Jade Wiel : « J’espère pouvoir être encore plus forte en 2021 »
CYCLISME – Championne de France sur route élites à 19 ans il y a deux saisons, Jade Wiel incarne une nouvelle génération pétillante pour le cyclisme français. Après une saison 2020 mitigée en termes de résultats et de toute façon particulière, la native d’Aix-en-Provence aborde 2021 avec envie. Entretien.
Jade, comment s’est déroulée votre préparation jusqu’à maintenant ?
On a eu un premier regroupement en décembre pour récupérer le nouveau matériel et découvrir le nouveau service course. Là, on revient d’un stage en Espagne qui s’est bien passé. On devait terminer ce stage par une course (la Vuelta CV), mais celle-ci a été annulée. On a quand même bien roulé, pour une fois, on n’a pas eu trop de vent, ce qui nous a permis de faire un gros travail en contre-la-montre. C’était, en tout cas, sympathique de rouler ensemble.
Revenons à cette saison 2020 particulière : quel bilan tirez-vous de celle-ci ?
On va dire que c’est un peu mitigé. J’ai réussi à être en forme au moment où je le voulais, mais ça ne s’est pas traduit en termes de résultats. Je suis un peu déçue de ne pas avoir réussi à conserver le maillot de championne de France, car j’avais de très bonnes sensations ce jour-là. La fin de saison a été un peu longue, voir les courses s’annuler au fur et à mesure, ce n’était pas facile. Côté positif, je garde en mémoire le petit roadtrip que j’ai pu faire à la sortie du premier confinement. Ça m’avait permis d’en apprendre plus sur moi-même, de me surpasser.
Pour l’équipe, il y a de la satisfaction, puisqu’on a pu décrocher notre première victoire World Tour sur le Giro d’Italia féminin avec Évita Muzic. Il y a aussi eu la victoire sur la Race Torquay en Australie avec Brodie Chapman. C’était vraiment une belle expérience d’aller courir là-bas.
À propos de votre titre de championne de France en 2019 et de votre année 2020 mitigée, qu’est-ce qu’il vous manque selon vous pour être plus régulière en termes de résultats ?
Je pense que je dois faire davantage de courses à haut niveau, courir avec mes leaders. Après, j’ai été embêtée la saison passée avec un mollet, puisqu’on m’a diagnostiqué un Syndrome des loges. J’ai pu soigner ça cet hiver et maintenant, on va voir ce que ça donne. Maintenant que je me sens un peu moins limitée, j’espère pouvoir être encore plus forte en 2021.
🚴♀️🇫🇷À seulement 19 ans, Jade Wiel devient la nouvelle championne de France sur route ! #FFC #Cyclisme pic.twitter.com/lJjDznQTsd
— France tv sport (@francetvsport) June 29, 2019
Quel est votre programme de courses pour ce début d’année 2021 ?
Normalement, on va commencer avec les classiques belges (Het Nieuwsblad, Le Samyn). Je dois avoir ma première course à étapes le mois prochain au Pays-Bas (9 au 12 mars), mais ça reste assez chaud vu le contexte actuel. On devrait recevoir notre programme d’ici la fin de semaine. J’espère également pouvoir faire Paris-Roubaix (11 avril).
En parlant de Paris-Roubaix, la première édition aura lien cette année pour les dames. Est-ce une course qui vous fait rêver ?
Je disais ça avant de faire la reconnaissance l’année dernière (rires) ! La reco’ a été dure mentalement. Mais après, avec du recul et le retour des gars qui l’ont fait, je me dis que c’est à faire, et j’ai vraiment envie de le faire. Il paraît que le jour J, on n’a aucune douleur aux mains, aux bras etc ! Rien que pour le spectacle, j’ai vraiment envie d’y aller et dire que j’ai fait Paris-Roubaix. C’est un mythe en France !
Revenons à votre équipe, la FDJ Nouvelle Aquitaine Futuroscope. Vous avez prolongé au sein de celle-ci jusqu’en 2023. Était-ce une évidence pour vous ?
