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Rugby à XV

Le jeu au pied : L’une des failles du XV de France contre l’Irlande

Tom Lacaille

Publié le

Le jeu au pied L'une des failles du XV de France contre l'Irlande
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XV DE FRANCE – Totalement dominés par les Irlandais lors de la deuxième journée du Tournoi des 6 Nations 2023, les Bleus ont manqué de justesse dans certains aspects du jeu. Avec une stratégie variable et une mésentente entre les joueurs et le staff sur ce qu’il fallait mettre en place, le jeu au pied des Français a été un des points noirs de ce match. 

Un plan de jeu brouillon

Dépossession ? Repossession ? À l’approche de ce Tournoi, la stratégie que voulait mettre en place le staff de Fabien Galthié n’était pas claire. En grande difficulté lors de la tournée de novembre 2022 (contre l’Australie, l’Afrique du Sud et le Japon), avec un jeu de dépossession, qui avait pourtant permis aux Bleus de remporter le Grand Chelem en mars de la même année, la gestion de l’occupation du terrain a été revue. Dans un match où il n’y avait pas grand-chose à retenir tant la copie a été brouillonne, l’ouverture contre l’Italie ne nous avait guère ouvert l’esprit. Si ce n’est que le jeu des Français n’était ni purement de la dépossession, ni un jeu de repossession.

Contre l’Irlande, ce manque de clarté s’est ressenti. Dès le début de match, alors qu’un énorme combat physique attendait les Bleus, nous avons assisté à des tentatives de relances lointaines pour déstabiliser la défense irlandaise. Problème, le mur vert s’est avéré imperméable, et ce sont surtout les Français qui se sont épuisés. Dans cette situation, le jeu au pied était une arme indiscutable pour à la fois se libérer de la pression dans notre propre camp, et l’exercer dans le leur. Mais cela n’a pas fonctionné.

La justesse technique et tactique défaillante

Si l’option tactique n’était pas clairement définie, ou en tout cas pas visible sur le terrain, c’est aussi car les Irlandais ont su profiter des hésitations françaises. Le schéma-type des dégagements au pied dans notre camp durant ce match a été le suivant. Une fois que le XV de France récupérait le ballon aux abords de sa ligne des 22 mètres (après un renvoi ou un coup de pression des Irlandais), les Français ont majoritairement priorisé des premiers temps de jeu sous le signe de la relance, avec un jeu frontal, pour déstabiliser le rideau défensif irlandais et trouver des espaces au fur et à mesure des phases de jeu. Cependant, la montée agressive des trois-quarts irlandais a coupé toutes possibilités de déployer le jeu sur les extérieurs, ce qui a constamment fait reculer de quelques mètres les Bleus.

Sous la pression, le dégagement au pied était donc la dernière solution. Mais logiquement dans la précipitation, les angles trouvés n’ont jamais été dangereux et ont toujours permis aux trois-quarts irlandais (Lowe, Keenan et Hansen) de s’organiser au mieux pour les phases offensives. Dans ces situations où les Français redonnaient le ballon par dépit aux Irlandais, notre couverture du terrain a aussi un été un problème.

Les montées des trois-quarts français sur les ballons hauts pour mettre la pression à la retombée n’étaient pas assez coordonnées et surtout couvertes par les autres joueurs, ce qui laissait le champ libre au réceptionneur irlandais de renvoyer le XV de France aux abords de sa ligne des 22 mètres, souvent grâce un coup de pied millimétré. L’exemple du coup de pied en profondeur, mal appréhendé par Thomas Ramos (7′), amenant le premier essai des hommes en vert, est criant.





Thomas Ramos en difficulté face à l'Irlande

Thomas Ramos en difficulté face à l’Irlande – Photo Icon Sport

Un déficit de qualité au pied face aux Irlandais

Ce problème est donc dû à une fragilité tactique sur les ballons de relance, entre hésitations à lancer le jeu à la main et une incapacité à trouver, par le jeu au pied, des angles empêchant les Irlandais de dicter leur loi à la réception. Mais une des différences entre les deux équipes s’est fait ressentir dans la capacité des lignes arrières à utiliser à bon escient ce jeu au pied. Côté français, les deux ailiers Damian Penaud et Ethan Dumortier n’ont pas la même faculté que James Lowe et Mack Hansen à se servir du jeu au pied. Même constat pour Thomas Ramos, même en étant quasiment parfait face aux perches (4/5), son jeu au pied dans le jeu courant n’apporte pas autant de certitudes que son vis-à-vis Hugo Keenan, encore excellent samedi.

Bien évidemment, les profils de chaque équipe ne peuvent pas être similaires, mais en voyant l’efficacité de la sélection irlandaise, en grande partie grâce à cette utilisation astucieuse du jeu au pied, les Bleus peuvent se demander s’ils ne pourraient pas s’en inspirer. Cela passerait par un réajustement tactique, précisément sur le choix du numéro 15 français. Si Thomas Ramos, excellent en novembre, a regagné une place de titulaire, son coéquipier à Toulouse, Melvyn Jaminet, pousse les portes à une nouvelle titularisation. En effet, son sélectionneur, impressionné par la longueur au pied de l’ancien Perpignanais, pourrait s’appuyer sur cette qualité pour être en mesure de se libérer de la pression adverse plus facilement. Une telle longueur permettrait à la fois de faire reculer le bloc adverse, permettant aux Français de réorganiser le premier rideau défensif dans un temps, et mettre la pression sur les réceptionneurs dans un autre.

Une inspiration irlandaise à ne pas négliger

Offensivement, l’équipe de France est la plus dangereuse lorsque le jeu est totalement désorganisé, la preuve encore samedi contre l’Irlande avec l’essai de 80 mètres de Damian Penaud. En analysant le jeu au pied offensif des Irlandais, ce dernier a toujours pour but de mettre la pression à la défense adverse, généralement entre les 22 mètres et la ligne d’en-but. Cette tactique oblige quasiment systématiquement la défense à se relancer au pied dans la précipitation, ne laissant pas le temps au rideau défensif de se replacer. Ce sont donc dans ce genre de situations que les espaces peuvent être les plus grands, et que l’âme du french flair peut ressortir du XV de France.

La stratégie qu’adoptera le staff pour la suite de ce Tournoi déterminera la profondeur du jeu français et sa capacité à être remodelé en fonction des situations. Si la gestion du jeu irlandais est la meilleure du monde actuellement, Fabien Galthié pourra s’en inspirer, ou alors trouver une solution alternative pour surprendre les futurs adversaires. Faisons-lui confiance, il a déjà su innover lors du dernier Grand Chelem en 2022, avec ce fameux jeu de dépossession.

 

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