Léna Kandissounon : « Je peux courir comme une fille qui fait 1:58, 1:57 »
ATHLÉTISME – En marge de son départ en stage avec l’équipe de France en Afrique du Sud et lors d’une rencontre avec des lycéens, Léna Kandissounon, championne de France en titre du 800 m, a accepté de nous accorder un entretien d’une quinzaine de minutes afin d’évoquer sa saison 2023 et ses objectifs futurs.
Bonjour Léna, on ne t’a plus vue depuis les Championnats du monde, quelle a été ton actualité depuis la fin de l’été ?
Léna Kandissounon (championne de France du 800 mètres) : Après les Championnats du monde, je suis retournée à l’entraînement pour tenter de rentrer dans des meetings, mais cela ne s’est pas fait. J’ai donc coupé trois semaines, sans athlétisme. Ensuite, comme je suis en double cursus à Sciences Po, en septembre, les cours ont repris donc je n’ai pas vraiment pris de vacances mis à part un week-end. J’ai repris l’entraînement tranquillement avec beaucoup de foncier. J’ai aussi commencé à travailler avec un préparateur physique, j’ai pu soigner tous les petits bobos. C’est bien aussi de faire de la prévention.
Tu pars dans trois jours en stage en Afrique du Sud [le 30 novembre ndlr]. Quel est l’objectif de ce stage ?
En Afrique du Sud les saisons sont inversées, il fait 35 degrés, donc on va pouvoir commencer le spécifique, mettre les pointes et partir sur des allures plus élevées pour préparer la saison en salle qui commencera fin janvier. Je reviens juste avant Noël et début janvier, on repart en stage deux semaines au Portugal avec la Fédération.
Léna Kandissounon : « Si je fais les minima pour les Mondiaux c’est bien et si je ne les fais pas ce n’est pas très grave »
Tu évoques la saison en salle, quels vont être tes objectifs dans la mesure où il y a les Championnats du monde indoor en mars, mais également la perspective des Jeux Olympiques ?
L’objectif, cet hiver, est de ne pas perdre les habitudes de course sur 800 m, car en fait, elles se perdent assez rapidement, et puis de courir en compétition, comme j’adore ça. Certains athlètes se limitent à la saison estivale pour se laisser le temps de soigner des blessures ou par choix stratégique pour ne pas perdre trop d’énergie, mais moi, j’en ai vraiment besoin. Pour les Mondiaux, les minima sont en 2:00.80. Si je les fais, c’est très bien et si je ne les fais pas ce n’est pas très grave. Je me donne trois compétitions et les [championnats de France] élites pour les faire et me qualifier, ou me focaliser sur ma saison estivale.
Donc de la compétition avant tout et si cela sourit, ce sera du bonus.
Tout à fait, et l’hiver, c’est aussi l’occasion de tester de nouvelles choses. L’année dernière, j’ai couru 1:59 et je pense qu’il y a moyen de faire mieux et de courir comme une fille qui peut faire 1:58, 1:57. C’est donc l’occasion de courir différemment dans le peloton et d’essayer de m’imposer un peu plus.
Léna Kandissounon : « L’idée est de tester de nouvelles choses »
Justement, concernant les schémas de course, quels enseignements peux-tu tirer sur une course en salle quand on sait que les pistes ne sont pas les mêmes par exemple et qu’il faut parcourir quatre tours de 200 m contre deux de 400 m en extérieur ?
J’adore l’indoor, je préfère ça à l’outdoor, car la course se séquence beaucoup plus. On peut en tirer des enseignements généraux : savoir se placer dans le peloton par exemple. Ce n’est pas chose facile en salle donc si j’arrive à le faire, je peux normalement le reproduire en extérieur. Passer sur des allures plus rapides également. L’idée est donc de tester de nouvelles choses, pas spécifiques à la salle, mais au 800 m en général.
Au niveau des objectifs sportifs, tu te fixes plutôt un chrono – tu parlais de te rapprocher des 1:58, voire 1:57 notamment – ou une place sur un championnat ?
Cette année, c’est particulier, car pour aller aux Jeux, je suis obligée de viser un chrono pour décrocher les minima (1:59 .30). Mais en temps normal, je n’aime pas trop fonctionner au chrono, c’est trop précis, je préfère travailler au bilan mondial et à la place en championnat. C’est quelque chose que je travaille en prépa mentale. Souvent d’ailleurs, en travaillant le bilan, indirectement, il y a un chrono.