Oui ! Comme je le dis, je crois que si c’était possible, je signerais un CDI ! Je m’y sens vraiment bien, je me sens écoutée et je sais que j’ai la confiance de tout le monde. On sait aussi me remettre à ma place quand il le faut, donc c’est très bien. Et puis on arrive de plus en plus à recruter des têtes d’affiche (Chapman et Ludwig en 2020, Cavalli en 2021), donc ça donne envie. Enfin, faire partie du WorldTour (8 équipes en font partie actuellement), ça nous permet de voir grand.
Avant de prolonger, avez-vous eu des pistes venant d’autres équipes, françaises ou étrangères ?
Avant de prolonger non. Mais avant d’arriver dans l’équipe oui, j’étais stagiaire dans l’équipe Sunweb. Mais j’avais pris ma décision avant, et je ne la regrette pas.
Tout autre sujet, les JO de Tokyo cet été. Il n’y aura qu’un seul quota pour l’équipe de France dames. Est-ce un objectif pour vous, ou est-ce encore trop tôt ?
Je pense que pour le moment, c’est trop tôt. Et je pense surtout que pour moi, c’est un rêve qui ne se réalisera peut-être jamais car ça ne dépend pas que de la coureuse et de son état de forme. Il faut aussi prendre en compte le parcours. Et puis dans notre cas, avec une seule athlète engagée, c’est encore plus compliqué. Pour vous dire, je préférerais faire les championnats du monde et bien y figurer plutôt que disputer les Jeux Olympiques.
Et pourquoi pas Paris 2024 ?
Ah oui, carrément ! Un tel évènement en France, ça doit être grandiose. Si je n’y suis pas en tant que coureuse, j’y serai en tant que spectatrice.
Vous l’avez sans doute vu, les Françaises évoluant dans des équipes World Tour pourront désormais obtenir le statut professionnel. C’est une belle reconnaissance, comment accueillez-vous cette nouvelle ?
Personnellement, je ne prends pas trop partie sur ce sujet. Je fais partie de l’AFCC (Association Française des Coureures Cyclistes) présidée par Audrey Cordon-Ragot, mais c’est vrai que je préfère me focaliser sur le sport en lui-même. Qu’on me dise que j’ai le statut professionnel ou non, tant que c’est écrit sur mon contrat de travail, ça me va. Après, ça reste un bon pas vers l’avant. Maintenant, on ne demande plus qu’à être à égalité avec les hommes, que ce soit en termes de salaire ou de reconnaissance.
En parlant de reconnaissance, quel regard avez-vous sur la médiatisation sur le cyclisme féminin, notamment à la télévision ?
C’est vrai que par rapport à quelques années en arrière, la médiatisation a quand même beaucoup évolué. Après, je pense qu’il manque quand même pas mal de choses, notamment au niveau de la retransmission : on a tendance à voir que les 40 derniers kilomètres des courses féminines par exemple, là où la course est déjà quasiment faite. Je trouve ça un peu dommage, surtout que les audiences sont bonnes. Les gens le disent aussi, ils veulent plus de cyclisme féminin à la télévision. Après, on en veut toujours plus !
Plus jeune, aviez-vous un(e) modèle lorsque vous avez commencé le vélo, que ce soit dans le cyclisme français ou international ?
J’ai mis pas mal de temps à m’intéresser vraiment à mon sport, puisque j’ai commencé le vélo à l’âge de 5 ans. Maintenant, celle que je préfère depuis pas mal d’années, c’est Marianne Vos. Elle peut encore gagner n’importe où, n’importe quand. Elle prend chaque course comme si c’était un entraînement, tellement ça peut être facile. Puis elle a la classe !
En parlant de Marianne Vos, vous avez aussi fait du cyclo-cross avec deux titres de championne de France juniors. Pensez-vous y revenir un jour ?
Justement, j’avais vendu mes vélos de cyclo-cross, car je devais soigner mon problème au mollet cet hiver. Puis vu la situation avec la Covid-19, je n’avais pas forcément envie de reprendre. Par contre, oui, je pense que je vais repartir pour un tour en cyclo-cross l’hiver prochain. C’est quelque chose qui me plaît et c’est une discipline qui peut m’apporter beaucoup de choses pour la route, qui me permettra de rester motivée durant l’hiver. En plus, j’ai vu que les Championnats du monde 2022 auront lieu aux États-Unis (à Fayetteville), alors j’ai vraiment envie d’y aller !


