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Irlande : Quel avenir pour le XV du Trèfle ?

Alexandre Jeffroy

Publié le

Irlande - Quel avenir pour le XV du Trèfle
Photo Icon Sport

RUGBY INTERNATIONAL – Cela faisait près de dix ans que les Irlandais n’avaient plus perdu face au XV de France à Dublin. Plus globalement, sur les quinze dernières années, l’Irlande a connu une très belle réussite, qui commence à contraster avec la période actuelle. L’équipe, qui a changé de sélectionneur l’année passée, apparait en fin de cycle. 

La défaite face au XV de France (13-15) marque une vraie rupture. Déjà, en octobre, les Français avaient dominé les Irlandais au Stade de France. Cela faisait quatre ans que les Bleus n’avaient pas réalisé une telle performance. Maintenant, le XV de France, tout en étant favori, se permet même d’aller s’imposer à Dublin. S’il n’y a aucun mérite à enlever aux Bleus, l’Irlande n’est plus tout à fait ce qu’elle était. Elle a d’ailleurs perdu ses deux premiers matchs cette année, ce qui l’élimine, sauf énorme miracle, de la course pour la victoire finale. Plusieurs éléments peuvent expliquer ce qui semble être la fin de cette période faste pour le rugby irlandais. Plus important encore, comment le XV du Trèfle peut-il survivre à cette fin de cycle ?

L’ère des VI Nations et la nouvelle dimension

En 1985, l’Irlande remporte son dernier Tournoi des V Nations. En 2009, elle gagne son premier Tournoi des VI Nations. Que s’est-il passé durant ces vingt-quatre années ? Jusqu’en 1999, qui représente la dernière édition des V Nations, l’équipe d’Irlande vit une des périodes les plus sombres de son histoire. En effet, en quatorze éditions, elle termine treize fois dernière ou avant-dernière du tournoi. À cette époque, l’Irlande est vraiment considérée comme le maillon faible du Tournoi. En 2000, avec l’introduction de l’Italie, le tournoi passe à six nations. Sous le sélectionneur irlandais Eddie O’Sullivan, l’Irlande progresse. Entre 2001 et 2008, elle termine cinq fois à la deuxième place du tournoi, sans toutefois parvenir à le remporter. Il faut attendre 2009, et le début de mandat de l’Irlandais Declan Kidney, pour la voir enfin remporter le tournoi avec, en prime, le Grand chelem.

En 2013, le Néo-Zélandais Joe Schmidt débarque en Irlande. C’est sous sa direction que le XV du Trèfle vivra ses plus belles années. En effet, il gagne trois tournois des VI Nations en cinq ans (2014, 2015 et 2018), dont un Grand chelem en 2018. Mais ce n’est pas tout, puisqu’en 2016, à Chicago, l’Irlande écrit un nouveau chapitre de son histoire en battant, pour la première fois, les All Blacks. En 2018, elle conclut une année magique avec une nouvelle victoire face aux hommes de Steve Hansen à l’époque.

Néanmoins, il faut tout de même apporter une nuance en évoquant son parcours en Coupe du monde. Depuis la création de la Coupe du monde, l’Irlande n’a toujours pas passé le cap des quarts de finale. En 2015, à Cardiff, elle échoue face à l’Argentine d’une manière très décevante. En 2019, au Japon, l’Irlande est totalement dépassée par les All Blacks, qu’elle avait dominé un an plus tôt. Après la Coupe du monde 2019, c’est un nouveau sélectionneur qui prend la sélection en main.  Il s’agit de l’Anglais Andy Farrell.

Qu’est-ce qui a permis à l’Irlande de briller ?

Il convient de comprendre les facteurs qui ont fait la réussite de cette Irlande ces dernières années. Il faut, tout d’abord, évoquer la patte Joe Schmidt. Le coach néo-zélandais a su mettre en place un style de jeu très pragmatique et extrêmement efficace. La force des Irlandais résidait dans la conquête, la défense et une certaine maitrise des rucks d’une part. D’autre part, un style offensif extrêmement planifié, basé sur le jeu d’occupation et les longues séquences de jeu ballon en main avec des phases à une ou deux passes maximum. Le but était de chercher la faute adverse en priorité. En 2018, après sa défaite face à l’Irlande, le sélectionneur des All Black Steve Hansen parlait « d’une exécution très juste et très propre du rugby ». Un rugby sans grande envolée mais extrêmement efficace en somme.

Pour gagner des titres et marquer les esprits, il est aussi nécessaire de posséder des joueurs de haut niveau. Et ce genre de joueurs, sur les vingt dernières années, l’Irlande n’en a pas manqué. En 2009, par exemple, les artisans du Grand chelem s’appellent Donncha O’Callaghan, Paul O’Connell, Ronan O’Gara ou encore Rob Kearney. Bien sûr, la grande star de cette équipe se nomme Brian O’Driscoll, considéré par beaucoup d’acteurs comme l’un des meilleurs centres de l’histoire du rugby. Sous Schmidt, l’équipe ne manque pas non plus de tauliers. Ils se nomment Cian Healy, Rory Best, Peter O’Mahony ou encore Conor Murray. Là aussi, une star est présente. Il s’agit de l’ouvreur Jonathan Sexton, élu meilleur joueur du monde en 2018. Tous les joueurs cités sont des références à leurs postes dans le monde, ainsi que des leaders des Lions britanniques et irlandais. À présent, sous Farrell et avec cette génération dorée vieillissante, la donne a bien changé côté irlandais.

