Les jeunes pépites du tennis français #1 : Corentin Moutet
Alors que les cadors du tennis Français sont dans une passe difficile, de jeunes joueurs pointent le bout de leur nez afin de prendre la relève. Ces joueurs ont entre 17 et 21 ans et jouent principalement dans les tournois Future et Challenger. Ils donnent tout pour atteindre les sommets, tout en sachant que le chemin sera long et périlleux. Aujourd’hui, Dicodusport s’intéresse à un, si ce n’est LE grand espoir du tennis Français : Corentin Moutet.
Biographie
Né en 1999 dans la banlieue aisée parisienne (Neuilly-sur-Seine), Corentin Moutet a baigné très tôt dans le sport. Avec un père éducateur en sport, il tape ses premières balles dès l’âge de 3 ans. A 8 ans, il intègre le Pôle Espoir de Paris. Ce genre de centre d’entraînement est conçu pour que les jeunes sportifs puissent combiner à la fois réussite sportive et réussite scolaire. Ainsi, il axe très tôt sa vie sur le tennis et vise une grande carrière. Le jeune gaucher confirme les espoirs placés en lui très jeune, et remporte les championnats de France dans la catégorie 12/13, 13/14 et 15/16 ans. En 2013, à 14 ans, il engage comme premier coach l’ancien joueur pro Nicolas Coutelot avec qui il a de grands projets. Son objectif principal est de remporter un tournoi du Grand Chelem d’ici 2020.
Moutet fait son entrée dans le classement ATP dès la fin 2014. En intégrant ce classement à seulement 15 ans et 7 mois, le natif de Neuilly est devenu le 2e plus jeune joueur Français à réaliser cette performance, après un certain… Richard Gasquet.

Corentin Moutet en 2012 – JEAN PATRICK LAPEYRADE
S’il y a une chose par laquelle le jeune gaucher se démarque, c’est bien son caractère. Depuis très jeune, Moutet se revendique comme extrêmement perfectionniste. Il ne tolère pas ses propres erreurs, et cela se ressent sur le terrain. Il est en effet adepte des coups de colère qui se terminent quelques fois en cassages de raquettes. On le voit presque tout le temps en match se parler à lui-même, à son coach en tribune et même à l’arbitre, quelque fois à la limite du correct. Certains le comparent déjà à un certain Benoît Paire. Mais à la différence de l’Avignonnais, Corentin ne sort jamais de ses matchs à cause de ses moments de colère, ces derniers l’amènent même à se surpasser. Cette facette de sa personnalité peut donc être un atout pour lui. Tant que ces sauts d’humeur ne dépassent pas les bornes, ils vont l’amener à vouloir faire toujours moins de fautes, toujours de meilleurs coups et cela ne pourra être que positif.
Si vous voulez en savoir plus sur la personnalité de Corentin Moutet, nous vous invitons à aller voir son interview « décalée » avec l’Equipe.
Style de jeu
Si les connaisseurs du tennis placent autant d’espoir en Corentin Moutet, c’est que le bonhomme possède un formidable talent. Si ses frappes et son service manquent encore un peu de puissance, il compense cela par une précision redoutable. Avec sa patte gauche de velours, il est capable de réussir tous les coups les plus difficiles : passing-shots, amorties, lobs… « Il a une variété de coups incroyable », souligne Arnaud Di Pasquale, ex Directeur Technique National du tennis Français. Un des principaux atouts de Moutet est son revers à deux mains. Parfois sauté, ce revers couplé à sa précision d’orfèvre est une arme dévastatrice pour le jeune Parisien. Son excellent jeu de jambes lui permet aussi de se déplacer parfaitement sur terre-battue notamment.
Pour avoir un aperçu plus précis du style de jeu de Moutet, voici un résumé de sa très belle victoire en finale contre Tsitsipas (actuel 6e mondial) au challenger de Brest au mois d’Octobre.
https://www.youtube.com/watch?v=rTIH8srv73A
Ou encore cette balle de match filmée par Sport-Inside au challenger de Bordeaux Primrose face à Jaziri. Ce point est parfaitement représentatif de la palette de Moutet : une amortie bien touchée et un lob parfait pour conclure une de ses plus belles performances de sa jeune carrière (Jaziri était 55ème mondial au mois de mai 2017).
