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La chute des Girondins de Bordeaux, une lente agonie qui vire au pathétique

Maxime Cazenave

Publié le

La chute des Girondins de Bordeaux, une lente agonie qui vire au pathétique
Photo Icon Sport

Football – Ce mardi, l’appel des Girondins de Bordeaux a été rejeté par la Fédération Française de Football. Malgré ce nouveau camouflet pour l’équipe dirigeante bordelaise, Gérard Lopez et son équipe ne lâchent pas l’affaire, et continuent à donner des espoirs qui n’ont plus lieu d’être. Notamment avec une conférence de presse une nouvelle fois lunaire donnée ce jeudi. Explications.

Qu’il est loin ce temps où les Girondins de Bordeaux faisaient rêver, et étaient plébiscités pour leur cadre de travail serein, et sérieux. Désormais au bord du précipice, le club s’enfonce inexorablement ces derniers jours, voyant même le peu d’honneur qui lui reste être bafoué à grands coups de savates par les acteurs de ce marasme.

Gérard Lopez, ou le Gérard Majax de la communication

Ce n’est pas un scoop, à défaut d’être un dirigeant de qualité, Gérard Lopez est un maître dans l’art de la communication. Demandez donc à Mouscron ou à Lille… Toutefois, depuis sa prise de fonction en Gironde, cela dépasse l’entendement. Rappelons brièvement le contexte actuel.

Avec la relégation du club en Ligue 2, les finances bordelaises sont totalement dans le rouge. Une situation due en grande partie à l’héritage des Américains de GACP et King Street. Arrivé en sauveur l’été dernier pour reprendre le bourbier laissé par ces derniers, Gérard Lopez a permis au FCGB de disputer la saison 2021-2022 avec des garanties bancales, mais suffisantes pour convaincre la DNCG. Toutefois, le bonhomme n’a pas remis sur les rails le club comme il a essayé de le faire croire durant des mois.

Certaines choses auraient pu mettre la puce à l’oreille comme le transfert de Fransergio à 5M, ou encore le salaire mensuel royal réservé à Vladimir Petkovic (300 000€ mensuels). Des dépenses énormes qui ont presque pu faire croire que la dette n’existait plus… La descente en Ligue 2 est donc venue accélérer le problème, en raison de la perte de revenus conséquente que cela implique. En plus des dettes contractées lors des différents rachats, le déficit structurel est resté abyssal.

Le calice jusqu’à la lie

Ainsi, après avoir essuyé un premier échec au passage devant la DNCG, un deuxième encore plus terrible s’est produit mardi dernier. Devant la commission d’appel de la Fédération Française de Football, généralement plutôt clémente, le club a vu sa rétrogradation en National 1 être confirmée. Dans la situation actuelle des Girondins, cela signifie automatiquement un dépôt de bilan puisque le train de vie du club est beaucoup trop élevé pour pouvoir être pérennisé tout au long d’une saison. Le cirque est donc terminé, et l’inévitable enfin arrivé ? Et bien non, M. Lopez a encore de la ressource.





Quelques heures après ce verdict, le club a ainsi publié un communiqué lunaire, faisant part de sa volonté d’« exercer un recours contre la décision incompréhensible de la FFF ». En quatre points, il est donc expliqué que « l’accord répond en tous points aux exigences exprimées par la DNCG […] pour un financement total de 40M. ». Quatre points expliqués de manière nébuleuse, afin de prolonger la décadence.

– Un réengagement fort de l’actionnariat à travers une recapitalisation du club malgré le contexte (1)

– Une restructuration significative de la dette financière du club consentie par les créanciers (2)

– Un report et un échelonnement des loyers pour le stade, consenti par Bordeaux Métropole (3)

– Une ligne de trésorerie mise à la disposition du club pour préfinancer son objectif de ventes de joueurs (4) 

Rentrons maintenant dans le détail.