Avec quel jeu pour les prochaines années ?

Alors comment éviter de retomber dans les années galères de la fin des V Nations ? Déjà, le sélectionneur Andy Farrell doit mettre en place un nouveau style de jeu. Pour l’arrière irlandais du Racing 92 Simon Zebo, le XV du Trèfle a déjà commencé à opérer sa transformation. « Les choses sont en train d’évoluer avec Farrell. Il veut développer un rugby plus ouvert, plus ambitieux » disait-il au Figaro. Néanmoins, lorsque l’on regarde les dernières rencontres de cette équipe, difficile de voir une évolution. Tony Ward, ancien international irlandais, est très critique envers le jeu proposé par l’Irlande, lorsqu’il se confie à l’Irish Independant. « Soyons honnêtes, l’Irlande a un plan de jeu limité, stéréotypé, que l’on associe à un rugby ennuyant. »

Ainsi, Ward prône l’idée d’un rugby irlandais « plus avancé ». Cela sous-entend que le rugby irlandais doit se moderniser, ou, en tout cas, se conformer davantage aux tendances actuelles, qui ne sont plus les mêmes qu’il y a deux ou trois ans, tant les choses évoluent rapidement. Pour l’ancien ouvreur de l’Irlande, une évolution est possible si les efforts sont réalisés. « Pat Lam a réussi à mettre en place un style de jeu offensif et efficace avec le Connacht (province irlandaise).  Si on le désire réellement, cela peut-être appliqué au niveau international. » Faire évoluer le jeu irlandais vers un rugby plus offensif pourrait donc être une des pistes à envisager.

Une charnière en reconstruction

Comme nous l’avions déjà évoqué, la belle génération irlandaise est en bout de course. Le renouvellement d’un cycle semble être une priorité. Au Midi Olympique, l’ancien demi de mêlée international français, Dimitri Yachvili, évoquait l’urgence qu’il y avait à renouveler la charnière. « Andy Farrell veut maintenir la charnière historique (Murray-Sexton) parce que son expérience est à ses yeux importante. Mais elle maintient aussi l’équipe dans un style de jeu qui correspond de moins en moins aux standards internationaux. » Des postes aussi importants que ceux de la charnière doivent être pourvus par des joueurs de très haut niveau.

Tony Ward se montre optimiste quant à la succession du demi de mêlée Conor Murray. « Gibson-Park a apporté un jeu au pied plus varié que celui de Murray », à propos de sa prestation face à l’équipe de France, dimanche.  Chez Virgin Media, Ronan O’Gara le rejoignait dans son jugement. « J’ai trouvé Gibson-Park très bon. Il y a beaucoup de très bons demis de mêlée en Irlande. » Cela sous-entendait notamment Craig Casey (21 ans), demi de mêlée du Munster, qui est l’un des joueurs les plus prometteurs de sa génération.

Au poste d’ouvreur, en revanche, la succession de Jonathan Sexton semble beaucoup plus compliquée. Difficile de voir un successeur qui se dégage clairement. Face à la France, Billy Burns et Ross Byrne ont eu leur chance, sans rassurer les observateurs. Mais pour Ronan O’Gara, il n’y a pas de temps à perdre. « Pour se préparer à la Coupe du monde, il faut tout de suite saisir les chances de tester ces joueurs ».

L’Irlande doit aussi se baser sur des acquis

Si la succession à la charnière est préoccupante, l’Irlande peut tout de même compter sur des leaders déjà établis à certains postes. Tadhg Furlong, James Ryan ou CJ Stander seront les patrons du pack en 2023. Derrière,  l’ailier James Lowes est séduisant, tout comme Garry Ringrose au centre. Néanmoins, il reste encore à déterminer qui prendra la relève de Rory Best (retraité en 2019) au poste de talonneur et de Rob Kearney à l’arrière.

Concernant le jeu, l’Irlande peut toujours se baser sur l’une des meilleures conquêtes du monde. Tony Ward se dit notamment rassuré des prestations en mêlée et en touche. Dimanche, la touche irlandaise a énormément embêté les Bleus. C’est sans nul doute grâce au travail de Paul O’Connell, qui a rejoint le staff ces dernières semaines. À présent, l’Irlande doit être tournée vers l’avenir. Opérer un changement de cycle peut prendre du temps, et certains le savent mieux que d’autres. L’Irlande se doit de rester en haut de l’affiche du rugby européen. Mais elle doit aussi franchir un cap en Coupe du monde. Pour toutes ces raisons, Andy Farrell, déjà menacé à en croire la presse irlandaise, va avoir beaucoup de boulot.

Alexandre Jeffroy


Journaliste/Rédacteur depuis octobre 2020 - Bolt qui foudroie le record du monde du 100 mètres, les derniers essais de Dominici, les premières charges dévastatrices de Bastarocket... de beaux souvenirs pour une grande passion, celle du sport. L’histoire du sport aussi. Comprendre le rôle qu’il a eu, celui qu’il a et celui qu’il aura dans notre société. Le sport au passé, au présent, au futur. Le sport tous les jours, matin, midi et soir. A défaut d’être un grand sportif, je suis et je raconte l’actualité et l’histoire des championnes et des champions qui savent se dépasser pour accomplir des merveilles.

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