A la manière d’un Denis Shapovalov, lui aussi gaucher, Moutet est encore un peu frêle physiquement (1m75 pour 67kg). Heureusement, il est encore jeune et aura le temps de développer son corps. Avec plus de puissance dans ces coups, nul doute qu’il a le potentiel pour être dans les meilleurs joueurs de France, voir du monde.
Résultats en ATP
A à peine 20 ans, Moutet possède déjà un palmarès excellent. Avant l’été 2017, il était titulaire de trois titres en Future (Grasse 2017, Kiev 2016 et Solin 2016). Mais cet été 2017, une sorte de déclic s’est produit dans l’esprit du jeune gaucher. Une certaine prise de conscience qui fait que durant cette période estivale, Corentin fut quasiment inarrêtable. Remportant 28 matchs sur 33, il n’a perdu que face à de très gros joueurs, la plupart tournant autour du top 100 mondial. Il s’est par exemple incliné sur carpet (surface très rapide) contre Maximilan Marterer (un gros serveur), contre Alexandre Bublik à Mouilleron-Le-Captif (un des meilleurs joueur de niveau Challenger sur dur actuellement), et contre le Portugais Pedro Sousa, très gros joueur de Challenger également. Moutet a ainsi atteint deux demi-finales de Challenger sur terre-battue à Séville et Como (Italie). C’est une performance qu’il n’avait réalisée qu’une seule fois dans sa jeune carrière avant octobre 2017, à St-Brieuc en début d’année.
Mais sa performance la plus marquante restera sa victoire au Challenger de Brest fin octobre. Là-bas, Corentin Moutet a réalisé un des plus bels exploits de sa jeune carrière. Dans un tournoi où il n’était pas du tout favori (il a bénéficié d’une wild-card), il a réussi à s’imposer en battant des belles pointures de l’ATP. Au premier tour, il a éliminé le Slovaque Norbert Gombos, tête de série n°3, qui se situait alors autour de la 80e place mondiale. Il a ensuite battu deux Français (Gleb Sakharov et Tristan Lamasine) en jouant un tennis presque parfait. Le jeune parisien a écarté l’Allemand Maden avant d’affronter en finale le jeune Grec Stefanos Tsitsipas, dans un choc de la « Next Generation ». Ce match a été le théâtre de la plus jeune finale de Challenger jamais jouée (Tsitsipas 19ans, Moutet 18). Au final, Corentin Moutet a dominé le géant Grec (1m95, 20cm d’écart avec le Français) en arrivant notamment à bien contenir son gros service et en ne concédant aucune balle de break. Il a réussi à combiner mental, puissance et précision pour balayer Tsitsipas en seulement 2 sets (6/2 7/6). Quand on sait ce qu’est devenu Stefanos Tsitsipas aujourd’hui, on se rend compte que ce fut une très belle victoire du jeune Français. Celle-ci l’a fait connaître du grand public, et devrait certainement servir de fer de lance pour sa carrière.

L’émotion de Corentin Moutet après sa victoire à Brest – Benoît Mingant
Depuis cette date, Corentin Moutet a commencé à dominer le circuit Challenger, sans pourtant parvenir à passer le cap des tournois ATP. Avec deux finales de Challenger (Bastad 2018 et Samarkand 2019, les deux sur terre-battue), des demi-finales à la pelle mais surtout deux jolis titres (Istanbul 2018 et Chennai 2019, les deux sur dur), le Parisien a pu étoffer son armoire à trophée. Espèrent maintenant faire partie intégrante du Top 100, la meilleure performance du jeune gaucher sur le circuit principal reste toujours son quart de finale à Quito, atteint début 2018.
Le jeune Français aura donc l’occasion de montrer son talent lors des mois et années à venir, mais il ne fait aucun doute qu’on entendra encore beaucoup parler de lui.


