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JO Paris 2024

Judo : Les enseignements du Grand Slam de Paris pour la qualification olympique

Publié le

Photo Gabi Juan / EJU

JUDO – Il reste quatre quotas olympiques à attribuer pour l’équipe de France. Et ces 3 jours de compétition auront plus ou moins permis d’y voir plus clair.

Après la première sélection communiquée pour représenter la France aux Jeux Olympiques, d’autres noms devraient être donnés fin février/début mars, à l’issue du Grand Slam de Bakou (16-18 février). Et à Paris, tous les prétendants aux derniers tickets étaient présents.

Le casse-tête des mi-lourdes

Seule catégorie féminine non définie, l’incertitude plane toujours autour des -78 kg. Entre deux noms : Audrey Tcheuméo et Madeleine Malonga. La seconde, vice-championne olympique en titre, avait connu des moments de doutes, ayant repris le judo trop rapidement après les Jeux Olympiques. Également freinée par les blessures, elle n’a pas connu une olympiade de tout repos.

Et dans le même temps, Audrey Tcheuméo a réalise des années 2022 et 2023 de très bonne facture. De quoi relancer la concurrence dans une catégorie autrefois promise à Malonga.

Ci-dessous, les résultats des deux judokates dans les plus grands tournois lors des deux dernières années en comptant le Grand Slam de Paris 2024. En sachant qu’aux Mondiaux, seules certaines catégories sont doublées et que ça n’a pas été le cas pour cette catégorie. Tcheuméo s’est notamment imposée à Paris en 2022 et 2023.

Bien sûr, ce ne sont pas que ces résultats bruts qui détermineront l’attribution du ticket olympique. Les adversaires rencontrés, la manière, et d’autres critères rentrent en jeu. Mais si on s’arrête à ces résultats, tout en sachant qu’une mauvaise compétition peut arriver comme elles ont connu aux Europe, Tcheuméo part avec une longueur d’avance.



Paris décisif ?

Seulement, il y a eu ce combat à Paris aux repêchages, qui a tourné à l’avantage de Madeleine Malonga. Et il pourrait avoir son importance dans la décision finale. Si le combat n’a pas été mémorable (il s’est joué aux pénalités), il n’en reste pas moins que Mado en est sortie vainqueur et qu’elle a remporté le bronze derrière. Quand, agacée par les décisions arbitrales, Tcheuméo a refusé de serrer la main de sa compatriote. Et dimanche, les deux judokates semblaient toutes deux confiantes pour la sélection. Même s’il va falloir retourner en compétition pour aller la chercher.



Malheureusement oui, j’ai pas trop le choix. Même si j’ai fait des résultats avant, apparemment c’est pas assez pour aller aux JO. Donc on va repartir.Tcheuméo

Quant à savoir si la judokate était inquiète pour sa place, elle ne semblait pas l’être :

Non, pas du tout. Si on regarde ma saison 2022-2023… honnêtement, je sais pas…

De son côté, Malonga espère que cette médaille la replace dans la course :

J’espère en tout cas ! Sinon, s’il faut remettre le couvert, on remettra le couvert et puis voilà. Ça me donne une énergie positive forcément. La confiance aussi. Et puis après, je vais attendre de savoir les retombées de tout ça.

Les deux judokates n’étaient pas prévues sur le Grand Slam de Bakou (16-18 février) mais la donne pourrait changer. À moins que la fédération ne décide d’attendre le mois de mai, après les Championnats d’Europe pour arrêter sa décision. En tout cas, la bataille reste plus que jamais ouverte entre la n°4 mondiale (Tcheuméo) et la n°6 (Malonga)…

-73 kg : toujours pas de favori

Dans cette catégorie, il n’y a pas de leader. Et le Grand Slam de Paris n’aura pas permis d’y voir plus clair.

En effet, le représentant de la catégorie lors des JO 2020 Guillaume Chaine a été éliminé dès son entrée en lice au deuxième tour et Orlando Cazorla au premier tour. Mais ce quota se jouera plus vraisemblablement entre Benjamin Axus et Joan-Benjamin Gaba. Cependant, ils n’ont pas marqué les esprits lors de ce Grand Chelem. Ils ont tous deux été éliminés à leur deuxième combat au 3e tour. Statu quo donc.

En fin d’année dernière, Axus, mieux classé que Gaba, n’avait que peu apprécié sa non-sélection aux Championnats d’Europe. Lors de ceux-ci, Gaba avait été éliminé dès le premier tour. Après une 7e place à Paris, Gaba avait connu une année 2023 compliquée avec notamment une élimination au 1er tour lors de ses trois derniers tournois. Il ne se sera que peu rassuré à Paris.

Aux classements mondial et olympique, Axus, 29 ans, précède toujours son cadet Gaba, 23 ans, de 16 places. Gaba aura l’occasion de faire ses preuves à Bakou, où Axus n’est pas prévu pour l’instant.

Baptiste Leroy, responsable des équipes de France masculines n’est pas inquiet vis-à-vis des résultats de Gaba. Il pense en effet qu’il connaît les mêmes problèmes que Romane Dicko l’an dernier au niveau de la préparation physique et il pense que ça ira mieux dans les mois à venir.