10M€ apportés en fonds propres…

Sur le premier point, rien à dire. Effectivement, 10M€ en fonds propres ont été débloqués, et placés sur un compte séquestre (processus juridique qui rend momentanément indisponible un actif en attendant qu’une décision de justice soit rendue). C’est ensuite que le bât blesse. Sur le point numéro 2, la restructuration de la dette est un écran de fumée puisque si une partie de cette dernière a effectivement bougée, elle a simplement été transférée à la société Joga Bonito, gérée par… Gérard Lopez. Ainsi, le problème est déplacé, mais reste exactement le même…

Troisièmement, les loyers du stade. On parle là encore de repousser l’échéance, mais sans apporter de solutions afin de résoudre le problème. Et on termine avec le quatrième point, qui est sans doute aussi le plus malicieux, et représentatif du « travail » de Gérard Lopez. Le club va toucher de l’argent, et notamment 8M€ sur la vente d’Aurélien Tchouameni au Real Madrid, grâce à une clause de revente intégrée lors de son transfert à Monaco. Le possible futur transfert de Jules Koundé de Séville pourrait également apporter quelques millions supplémentaires. Toutefois, cela reste de la spéculation, et non des fonds réels.

… mais 30 autres non garantis

Pire encore, lorsque l’on parle d’« une ligne de trésorerie », il s’agit d’un emprunt supplémentaire à 14M€, rajoutant ainsi une dette à la liste déjà très longue. S’il est martelé que le club a des offres, rien n’est garanti, malgré cet effort consenti par l’actionnaire, Fortress. Au final, seuls 10M€ ont véritablement été apportés par le propriétaire contre les 40M€ réclamés par la DNCG afin d’assurer le train de vie du club. Les 30M€ restants n’ont donc pas été garantis, ce qui explique en toute logique la décision des instances…

Dernier point (non précisé celui-ci), les 8M€ restants reposent eux sur les revenus qui seront reversés par la ligue suite à la vente d’une partie des droits TV à une société privée. Des fonds qui ne sont donc pas encore arrivés dans la trésorerie girondine, et ne le seront pas avant plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

Récapitulatif : 10M (fonds propres) + 8M (clause de revente pour Tchouameni), + 14M (ligne de trésorerie) + 8M (ligue) = 40M

Ce numéro d’équilibriste financier désormais au point mort, le club poursuit sa lente déchéance. Preuve en est, l’appel passé par les politiques locaux au ministère des sports directement. Ce qui ne manque pas de culot puisque ce sont ces mêmes responsables, le maire Pierre Hurmic en tête (sans oublier Alain Juppé lors de la vente aux Américains), qui ont laissé le club à l’abandon entre les mains d’escrocs notoires.

Une nouvelle conférence de presse vide d’enseignements, et inquiétante

Histoire de remuer le couteau dans la plaie, le club a le lendemain lancé… sa campagne d’abonnement pour la Ligue 2 avec un message que n’aurait pas renié la propagande de n’importe quel régime dictatorial : « Sauvons le club, abonnez-vous en Ligue 2 ». Comme si c’était aux fans de devoir mettre la main à la poche pour permettre à ceux qui ont mis le club au fond du gouffre de s’en tirer. Un affront supplémentaire, mais pas le dernier puisque ce jeudi, Gérard Lopez est de nouveau venu faire son petit numéro de communication, accompagné par son fidèle directeur financier, Thomas Jacquemier, et l’un des avocats du cabinet Auguste Debouzy, maître Laurent Cotret.

Histoire de donner le ton, celui qui dit « aimer » le club a fait les choses en grand : une conférence organisée au Haillan pour la symbolique, un survêtement des Girondins de Bordeaux sur les épaules, un ton serein, et une belle introduction qui donnerait presque la larme à l’œil. Le gentil Gérard Lopez contre la méchante DNCG, le spectacle peut commencer. Extrait :

Ça fait 48h que le club court un risque majeur, que nous avons apporté toutes les réponses, que l’argent a été bloqué sur un compte, qu’un contrat qui est valable sur le droit français existe, et qu’on n’a toujours pas la motivation (des refus de la DNCG et la commission de la Fédération). Alors soit elle est extrêmement longue pour des questions qui étaient précises et courtes, soit il y a un autre problème. […] Au-delà de l’incompréhension de la décision, le fait qu’on n’ait pas les motivations de cette dernière, c’est une double peine.

