Le bicarbonate de soude, nouvelle arme fatale de la Jumbo-Visma
CYCLISME SUR ROUTE – Il y a quelques jours, le média spécialisé VeloNews faisait état d’une nouvelle tendance au sein du peloton : l’utilisation du bicarbonate de soude. Un composé inorganique, sur lequel la marque de nutrition sportive Maurten mise depuis quelques années, afin d’améliorer les performances sportives.
Ce n’est pas nouveau. Depuis de très nombreuses années, le bicarbonate de soude, (re)connu pour être utilisé en cuisine ou dans le cadre des tâches ménagères, est largement adopté dans le milieu des sports d’endurance. Si le cyclisme en est l’un des précurseurs, la course à pied n’est pas en reste. Et pour cause. Les bénéfices de son utilisation ne sont pas négligeables. Ces sels basiques ont en effet la capacité de neutraliser les acides, dont le lactique qui se forme dans les muscles. En clair, consommer du bicarbonate de soude, disponible sur tous les plus grands sites de nutrition sportive sous forme de poudre, permet de retarder les effets de l’acide lactique lors d’efforts soutenus.
Cependant, le recours au bicarb’, l’appellation raccourcie dans le milieu, a longtemps été très marginale au très haut niveau. Que ce soit par les meilleurs marathoniens du monde, ou les cyclistes des plus grandes écuries WorldTour. La cause ? Les effets secondaires du bicarbonate de soude (ou de sodium). Problèmes gastriques, diarrhées, maux d’estomac… Ces sels n’avaient, jusqu’alors, pas que des avantages. Mais ça, c’était avant.
Maurten, la marque de nutrition que tout le monde s’arrache
Depuis quelque temps, la marque de nutrition sportive Maurten, originaire de Suède, et dont les gels chargés en glucides sont largement utilisés dans le peloton professionnel, fait sensation. Cette dernière a conçu un produit à base de bicarbonate de soude, sans les effets néfastes cités plus haut. Ainsi, grâce à un gel, l’absorption de ce produit miracle est plus saine, sans les désagréments gastriques récurrents auparavant constatés. Joshuo Rowe, scientifique et consultant de la marque de nutrition scandinave, le confirme dans les colonnes de VeloNews. « C’est un grand pas. Nous avons pris quelque chose que les gens ont eu du mal à consommer pendant des décennies et nous en avons supprimé tous les effets négatifs possibles. Je pense que cela change la donne, et il semble que les athlètes le pensent aussi. »
Forcément, l’utilisation de bicarbonate de soude permettant aux athlètes d’attaquer plus fort, et surtout plus longtemps, tout en limitant la fatigue des muscles, les performances sportives sont, de facto, améliorées. Herman Reuterswärd, représentant de la marque Maurten, ne dit pas le contraire. « Nous avons pris un produit de cuisson que vous trouvez dans presque toutes les maisons, et pour la première fois, nous avons permis à n’importe qui de l’utiliser pour améliorer les performances sportives ». Fatalement, la course aux gains marginaux étant toujours plus féroce dans le cyclisme professionnel, coureurs et équipes n’ont pas attendu bien longtemps pour solliciter la marque suédoise.
Jumbo-Visma and the ‘game changer’ baking soda system that’s shaking up pro cycling:https://t.co/hSbTt2oRxD
— VeloNews (@velonews) March 21, 2023
Jumbo-Visma, mais pas que
Ainsi, VeloNews, dans son papier du 20 mars dernier, confirme les bruits de couloir entendus ces dernières semaines au sein du peloton. La formation néerlandaise Jumbo-Visma, qui rafle tout ou presque en ce début de saison, et plus globalement depuis 3 ans, a bien recours au bicarbonate de soude. Tout sauf une surprise, les abeilles jaune et noire étant à la pointe en matière de nutrition sportive. Mathieu Heijboer, directeur de la performance au sein de la Jumbo-Visma, confirme les dires de la marque Maurten. « Nous avons vu que la puissance de sortie pour les sprints de 20 ou 30 secondes est plus élevée avec le bicarb. Les coureurs supportent mieux l’acide lactique produit lors de ces efforts intenses ».
