La tribune de Julien Pierre : Rugby 2035, peut-on construire un avenir durable, même au cœur du désert ?
SPORT ET ENVIRONNEMENT – L’Arabie Saoudite, le Qatar et les Émirats Arabes Unis portent une candidature commune pour l’organisation de la Coupe du monde de rugby 2035. Des pays sans culture rugby, avec des températures qui pourraient nécessiter d’ajuster la date de l’évènement, mais des pays qui auront déjà organisé la Coupe du monde de football, et qui pourront donc utiliser les mêmes stades par exemple : comment se positionner en termes d’empreinte écologique ?
L’annonce de la candidature de l’Arabie Saoudite, du Qatar et des Émirats Arabes Unis pour accueillir la Coupe du monde de rugby en 2035 a sans doute surpris bon nombre d’amateurs. Des pays sans véritable culture rugbystique, au cœur d’un climat désertique, se proposent d’organiser l’un des plus grands événements sportifs mondiaux et ce, pour l’Arabie Saoudite, un an seulement après avoir la Coupe du monde de football. Faut-il y voir une incohérence sur le plan écologique… ou une opportunité de réflexion sur l’avenir du sport dans un monde en transition ?
Rugby dans le désert : un défi climatique
Organiser une compétition de sport et, dans ce cas de rugby au Moyen-Orient, c’est avant tout faire face à une contrainte majeure : le climat. Les températures extrêmes, en particulier durant l’été, imposeraient sans doute un décalage du calendrier. Ce fut déjà le cas lors de la Coupe du monde de football 2022 au Qatar, reprogrammée en novembre – décembre. L’Arabie Saoudite est un exemple, mais une telle adaptation pourrait devenir la norme dans un monde confronté au dérèglement climatique. Ce ne serait alors qu’une expérience expérimentale de ce à quoi pourrait ressembler notre futur.
Le défi ne s’arrête cependant pas là. La question énergétique se pose avec force : climatisation des stades, transport aérien massif, production d’eau douce pour entretenir les pelouses… autant d’éléments susceptibles de faire grimper l’empreinte carbone de l’événement. Plutôt que d’y voir un motif de rejet, cela peut aussi être perçu comme une invitation à l’innovation, à l’expérimentation et à la prise de responsabilité.

Une opportunité pour accélérer la transition ?
Réduire cette candidature à ses seuls défis serait passer à côté d’un potentiel plus large. Comment des pays comme l’Arabie Saoudite, le Qatar et les Émirats Arabes Unis pourraient-ils organiser un événement mondial avec une ambition écologique forte ?
La réutilisation des infrastructures prévues pour les Coupes du monde de football 2022 et 2034, si cette dernière est menée avec intelligence, pourrait, par exemple, permettre de limiter les impacts liés à la construction. On peut aussi imaginer des mesures structurantes : généralisation de la mobilité douce, développement massif de l’énergie solaire, projets de compensation carbone ancrés localement…
La vraie question est peut-être celle-ci : peut-on faire de la Coupe du monde de rugby 2035 un modèle d’organisation sportive sobre et adaptée aux contraintes des zones arides ?
Un rugby plus universel, plus durable ?
Enfin, la tenue d’une Coupe du monde de rugby au Moyen-Orient peut aussi être l’opportunité d’ouvrir ce sport à de nouveaux horizons. Promouvoir une pratique durable du rugby dès le commencement. En lien avec des écoles, des fédérations émergentes et des initiatives sociales, ou autre, le rugby pourrait être un levier pour renforcer l’ancrage du sport dans la région tout en y apportant une dimension plus responsable. Il ne s’agit pas d’importer un modèle, mais d’imaginer un rugby adapté, inclusif et résilient.
La candidature saoudienne pose donc une série de questions qui dépassent le simple cadre du sport. C’est peut-être là son intérêt majeur : nous obliger à penser autrement l’organisation des grands événements dans un monde qui change.
Tout ceci ne nous fait pas oublier que le sport est avant tout un outil de soft power et que les enjeux économiques d’une coupe du monde sont importants pour tous…
Julien Pierre
Fondateur de Fair Play For Planet