Le dépôt de bilan, un déchirement en guise d’échappatoire

N’oublions pas non plus cette phrase est teintée d’hypocrisie, mais à l’image du personnage : « Ça me fait mal au cœur ». Pour un bonhomme habitué à mettre dans le trou des entités historiques (Lotus en F1, Mouscron et Bordeaux), cela peut prêter à sourire. Un sourire jaune.

Au final, cela n’a pas permis d’apprendre grand-chose de plus, à part laisser entrevoir une nouvelle fois que le président se moque de tout le monde, les supporters en premier lieu. Un exemple ? Chaque club est censé présenter un plan d’exploitation sur trois ans lors de son passage devant la DNCG. Lorsqu’on le questionne à ce sujet, l’ancien propriétaire du LOSC ne se démonte pas : «Le calendrier technique pour la DNCG, c’est la saison. Point barre». Sauf que comme le précise Yann Foussurier, texte à l’appui, cela est totalement faux.

Malgré son palmarès déjà bien fourni dans le domaine, Gérard Lopez est en train d’accomplir un véritable chef d’œuvre. Il prolonge le boulot de destruction massive entamé par GACP le 6 novembre 2018. Le tout, dans un déni absolument méprisable. En moins de quatre ans, un monument du football français a vu son destin basculer dans des méandres infinis. Désormais, le dépôt de bilan est inévitable. Même si ce sera dur à avaler, ce sera un mal pour un bien. Quand il ne reste plus rien de la dépouille, les vautours ont tendance à aller se gaver ailleurs…

2 Commentaires

2 Commentaires

  1. Avatar

    Denis

    7 juillet 2022 à 21h34

    Belle synthèse.
    La déchéance ne date pas de 2018 à mon avis. Je dirais que tout ce qui a eu lieu depuis 2018 met en lumière les défaillances de ce club qui n’ont cessé de s’accentuer. Il est à présent grand temps de faire le ménage dans ce club.
    Espérons effectivement que ce soit un mal pour un bien et que cela permettra de guérir les maux de ce club, que ce soit sur le plan structurel, organisationnel ou financier.
    Ce club ne peut à mon avis pas vivre à travers une logique court-termiste de rentabilité financière. Il a besoin de retrouver ses valeurs, de se reconstruire à travers des acteurs locaux, qui aiment le club et sa région, de se remettre au travail pour la formation de ses joueurs, pour retrouver son rayonnement local d’abord puis national.

  2. Avatar

    Florent Mornet

    7 juillet 2022 à 20h19

    1 : les 8 millions de Tchouameni, c’est du sûr contrairement à ce que vous dîtes.
    2 : les 8 millions de la ligue pour la descente c’est du sûr également.
    3 : les 8 millions de CVC c’est du sûr aussi, même s’ils n’arrivent pas tout de suite.
    4 : les 10 millions de Lopez
    5 : avec les ventes de joueurs, les 6 millions restants seront TRES LARGEMENT atteints, vous en conviendrez.

    Les détracteurs de Lopez sont des menteurs, ils dépeignent une situation qui n’est pas la vérité.

    Et vous en faîtes partie visiblement.

    Je vous ferais remarquer que Lopez arriver souvent dans des clubs lorsque la situation est DÉJÀ difficile.

    Rappelons qu’il n’est là que depuis 1 an, que la dette bordelaise est bien antérieure, et que la vente des joueurs aurait permis d’en éponger une grosse partie.

    Lopez dérange, on veut le tuer.

    J’espère que le CNOSF reconnaîtra les torts de la DNCG, sinon je souhaite ardemment qu’il aille plus loin et porte plainte.
    C’est scandaleux ce qu’il se passe, dans le sens où le club n’est en aucun cas en cessation de paiement !!!
    Que devrait on dire des dettes de l’OM, du PSG ou autres ?
    Que fait le Barça en liga avec une dette d’un milliard ???

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