Heijboer, passé notamment par la formation Cofidis dans les années 2000, précise par ailleurs qu’à son époque, le bicarbonate était déjà utilisé. Mais avec les différents désagréments évoqués plus haut. « Même lorsque j’étais professionnel au milieu des années 2000, je l’utilisais. Vous voyez des sprinteurs en consommer, à 30 kilomètres de l’arrivée d’une course. Cela donnait un petit avantage, et cela aidait certainement. Mais les effets secondaires signifiaient alors que cela ressemblait à un risque ».
Si l’on apprend que Jonas Vingegaard fait partie des coureurs de la Team Jumbo-Visma n’ayant pas recours au bicarbonate de soude, ce n’est pas le cas de certains de ses coéquipiers. Wout Van Aert, lauréat du Grand Prix E3 et Primoz Roglic, vainqueur du Tour de Catalogne, en seraient eux des consommateurs réguliers. Mais l’équipe néerlandaise est loin d’être un cas isolé. Cet hiver, à l’occasion des camps d’entraînement en Espagne, la formation belge Intermarché-Circus-Wanty et l’équipe SD Worx, qui domine le WorldTour féminin, ont travaillé avec des spécialistes en nutrition, autour du bicarbonate de soude. De plus, outre Maurten, d’autres marques de nutrition sportive commercialisent également de la poudre de bicarbonate de sodium. C’est notamment le cas de 6d Sports Nutrition, partenaire nutrition de la formation Soudal Quick-Step depuis plusieurs saisons.
Cétones, bicarbonate : du dopage légal, vraiment ?
Après les cétones en 2019, le bicarbonate de soude pourrait à son tour secouer les coulisses du peloton professionnel. Car si la marque Maurten sponsorise plusieurs formations WorldTour, des coureurs d’autres équipes, plus isolés, sollicitent également l’enseigne suédoise. « Il y a des dizaines de coureurs d’équipes que nous ne sponsorisons pas qui passent des commandes. Nous avons un carnet de commandes fascinant », assure Herman Reuterswärd, représentant de Maurten.
Se pose alors la question de l’éthique. Déjà, de nombreuses voix s’élèvent en off, et notamment du côté des équipes n’ayant pas recours au bicarbonate de soude. Les mêmes qui se sont prononcées contre l’utilisation des cétones, et appartenant au MPCC (Mouvement Pour un Cyclisme Crédible). D’ailleurs, les cétones en poudre, utilisées dans le cadre de compléments alimentaires, ont refait surface dernièrement. Ce carburant, qui est en réalité un composé organique naturel « produit par le foie à partir de lipides (graisses) quand notre organisme manque de glucides (sucres) », selon Jean-Jacques Menuet, le médecin de l’équipe Arkéa-Samsic, verrait ses bénéfices augmenter en l’associant au bicarbonate de soude, selon une étude publiée par le KU de Louvain (Belgique). Une augmentation de 5% des watts a même été constatée durant un test dans le cadre de cette étude.

En attendant, ni l’UCI (Union Cycliste Internationale), ni l’AMA (Agence mondiale antidopage), ne se sont encore prononcées sur une possible interdiction des cétones, et encore moins sur l’utilisation du bicarbonate de soude. Dans le cas des corps cétoniques, l’UCI a simplement mis en garde les coureurs et équipes, dans l’attente des résultats d’une étude lancée par l’instance internationale, en 2021. Dopage légal pour certains, gains marginaux et simples compléments alimentaires pour d’autres, les cétones, et donc désormais le bicarbonate de soude, n’ont pas fini d’alimenter les débats sur les limites de la course à la performance à tout prix, lancée par les mastodontes du WorldTour. Quitte à jouer avec les règles, et entrer dans une zone grise.



