Le Placard à Balais #12 : « Dans 5 ans, on arrêtera de dire qu’on n’a pas d’arbitres »


À l’aube du premier tournoi français exclusivement dédié à qualification pour la Coupe d’Europe des Clubs[1] et qui se tient à Velizy du 1er au 2 décembre 2018[2], le trésorier de la Fédération du Quidditch Français a accepté de répondre à nos questions. Florian Martinez, homme fort de l’arbitrage en France, analyse le panorama de l’arbitrage en France et présente l’avenir de l’arbitrage dans le quidditch. 

Bonjour Florian ! Peux-tu revenir sur ton parcours dans le quidditch ?

Bonjour, je joue depuis novembre 2011 au quidditch, j’ai commencé avec l’équipe de Toulouse. J’ai créé l’association à Toulouse, et j’en ai assuré la présidence d’octobre 2013 à avril 2015. Puis je suis parti jouer avec les Bayards d’Argent quelques saisons. Je m’entraîne encore un peu avec eux, mais je fais principalement de l’arbitrage depuis que je ne joue plus trop et de la gestion à distance, en étant désormais trésorier de la Fédération du Quidditch Français (FQF).

Nombre d'arbitres de quidditch par fédération - © International Quidditch Association
Nombre d’arbitres de quidditch par fédération – © International Quidditch Association

En novembre 2018, l’International Quidditch Association a publié les chiffres sur l’arbitrage dans le Monde. La France se situait à la 7ème place, avec 20 arbitres certifiés. En un mois et à l’approche du tournoi qualificatif de la Coupe d’Europe des Clubs, je suppose que le nombre d’arbitres français a légèrement évolué. Que penses-tu de cet état des lieux ?

On peut se baser sur les chiffres, on a moins d’une trentaine d’arbitres certifiés pour environ 400 joueurs, ce qui est assez peu.

Zoomons un peu. Si l’on se concentre sur la France, quel est le paysage du corps arbitral Français ? Y a-t-il une différence dans le nombre d’arbitres pourvu par les clubs compétitifs et loisirs ?

Les équipes installées depuis un moment ont souvent des arbitres, mais peu encore sont certifiés. Certaines équipes, et notamment les Frog, ont une vraie politique pour développer l’arbitrage dans leur équipe.

En France, il existe assez peu de clubs uniquement loisirs, mais il est vrai que ces clubs cherchent d’abord à bien se structurer avant d’approfondir l’arbitrage et d’avoir des arbitres certifiés.

Communication Facebook des Paris Frog - Capture d'écran
Tous les moyens sont bons pour motiver les joueurs à devenir arbitres !

Quel est le portrait-robot de l’arbitre français ?

On peut se servir de tournois passés pour servir de base à ce portrait-robot. Il existe quelques arbitres français certifiés avec de l’expérience internationale, mais somme toute assez peu. La majorité des arbitres sont des personnes qui jouent depuis assez longtemps et en qui on a confiance pour assurer un arbitrage sérieux. Par contre, il est difficile de dire si un genre est majoritairement présent, je dirais tout de même, à première vue, que nous avons moins de femmes arbitres principales.

Six équipes françaises participeront à la Coupe d’Europe des Clubs[3], un record ! Il faudra s’attendre également à impliquer plus d’arbitres que lors des éditions précédentes. La FQF a-t-elle pris des mesures pour s’assurer de d’en dépêcher le nombre attendu ?

Nous sommes en train de réfléchir à des formations à distance pour compléter le travail de traduction réussi dans un délai très court par une équipe solide et sérieuse. Les ligues régionales doivent permettre à chaque club de s’entraîner au niveau de l’arbitrage. De plus, nous demandons aux équipes de fournir de plus en plus d’arbitres au fur et à mesure de la compétition, afin d’augmenter petit à petit le nombre d’arbitres dans toutes les équipes.

À cela, nous essayerons d’ajouter, dans la mesure du possible, une présence d’un de nos arbitres principaux certifiés lors des rencontres afin d’aider au mieux.

Pourquoi devenir arbitre ?

