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Jonathan Drutel, un marathonien au grand coeur

Nicolas Jacquemard

Publié

le

Jonathan Drutel

On a rencontré Jonathan Drutel, double transplanté du coeur et des poumons, qui vient de courir le marathon de Paris. Bravo Champion !

Jonathan, peux-tu te présenter en quelques mots ?

J’ai 32 ans, je suis ingénieur et responsable d’un bureau d’étude. Je suis atteint de la mucoviscidose. La maladie, diagnostiquée à la naissance, a été tout de suite très virulente avec de multiples surinfections bronchiques qui ont bien failli me coûter la vie… Je suis passé par toutes les étapes et les traitements possibles , antibiotiques oraux et intraveineux, nouveaux protocoles, aérosols, oxygénothérapie. Maintenant, je suis transplanté des deux poumons depuis juillet 2008,  j’avais 24 ans. J’ai, par la suite, subit une nouvelle transplantation cardio-pulmonaire en 2009.

Tu es donc double greffé cœur et poumons, comment t’es venu l’envie de courir après tout cela ?

J’adorais faire du sport quand j’étais enfant et que mon état de santé me le permettait encore. Après mes deux greffes, j’ai commencé le vélo et repris le kitesurf, le ski nautique, les sports alpins… En avril 2016, des amis me mettent au défi de grimper le Mont-Ventoux à vélo. Je me suis lancé sans grande conviction car cette performance me semblait vraiment inaccessible. Et puis finalement, j’arrive en haut de ce sommet mythique sans même poser le pied à-terre. Au sommet, mon pote Mike, plutôt adepte de la cap, me lance le défi du marathon de Paris. Sous l’euphorie, je lui dis : let’s go !! La course à pied, je m’y suis réellement mis en septembre 2016, suite à ce pari un peu dingue. On prend les dossards et puis… plus le choix. C’est parti !!!

Tu es marathonien et tu es finisher de la récente épreuve parisienne. Raconte-nous un peu ta course, comment l’as-tu vécu ?

La course s’est bien passée malgré la grosse chaleur, 27 degrés à l’ombre ! J’ai bien bu (plus de 4 litres) , bien mangé et pris un peu de sel avant et au milieu du parcours. Je n’ai pas eu de problèmes digestifs, pas de « tête qui tourne ». J’étais bien et toute l’assistance que j’avais autour de moi a été vraiment parfaite.  Les 30 premiers kilomètres se sont vraiment bien passés et au 34ème ça a vraiment commencé à être dur. J’avais mal aux jambes mais j’étais surtout épuisé, j’avais mal au dos, aux épaules, partout en fait. J’aurais bien coupé ces bras qui me gênaient tellement.  Je ne savais plus trop s’il fallait boire ou manger. A partir de là, on a alterné course et marche pour finir après 5h15 d’effort.

Ce marathon est grandiose avec un départ de folie. On retrouve quasiment 50 000 personnes au départ. L’ambiance est énorme tout le long de la course. Certains me reconnaissaient suite aux passages dans les médias. J’ai été porté et ça c’est vraiment extraordinaire. La communication a été puissante, j’ai reçu des tonnes de messages «  merci de nous apporter autant d’espoir » etc…  Mon but était déjà atteint avant même de commencer à courir. A la base il s’agissait d’un pari, d’un défi personnel et finalement plus le jour-J a approché, plus ce défi est devenu un moyen de raconter mon histoire et de communiquer sur ma maladie, le don d’organe, de moelle osseuse. Et même plus largement, le but était de donner de l’espoir à tous les enfants malades et aux parents de ces enfants.

A chaque respiration, à chaque pas, mes pensées allaient vers tous ceux qui manquent d’oxygène, pour tous ceux qui se battent pour rester en vie. On dit souvent, « si tu veux courir, cours 1 kilomètre et si tu veux changer ta vie, cours un marathon ». L’aventure de ce marathon a changé ma vie. Il m’a montré encore plus qu’il fallait croire en ses rêves, même les plus fous, et ne jamais abandonner.

Quelques jours après, comment tu te sens ?

Quelques douleurs articulaires post-course. De bonnes courbatures qui nous rappellent bien que l’on vient de faire un marathon. J’ai perdu presque quatre kilos pendant la course. Mais je les ai très vite repris. J’ai super bien dormi, très bien récupéré. Et trois jours après, je me sentais tellement bien que je suis allé pédaler un peu pour commencer la préparation de mon prochain objectif.

As-tu une appréhension quand tu commences un tel défi ?

Vraiment aucune. Sur chaque défi, le but est avant tout de prendre du plaisir. Je ne suis pas là pour faire des chronos, mais simplement pour me prouver que je suis bien en vie, pour profiter de la vie et faire parler de la maladie et du don d’organe.

Tu es le premier double greffé cœur/poumons à courir un marathon, cela représente une fierté supplémentaire ?

Il y a 8 ans, j’étais sur le point de rentrer dans le bloc opératoire. On allait me changer toute la mécanique. Hier, j’étais sur le départ du marathon de Paris. C’est juste incroyable. Je suis super heureux d’être encore sur terre. Mais avant tout, le principal est de communiquer sur les maladies infantiles en général. Je veux montrer à tous les enfants malades qu’il faut garder l’espoir, qu’il ne faut pas baisser les bras. La médecine est incroyable et fait des progrès de jour en jour. Qui aurait cru, il y a quelques années qu’un « muco », transplanté bi-pulmonaire en 2008, cardio-pulmonaire en 2009 serait capable de courir le marathon? Personne !! J’ai vu la mort de très, très près.

Quels sont tes prochains objectifs sportifs ?

En mai, avec ma « team de dingue », nous allons faire Paris-Saint-Malo en vélo sur trois jours. Je vais essayer de m’aligner sur un triathlon avant fin 2017. Pour 2018, je ne ferais pas le marathon de Paris. Mais j’irais visiter une autre capitale, en courant.

Qu’est-ce que tu aurais envie de dire à des personnes greffées qui n’osent pas forcément reprendre le sport ?

On vous a donné une seconde vie. Profitez-en à fond. On est greffé mais on est solide !!!

Que pouvons-nous te souhaiter pour l’avenir ?

Une santé de fer, un marathon tous les ans et surtout qu’un jour le mot mucoviscidose ne soit plus qu’un mauvais souvenir.

 


Passionné de sport et entrepreneur depuis mes 18 ans, la création de Dicodusport m'a semblé évidente pour participer à la médiatisation d'un plus grand nombre de sports. Le chemin est long mais avec une équipe des plus motivées et les Jeux Olympiques de Paris 2024 en point de mire, nous y arriverons ! Journaliste dans le monde du sport depuis plus de 5 ans, je traite aussi bien de football, de rugby, de biathlon et de cyclisme.

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