Nous suivre

Handisport

Le para-hockey sur glace, une discipline méconnue en phase de structuration

Maxime Cazenave

Publié

le

Le para-hockey sur glace, une discipline méconnue en phase de structuration
Photo FFHG

Handisport – Les handisports souffrent généralement d’un manque de visibilité. C’est notamment le cas du para-hockey sur glace en France. Discipline présente depuis de nombreuses années dans l’Hexagone, elle commence réellement à se structurer depuis peu. Avec les éclaircissements de la Présidente de la commission du para-hockey sur glace à la FFHG, Pascale Durandard, nous vous faisons découvrir un sport qui gagne à être connu.

Milieu des années 1960, en Suède. Deux hommes ne pouvant plus pratiquer le hockey sur glace en raison de leur handicap moteur ne se laissent pas abattre. La passion est plus forte, et c’est ainsi qu’ils décident de trouver une solution afin de continuer à pratiquer leur sport favori. Ils ont alors l’idée de concevoir une luge sur laquelle ils peuvent s’installer, et se déplacer en s’aidant d’un bâton à la main opposée de celle qui tient la crosse. Le para-hockey sur glace vient de naître. Progressivement, la discipline se développe dans les grands pays de hockey sur glace, jusqu’à intégrer les Jeux Paralympiques à l’occasion de l’édition 1994 disputée à Lillehammer, en Norvège.

Un règlement similaire au hockey sur glace

Mais concrètement, comment se passe une rencontre de para-hockey sur glace ? Pascale Durandard apporte la réponse : « Le règlement est le même que dans le hockey sur glace, seul le temps de jeu est différent puisqu’il s’agit de trois périodes de 15 minutes, et non 20. Les joueurs sont au nombre de cinq (plus un gardien de but), installés sur des luges avec deux lames rapprochées, possédant un baquet dans lequel ils sont sanglés. Deux bâtons sont à leur disposition, une crosse pour manier le palet, et un pic pour faciliter le mouvement. »

Ainsi, il y a très peu de différences avec le hockey sur glace en termes de réglementation à l’exception du temps de jeu raccourci (45 minutes au lieu de 60). Comme pour ce dernier, les changements interviennent rapidement, entre une et deux minutes par présence. Au fur et à mesure du temps, la luge a évolué afin de faciliter la pratique. Les lames rapprochées bénéficient aujourd’hui d’une forme arrondie, ce qui permet de faciliter les revirements et changements de direction.

Les bras et la bassin mis à grande contribution

Le bassin est donc très sollicité pour faciliter la mobilité sur la glace. Les bras sont également mis à grande contribution puisque c’est avec cette force que le joueur utilise les deux bâtons mis à sa disposition. D’un côté, il dispose d’un pic qui lui permet d’exercer une pression pour avancer et gagner en vitesse alors que de l’autre, il peut utiliser une crosse adaptée (moins grande qu’une crosse traditionnelle) afin de manier le palet.

Les handicaps concernés par la pratique sont donc limités aux handicaps moteurs du bas du corps. Pour les handicaps mentaux, il existe le hockey adapté, mis en place depuis 2012 dans le cadre de la politique ministérielle visant à faciliter l’accès du sport à tous. Toutefois, cela dépend donc de la FFH, et non pas de la FFHG.

La FFHG passe à la vitesse supérieure

Pour revenir au para-hockey sur glace en France, la discipline peine à s’imposer. Il faut dire que le grand frère du hockey sur glace a mis du temps avant de commencer à prendre une place dans le paysage sportif. Avec le développement des réseaux et la multiplication des plateformes de diffusion, ce dernier est aujourd’hui accessible facilement, même s’il souffre toujours d’un manque de considération médiatique en comparaison aux sports « historiques » (football, rugby, handball…).

Le para-hockey sur glace a donc pendant longtemps été mis au second plan, voire laissé à l’abandon. Depuis une dizaine d’années, il est question de structurer une discipline alors considérée plus comme un sport loisir que comme un véritable sport malgré les initiatives de différents clubs pour la mettre en avant. Mais c’est réellement depuis trois ans que la Fédération de Hockey sur Glace a décidé de passer la vitesse supérieure, avec la bienveillance et l’implication de son président, Eric Ropert.

De plus, elle bénéficie également d’un soutien fort de l’État dans l’accompagnement pour l’achat des équipements : « C’est la Fédération qui s’occupe de l’achat des luges pour la pratique – précise Pascale Durantard. Cela est mutualisé afin de faciliter les commandes. Il y a un coût puisqu’il faut compter 700€. Nous avons passé une commande récemment pour obtenir 20 luges, ce qui coûte environ 12 000€. L’État est à l’écoute concernant les handisports et nous touchons des subventions à hauteur de 80 %, nous permettant de faciliter ces achats nécessaires. »

« L’objectif est d’obtenir une place aux Jeux Paralympiques 2026 »

Cela va se ressentir bientôt en termes de structuration. Uniquement loisir jusqu’alors, le para-hockey sur glace est sur le point de disposer de ses propres compétitions : « Nous sommes en train de rédiger le règlement des différentes compétitions qui verront le jour dès la saison prochaine. Comme pour le hockey sur glace, le para-hockey disposera d’un championnat national et d’une Coupe de France», indique Pascale Durandard.