Quant aux éliminations précoces, il a indiqué que paradoxalement, c’est une des catégories les plus denses en France mais qui a besoin de temps pour installer des athlètes qui ont récemment changé de catégorie comme Maxime Gobert depuis cette année ou Orlando Cazorla, au cours de l’année dernière.
Il a également précisé les enjeux de cette catégorie :

Là, ce sont des tableaux de 60, 70. Aux Jeux Olympiques, ce sera des tableaux de 24. Donc, si on arrive à identifier la bonne personne et qu’on la prépare pendant six mois, il y a des chances qu’on puisse faire une surprise aux Jeux Olympiques. Dans cette catégorie-là, il ne faut pas oublier que c’est une catégorie par équipes mixte. Donc si jamais on ne jouait peut-être pas la médaille en individuel, il faudrait trouver le meilleur représentant français pour nous aider à remporter la médaille d’or par équipes mixte.

Maxime-Gaël Ngayap Hambou et Aurélien Diesse en pôle position

En 2021, Axel Clerget (-90 kg) et Alexandre Iddir (-100 kg) étaient les deux représentants des dernières catégories à attribuer. S’ils sont toujours dans la course, ils partent de plus loin sur cette olympiade.

Chez les -90 kg, cela se joue entre Axel Clerget (18e mondial), Alexis Mathieu (23e) et Maxime-Gaël Ngayap Hambou (24e). Les deux premiers seront en selle à Bakou.

Depuis son titre par équipes aux JO 2020, Clerget a connu une année 2022 quasi vierge en raison de blessures. Aux derniers Championnats d’Europe, il a été éliminé au 2e tour.

Deuxième du Masters 2022, Mathieu a remporté 2 médailles de bronze en Grand Slam l’année dernière et a terminé 7e des Championnats d’Europe.

A Paris cette année, ils ont été éliminés respectivement au 2e et 3e tour.

3e des Mondiaux juniors en 2021, Maxime-Gaël Ngayap Hambou a participé à ses premiers tournois Grand Slam à Paris en 2021 et 2022. Eliminé au 2e et 1er tour par les finalistes ces deux années-là, il avait terminé 7e l’année dernière. Entre-temps, il avait glané le bronze à Tel Aviv (2022) puis l’argent au Kazakhstan en 2023. Cette année à Paris, il a remporté le bronze après une belle journée. De quoi en faire un favori pour la sélection ? Pas encore pour Baptiste Leroy, responsable des équipes de France masculines.

Je ne sais pas, parce qu’il y a d’autres paramètres qui rentrent en compte comme la ranking list et plein de choses. Après, c’est quelqu’un sur qui on compte depuis déjà deux ans. Parce qu’il est médaillé mondial junior, il est médaillé en Grand Chelem, ça doit être sa troisième en un an. Il a à peine 22 ans et a déjà battu beaucoup des meilleurs mondiaux dont le champion olympique Bekauri l’an dernier ici. Il avait terminé 7e. Il a encore une marge de progression.

C’est quelqu’un de très scolaire, qui a envie d’apprendre, qui apprend et qui progresse. En fait la seule chose qui l’avait arrêté le mois dernier, c’étaient des blessures. Donc à chaque fois qu’il était en train de progresser, il repartait un petit peu en arrière parce qu’il fallait se ré-athlétiser et repartir. Il n’avait pas fait les Championnats d’Europe à Montpellier justement parce qu’il était blessé. On a pris le pas de le ré-athlétiser, il n’a pas fait le Grand Chelem de Tokyo pour se concentrer sur Paris. Ça a marché, c’est quelqu’un qui est en forme.

Diesse, une sélection à confirmer

Les 4 représentants de la catégorie des -100 kg (Alexandre Iddir, Cédric Olivar, Marc-François Ngayap et Aurélien Diesse), ont été éliminés au 2e tour. Ils ont tous un classement semblable entre la 50 et 70e place. Diesse est celui qui devrait obtenir la sélection comme l’a indiqué Baptiste Leroy :

Il a fait une super performance au Grand Chelem de Bakou (médaille de bronze, ndlr.). C’était en septembre et il courait après depuis de nombreuses années. Après c’est pareil : c’est quelqu’un qui a une telle énergie quand il combat, qu’il se blesse. Donc dès qu’il fait une compète, on est sûr que le lendemain il va aller chez le docteur passer une échographie ou une IRM, parce qu’il va se blesser. Ça le ralentit mais avec Aurélien on ne cherche pas à le qualifier en tant que tête de série. Pour l’instant, c’est lui qui est devant parce qu’il n’y a personne à part lui qui a fait des médailles en international. On cherche à ce qu’il soit bien au mois de fin juillet/début août.

Il n’est pas loin des meilleurs. Il perd sur le Canadien Reyes qui est vice-champion du monde. Faut savoir qu’Aurélien c’était un moins de 90 jusqu’à il y a un an et demi. Donc il est en moins de 100 kilos. Lui il en fait à peine 100. Je crois qu’il était même à 96 kilos. Il a des adversaires qui à 17h font 110 kilos. Donc on verra au mois de juillet. Pour l’instant, il n’est pas encore sélectionné. Il y a aussi Marc-François Ngayap, qui a fait un bon combat sur le Japonais. Mais pour l’instant on ne va pas se mentir : Aurélien sur sa performance à Bakou, sur ce qu’il a fait, son expérience, est quand même devant. Et si jamais c’était lui, il faut qu’il arrive en forme et pas blessé.

Diesse aura l’occasion de montrer ce qu’il sait faire à Bakou.

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