Léna Kandissounon : « J’ai vu que c’était dur et je suis prête maintenant »
Tu achèves une saison au cours de laquelle tu as éclos au plus haut niveau aux yeux des amateurs d’athlétisme. Tu as découvert les Championnats d’Europe en salle et les Mondiaux en plein air. Il y a eu ton titre de championne de France élite à Albi également. Y a-t-il quelque chose que tu retiens plus que le reste ?
Je pense que je retiens surtout les Europe en salle et les monde et l’expérience que j’en ai tirée. L’ambiance ne ressemble à rien de ce que j’ai pu vivre ailleurs. J’avais déjà fait des championnats dans les catégories jeunes, mais la manière d’appréhender un grand championnat n’a rien à voir. Je suis contente de l’avoir fait cette année. J’ai vu que c’était dur et je suis prête maintenant : j’ai beaucoup appris sur comment courir en grand championnat.
Tu parles de la manière de courir en championnat. Justement, l’année prochaine, aux Jeux, un tour de repêchage est instauré sur les épreuves du 200 m au 1500 m. Est-ce que cela change ton approche de la course ? Sans qualification au temps, on peut imaginer que certaines filles vont vouloir imposer un tempo élevé pour être dans les trois premières alors que d’autres, avec un gros finish, peuvent tabler sur une course plus tactique.
Pour l’instant, ça ne change rien, car je ne sais pas comment les autres filles vont l’appréhender. De toute façon, l’objectif est évidemment de l’éviter à tout prix, parce que cela fait une course de plus et un jour de repos en moins. C’est difficile d’anticiper ce qu’il peut se passer.
Léna Kandissounon : « On peut voir des choses complètement folles »
Tous les athlètes sont en revanche assurés de courir au moins deux fois puisque tous les non-qualifiés passeront par le repêchage.
Si tout le monde passe en repêchages, c’est un coup à se dire « bon, je ne cours pas en série pour garder mes réserves pour le repêchage, car ce sera plus facile avec les filles déjà qualifiées en moins ». C’est jouer avec le feu. Peut-être moins chez les filles, parce qu’il y a moins de prise de risque, mais chez les garçons, ce sont des choses qui peuvent arriver. Si c’est le cas, on peut voir des choses complètement folles.
En revanche, c’est hyper intéressant, car on peut se dire « quoi qu’il arrive, je vais courir au moins deux fois ». C’est très frustrant de ne courir qu’une fois. Cela dure deux minutes, c’est hyper intense et à la fin si cela ne passe pas, on se dit tout ça pour ça…
En parallèle de ta carrière, tu étudies à Sciences Po Paris. Comment parviens-tu à concilier tes études et ta carrière de sportive de haut niveau ?
J’ai des horaires aménagés. Je fais mon master en quatre ans au lieu de deux. Cette année par exemple, je n’ai cours qu’au premier semestre. Le deuxième, c’est un semestre de stage, donc je ne vais pas couper mon stage en deux, je le ferai directement en entier en 2025. Ce qui veut dire qu’au premier semestre 2024, je n’aurai pas cours et je vais pouvoir m’entraîner complètement.
Au niveau de mon organisation hebdomadaire, j’ai deux jours de cours dans la semaine à Paris : j’arrive le lundi matin et j’ai cours le lundi et le mardi et je rentre en fin d’après-midi à Rennes pour m’entraîner le soir et le reste de la semaine. C’est toute une organisation, mais mon coach soutient mon double projet. D’ailleurs, c’est une obligation dans le groupe d’avoir un double projet professionnel ou scolaire et je trouve cela très bien.
Un honneur de recevoir Léna Kandissounon, championne de 🇨🇵 du 800m et membre de l’équipe de France d’athlétisme aux derniers Mondiaux, dans le cadre de la Classe Olympique du @lycee_edb . Des échanges vivants avec les élèves 🔥
Merci @AthleteDuBenin @firminsylla 🙏 #JO2024 pic.twitter.com/ePJ1l4BcTF— Victor CLOT-AMIOT (@VictorClotAmiot) November 27, 2023


