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Athlétisme

Jimmy Gressier en feu aux Mondiaux : coup d’éclat ou vocation à durer dans le gratin mondial ?

Etienne Goursaud

Publié le

Athlétisme - Jimmy Gressier, coup d'éclat ou vocation à durer dans le gratin mondial ?
Photo Icon Sport

ATHLÉTISME – Champion du monde du 10 000 m et en bronze sur 5 000 m, Jimmy Gressier a changé de dimension aux mondiaux de Tokyo. S’il a éclaté à la face du monde, ces deux médailles s’inscrivent dans un processus qui date du début d’année 2025. Et peuvent s’inscrire dans la durée.

Deux médailles qui s’inscrivent dans un processus plus long en 2025

Aux yeux du grand public et des suiveurs occasionnels de l’athlétisme, le titre de Jimmy Gressier sur 10 000 m, suivi de la médaille de bronze sur 5 000 m, peut apparaître comme un coup d’éclat. En réalité, il s’agit du résultat d’un long processus de transformation pour le Nordiste. En dehors du cross, où il a parfois su faire parler son finish, il était surtout connu comme un coureur de tempo, un homme de records, plus qu’un coureur de championnats. C’est simple : le Français n’avait décroché aucune médaille, même européenne, sur la piste avant Tokyo. On se souvient d’ailleurs de ses échecs continentaux, que ce soit à Munich en 2022 ou à Rome en 2024, pendant que son compatriote Yann Schrub ramenait à chaque fois une breloque.

De coureur de train à finisseur

Mais depuis le début de l’année, quelque chose a changé. En plus d’être capable de courir vite sur des rythmes élevés, Jimmy Gressier a énormément progressé sur son finish. Et si cela a éclaté au grand jour à Tokyo, il n’en était pas à son coup d’essai en matière de sprint final. Quelques semaines plus tôt, il avait remporté la finale de la Diamond League sur 3 000 m, grâce à une superbe dernière ligne droite. Hors grand championnat, il venait ainsi de décrocher ce qui se fait de mieux en athlétisme.

Pour comprendre cette mue, il faut remonter au cœur de l’hiver et à ses deux records de France. Notamment son record d’Europe en salle du 5 000 m à Boston (12:54.92, son record absolu sur la distance à ce moment-là). S’il termine seul derrière Grant Fisher, qui ira chercher le record du monde (12:44.09), on constate que le Français a été capable d’en remettre dans la dernière ligne droite, malgré le rythme infernal et l’absence de bagarre. Il prendra la 2e place de sa course. Quelques jours plus tôt, au même endroit, il avait déjà pris la 3e place lors de son record de France du 3 000 m en salle (7:30.18).

Jimmy Gressier sait courir très vite depuis trois ans

Par la suite, les résultats en Diamond League ont parlé pour lui. Quatrième à Paris (où il établit son record en 12:51.59), deuxième à Monaco. Or, le Jimmy Gressier d’avant n’était pas comme cela : il savait courir vite, certes, mais lorsqu’il battait son record de France du 5 000 m (12:54.97), il ne terminait que 11e du meeting Diamond League d’Oslo, incapable d’accélérer en fin de course. Quand il battait le record de France du 10 000 m en finale des JO de Paris (26:58.67), il ne pouvait pas non plus sprinter dans le dernier tour et terminait 13e.

Alors oui, le 10 000 m de Tokyo a été relativement lent (28:55.77), ce qui a peut-être redistribué les cartes. Mais le 5 000 m, lui, ne l’a pas été, loin de là (12:59.33). Et s’ils étaient encore dix ensemble à l’entame du dernier 400 m, le Français, en prenant le bronze, a laissé beaucoup de monde derrière lui. Il a bouclé son dernier tour en 54.28. Deux ans plus tôt, lors de la finale de Budapest sur cette même distance, il finissait son dernier 400 m en 57.86, malgré une course globalement plus lente (gagnée en 13:11). Encore dans l’emballage final à la cloche, on se souvient de cette terrible image du Français tentant d’attaquer avant d’être inexorablement débordé par la meute. Cette vitesse désormais acquise dans le final lui offrira, à coup sûr, d’autres occasions de briller à l’avenir.





Les récents médaillés peinent à confirmer

Si les occasions ne manqueront pas à l’avenir, il portera également le lourd poids d’être un Français attendu. À Tokyo, il a été le seul à ramener des médailles à la délégation tricolore — une délégation certes en progrès, mais qui peine encore à voir émerger plusieurs athlètes capables de briller en même temps. Un poids qui a sans doute pesé sur les épaules de la vice-championne olympique du 100 m haies, Cyréna Samba-Mayela, qui n’a jamais réellement pu lancer sa saison 2025 avant de finalement déclarer forfait pour les Mondiaux. Un an avant la hurdleuse, ce sont les spécialistes du 400 m qui avaient sauvé les Bleus à Budapest. Deux ans plus tard, aucun d’entre eux n’a vraiment réussi à franchir un cap individuellement, et le relais est retombé dans le rang.

Wilhem Belocian, médaillé d’argent sur 60 m haies cet hiver, et Marie-Julie Bonnin, sacrée championne du monde de la perche aux Mondiaux en salle en Chine, n’ont pas su confirmer les attentes placées en eux. Symbole d’un athlétisme français qui peine encore à s’inscrire dans la régularité des podiums internationaux. Hormis Cyréna Samba-Mayela et Kevin Mayer, aucun Tricolore n’a remporté deux médailles mondiales et/ou olympiques dans les années 2020, salle et extérieur confondus. En ramenant deux médailles à la France, Jimmy Gressier vient de prendre la lumière. Mais avec elle vient aussi le poids des attentes. Au premier échec, les critiques fuseront. Or, le 5000 m et le 10000 m sont des disciplines qui se cherchent encore des rois.

Un 10 000 m qui se cherche des leaders

Grant Fisher, double médaillé olympique et recordman du monde en salle (lire plus haut), a fait chou blanc à Tokyo. Aucun membre du podium du 10 000 m en 2023 (Joshua Cheptegei, Daniel Ebenyo et Selemon Barega) n’est monté sur la boîte cette année. Même constat pour le podium des Jeux de Paris 2024 (Joshua Cheptegei, Berihu Aregawi et Grant Fisher). Cheptegei reste d’ailleurs le seul à avoir enchaîné Budapest et Paris. Voilà tout le défi qui attend désormais le Français.

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