Être arbitre, c’est permettre à un match de se tenir avec un minimum d’impartialité. C’est tout autant faire attention et éviter que certains joueurs ne se mettent en danger ou mettent en danger les autres, surtout lors des compétitions où le contact est plus rude. C’est aussi une autre approche du quidditch, quand parfois, on ne peut plus jouer en club.

Florian Martinez arbitrant un match lors de la Coupe de France 2017 - © Armand Cosseron
Florian Martinez arbitrant un match lors de la Coupe de France 2016 – © Armand Cosseron

Que faut-il pour être un bon arbitre ?

Je pense qu’il faut avant tout du temps : du temps pour bien connaître les règles pour passer les tests et les mémoriser, du temps pour s’habituer à arbitrer sur le terrain. Un arbitre, comme tout autre joueur ou joueuse, doit s’entraîner pour devenir meilleur : on ne peut faire attention à tout, tout de suite. D’ailleurs des arbitres d’autres sports qui s’essayent à l’arbitrage au quidditch sont souvent d’une aide précieuse car ils ont de nombreux repères et notamment une manière d’être sur un terrain. Il ne faut pas l’oublier non plus, un bon arbitre, c’est celui qui montre qu’il est compétent par son attitude, ses prises de parole et ses décisions.

Un conseil pour les arbitres d’autres sports qui souhaiteraient rejoindre le quidditch ?

Cela a toujours été l’une de mes idées quand je m’occupais de la commission arbitrage : chercher à attirer des arbitres d’autres sports car ils sont plus nombreux que chez nous et surtout car ils reçoivent une formation plus poussée que la nôtre. J’ai déjà pu échanger avec des arbitres, et c’est toujours quelque chose de très intéressant, donc venez : vous ne connaissez peut-être pas les règles, mais vous en savez déjà beaucoup pour nous aider.

Où vois-tu le quidditch français dans cinq ans ?

Il y a 5 ans, le quidditch en était encore à ses débuts, la Coupe de France n’existait pas encore, et la fédération avait 6 mois. C’est dire le développement depuis. Dans 5 ans, en continuant de s’appuyer sur ces nombreuses personnes qui continuent de jouer ou qui, en partant de leur club, cherchent à continuer en créant de nouveaux clubs, je pense que le nombre de quidkids augmentera. Cela reste la priorité afin de donner de plus en plus de sens à des ligues régionales : limiter les coûts de déplacement pour jouer le plus souvent possible. Dans 5 ans, j’espère qu’on aura des contacts fixes et fiables au niveau d’infrastructures de confiance pour organiser régulièrement des tournois dans des lieux testés et approuvés. Dans 5 ans, j’espère qu’on arrêtera de dire qu’on n’a pas d’arbitres. Et surtout, j’espère que dans 5 ans, on continuera de râler parce qu’on pourrait faire mieux.

Propos recueillis par Armand Cosseron

[1] Ce tournoi, l’EQCQ (« European Quidditch Cup Qualifier ») réunit huit équipes dont les quatre meilleures participeront à la Coupe d’Europe des Clubs à Haralbeke, en Belgique, les 11 et 12 mai 2019. Pour en savoir plus sur l’événement, rendez-vous sur leur site.

[2] L’événement est organisé par la Fédération du Quidditch Français et réunit Bacchus Bordeaux Quidditch, Black Snitches de Lille, les Crookshanks de Lyon et les Olympiens de Paris. Pour l’occasion, trois équipes participantes résultent de fusion temporaires entre plusieurs clubs :   Black Novas réunit les Black Wands de Montpellier et les Novas de Limoges, Breizh Quidditch réunit les Hermines de Rennes et les Éléphants de Nantes), les Golden Leopards regroupent les Burning Hippogriffs de Caen et les Rouen Skrewts. Retrouvez toutes les informations sur la page de l’événement.

[3] Les finalistes de la Coupe de France 2017, les Titans Paris et les Paris Frog, sont déjà qualifiés. Les quatre autre équipes seront déterminées à l’issue du tournoi de qualification évoqué ci-dessus.

[4] Pour chaque Coupe d’Europe des Clubs, les fédérations participantes sont dans l’obligation de faire participer un certain nombre d’arbitres. Le quota dépend du nombre d’équipes dépêchées par chaque fédération.

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