Les Dragons Catalans ont gagné la Cup, c’est aussi une vraie bonne chose pour notre sport. L’Équipe et d’autres médias en ont parlé, il faut vraiment se servir de cela. »
Message aux plus jeunes, « tentez le XIII »
« Le XIII, c’est un sport dans lequel on prend beaucoup de plaisir avec le ballon dans les mains. Les contacts, les lancements de jeu et le sport en lui-même est beau et il y a beaucoup de plaisir à prendre. Venez tenter l’expérience XIII, vous ne serez pas déçus ! »
Le vilain petit canard du XIII français
« Le vilain petit canard du XIII français, ce surnom était mérité. J’étais jeune, un peu foufou. A Perpignan où je connais tout le monde, j’étais un fêtard et je l’assume. Aujourd’hui, cela m’a beaucoup servi et quand je regarde derrière moi, je me demande comment j’ai pu être comme ça alors qu’on m’a laissé plusieurs chances, notamment avec les Dragons ou l’équipe de France. J’ai renvoyé une mauvaise image qui ne me correspond pas en plus. Moi, ce que j’aime, c’est jouer au rugby et je veux le faire encore longtemps.
« Beaucoup de gens ont parlé et ont une mauvaise image de moi, encore une fois je le comprends, rugby professionnel et faire la fête tout le temps, ce n’est pas compatible. J’ai appris de ces erreurs et aujourd’hui, je sais où je veux aller donc quelque part, cela m’a vraiment servi pour en être là aujourd’hui. »
La vie en Angleterre : un Hakim nouveau
« Quand je vois ce que cela m’a apporté aujourd’hui, je regrette de ne pas être parti là-bas plus tôt. J’ai gagné en maturité, j’ai dû apprendre à me débrouiller tout seul. Je ne parlais même pas anglais en arrivant et j’ai dû tout faire tout seul, que ce soit sur le terrain, à l’entraînement ou dans la vie de tous les jours, j’ai été livré à moi-même. Au début, c’était vraiment dur, entre l’isolement, le froid et la nouvelle culture mais cela m’a tellement fait grandir. »
« Quand j’étais plus jeune, j’ai eu des propositions pour partir en Angleterre et en Australie, je regrette de ne pas les avoir saisies. Après, aujourd’hui, j’avance et le travail paie car je fais une belle saison cette année avec Hull et le public est reconnaissant. Ça fait du bien, vraiment. J’ai appris énormément, et pas que sur un terrain de rugby. »
Hull FC : une belle saison
« Oui, c’est une belle première saison en Angleterre. Que ce soit avec Hull ou avec la réserve de Doncaster, je me donne à fond. J’ai joué 11 matchs pour 5 essais en Super League, c’est bien mais j’aurai aimé que collectivement, on fasse encore mieux. J’espère que l’équipe va bien se renforcer pour être encore plus compétitive en 2019. Avec Doncaster, j’ai pu m’éclater, marquer de beaux essais, faire gagner l’équipe et jouer avec un ami, Karim Madani. »
.@HakimMiloudi2 running down the wing for @hullfcofficial#SLHulCas pic.twitter.com/MY7Dqe3w7k
— Betfred Super League (@SuperLeague) September 8, 2018
Équipe de France : la trahison
« On joue contre la Jamaïque, je fais une bonne performance et on doit partir le lendemain en Australie. A l’époque, je fréquentais une fille, je l’ai rejoint en centre-ville pour boire un verre et de là, je me suis accroché avec des personnes… De là, tout le monde a appris que j’étais sorti. C’était débile de ma part, la seule chose que j’avais à faire c’était de rentrer chez moi pour profiter de ma famille avant le départ. Je me rends compte que j’ai vraiment manqué une occasion de montrer ce que je savais faire, une Coupe du monde, ce n’est pas rien. J’ai foiré, je sais pas comment j’ai pu arriver à me tromper à ce point à ce moment-là et je le regrette vraiment. Des erreurs comme ça, je n’en referai pas, je sais où je veux aller aujourd’hui. »
« Et puis là où je m’en veux aussi, c’est que j’ai trahi Aurélien Cologni, le sélectionneur, qui m’avait fait confiance alors que beaucoup lui disaient qu’il était fou. Il m’avait toujours soutenu et moi, en faisant cette connerie, je lui ai planté un couteau dans le dos. »

Hakim Miloudi avec l’équipe de France contre la Jamaïque en match amical (13/10/2017)
Équipe de France : l’envie
« J’ai parlé avec Aurélien, je lui ai dit que j’avais envie, il m’a répondu qu’il y avait une possibilité. Je dois aussi m’entretenir avec le président de la Fédération, avec Aurélien à nouveau, notamment pour présenter à nouveau des excuses. J’espère qu’aujourd’hui, ils savent à quel point je regrette ce qu’il s’est passé l’année dernière. J’ai envie de faire partie de cette équipe de France à nouveau pour apporter tout ce que j’apprends en Angleterre. »
La France qui gagne
« C’est vrai que c’est une belle année pour le sport français avec la Coupe du monde en football mais aussi les Dragons Catalans qui gagnent la Cup en Angleterre. Cela donne encore plus envie de porter ce maillot et j’espère être là pour la Coupe d’Europe avec les Bleus. »
Aller le plus loin possible
« J’ai envie de continuer sur ma lancée. Il me reste un an de contrat avec Hull et le but, c’est d’essayer de gagner la Super League. Aucun Français ne l’a encore gagnée même si Morgan, Romain et Théo peuvent le faire cette année. J’ai envie de gagner des titres. Si un jour je dois rejouer avec un club français en Super League, ce sera les Dragons car c’est mon club. Mais pour le moment, je suis très bien en Angleterre. Devenir l’un des meilleurs joueurs de Super League, c’est aussi mon objectif et je vais travailler dur pour ça. »
« Et comme je l’ai dit, rejouer avec les Bleus et battre des grandes nations comme la Nouvelle-Zélande ou l’Angleterre, ça fait également partie de mes envies. Je ne me fixe aucune limite, j’ai envie d’aller le plus loin possible. »