Dans un cadre plus large, la création d’une Équipe de France est également en cours, avec un objectif bien établi à moyen-terme : « L’objectif à terme est d’obtenir une place aux Jeux Paralympiques 2026. Nous allons intégrer dès l’année prochaine les championnats du monde qui disposent d’un fonctionnement similaire à ceux de hockey sur glace. Nous allons intégrer la Poule C avec pour but d’intégrer la Poule A, ce qui permet ensuite de pouvoir participer directement aux Jeux Paralympiques. »

Un Pôle national dédié en projet

Afin d’atteindre cet objectif, les moyens sont mis en place puisque afin d’accompagner au mieux les athlètes, un Pôle national uniquement dédié au para-hockey sur glace est en projet. Cela va donc permettre à l’Équipe de France de bénéficier d’une structure propre à elle-même. Une avancée importante puisque afin d’accueillir les futurs stages et rencontres internationales, il est indispensable de disposer des infrastructures adéquates. Plusieurs villes sont candidates, mais le lieu est encore à déterminer.

En ce qui concerne la sélection de l’Équipe de France, un coach a déjà été mis en place : « David Lemetais est chargé de repérer les joueurs afin de créer l’Équipe nationale, avec l’accompagnement du DTN Jean-Patrick Thirion. La détection est en cours. ». Ancien joueur, David Lemetais est donc l’homme ayant la responsabilité de trouver les athlètes qui constitueront la première Équipe de France de l’histoire. Pour cela, il peut s’appuyer sur les différents clubs possédant déjà les équipements nécessaires (Cholet, Besançon, Clermont-Ferrand, Tours, Poitiers, Dijon, Rouen et Rennes).

De plus, l’équipe peut compter sur un parrain de choix puisqu’il s’agit de Pierre-Edouard Bellemare. Figure de proue du hockey français depuis plusieurs années en NHL, le joueur de l’Avalanche du Colorado prend à cœur cette mission. Il a ainsi des échanges réguliers avec la Fédération, en plus d’apporter une visibilité bénéfique à la discipline : « Nous faisons des réunions Zoom régulièrement avec Pierre-Édouard. Il est très impliqué dans ce projet et nous apporte une grande visibilité par son statut, mais son implication est également très positive. Nous allons aussi avoir des réunions avec l’Équipe de France de hockey sur glace à l’avenir. »

Les fondations posées, la machine est en marche

Le vivier est pour le moment composé de 85 licenciés seulement, mais avec les évolutions à venir, nul doute que ce nombre devrait augmenter dans les mois et années à venir. Dans cette optique, l’encadrement devra sans aucun doute être également renforcé. C’est le cas en ce qui concerne les médecins puisque ceux en place doivent abattre un boulot considérable. Un point sur lequel Pascale Durandard insiste : « Nous avons actuellement trois médecins qui effectuent un gros travail afin de passer les visites médicales pour délivrer un certificat d’aptitude. Il faut une formation spécifique afin de le délivrer, et je les remercie donc pour leur implication totale. »

Il reste donc encore énormément de travail à accomplir afin ne serait-ce que de poser les fondations d’un projet magnifique. Les premières pièces du puzzle s’assemblent progressivement avec le travail de fond effectué par une Fédération réellement impliquée depuis des années, comme l’est Pascale Durandard : « Je suis impliquée dans le projet depuis trois ans maintenant, et il me tient vraiment à cœur ». Le chemin à parcourir est encore long, mais le train est en marche. Les premiers résultats concrets vont ainsi être visibles dans les semaines et mois à venir.

Ceux qui veulent monter à bord, ou tout simplement découvrir la discipline, peuvent directement s’adresser à la Fédération. Cette dernière est en capacité de vous préciser quel est le lieu le plus proche de votre domicile disposant des installations nécessaires. Sinon, les clubs peuvent également répondre à ces interrogations puisque ces derniers participent à mettre en lumière la discipline. Ce samedi 29 mai par exemple, une initiation est proposée par le HOGLY, à La-Roche-sur-Yon.


Journaliste/Rédacteur depuis 2012 - Bercé par l’amour des Girondins de Bordeaux, les échecs de Christophe Moreau sur le Tour de France sous l'ère Lance Armstrong et le fade-away létal de Dirk Nowitzki, ma passion dévorante pour le sport a toujours été un pan incontournable de ma vie. Transmettre ma passion à l’écrit a toujours été une vocation. Quand les autres sortaient les cartes Pokémon ou Yu-Gi-Oh dans la cour de l’école, je ripostais avec des cartes Panini ou des fiches Onze Mondial. La puissance de Jean-Claude Darcheville n’a pas d’égal.

Clique pour commenter

Poster un Commentaire

avatar
  S'abonner  
Me notifier des

Fil Info

Actus à la une