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Coupe du monde de football 2022

Les binationaux font débat à l’approche de la Coupe du monde

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Les binationaux font débat à l'approche de la Coupe du monde
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FOOTBALL – COUPE DU MONDE – La question des joueurs binationaux interroge depuis des années. Mais ces derniers temps, ils sont nombreux à prendre des décisions fortes, souvent incitées par les fédérations. Certaines tentent le tout pour le tout afin de séduire les joueurs à quelques mois de la Coupe du monde 2022

Plus que 159 jours avant la prochaine Coupe du monde qui débutera au Qatar le 21 novembre prochain. À l’approche de cette date fatidique, de nombreux pays et nations tentent par tous les moyens de se renforcer. Et si toutes les équipes n’ont pas des talents comme Kylian Mbappé dans leur réservoir, nombreuses sont celles qui doivent trouver des alternatives à ce sujet. C’est la raison pour laquelle de nombreuses nations utilisent les joueurs binationaux pour renforcer leur effectif. Ce sont d’ailleurs majoritairement les pays africains qui utilisent ce procédé, car de nombreux joueurs nés en Europe sont en réalité d’origine africaine ou ont des parents originaires directement du continent.

Mais dans certains cas, les joueurs binationaux sont en balance entre deux nations européennes, comme Raphaël Guerreiro ou encore Anthony Lopes, nés et formés en France, qui ont choisi le Portugal. Mais aussi Ludovic Obraniak, natif de Moselle, qui choisira la sélection polonaise. Ce phénomène s’exporte partout et fait des émules. Si certains parlent de problèmes d’éthique et crient au scandale sur ce système, d’autres trouvent cela normal.

Des règles définies

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il faut expliquer les règles de la FIFA qui stipulent que « ces joueurs doivent désormais être en mesure de démontrer un « lien évident » avec le pays dans lequel ils ne sont pas nés mais qu’ils souhaitent représenter ». Ce « lien évident » implique que le joueur doit avoir au moins un parent ou grand-parent qui est né dans ce pays ou, à défaut, y avoir lui-même résidé au moins cinq ans.

D’ailleurs, la FIFA donne des explications claires sur les joueurs pouvant acquérir une nouvelle nationalité sportive. « Tout joueur voulant prétendre à une nouvelle nationalité en vertu de l’article 5.1 et qui n’a pas disputé de match international [dans une compétition officielle de toute catégorie] avec une équipe [nationale] est autorisé à jouer pour une autre équipe [nationale], à condition qu’il réponde à une des quatre conditions définies ». Avec ces règles, la FIFA a souhaité arrêter de donner de nouvelles naturalisations à tout bout de champ pour de nombreux joueurs qui intégraient des nations plus faibles, et qui n’avaient aucun lien avec ces pays.

Les récents cas français

Pour revenir au cas de la Coupe du monde, la France est au cœur du débat. Par son passé de pays colonialiste, le pays des champions du monde a de nombreux joueurs ayant des origines de pays qu’il a colonisés, mais aussi issus de l’immigration depuis la Seconde Guerre mondiale. Si la plupart sont formés en France et choisissent la nation qui les a fait grandir, seuls les meilleurs sont sélectionnés en équipe de France. C’est pourquoi d’autres utilisent une porte de sortie, en choisissant un autre pays, comme celui de leurs parents ou grands-parents.

Récemment, de nombreux cas chez les Bleus ont fait débat. Tout juste sélectionné par Didier Deschamps, Boubakar Kamara aurait pu jouer avec le Sénégal, le pays de son père. S’il a profité de l’absence de plusieurs cadres blessés, sa sélection aura provoqué une polémique, puisque Didier Deschamps a été fustigé sur le fait qu’il le sélectionnait uniquement pour l’empêcher de jouer avec le Sénégal. Un choix dont se défend le joueur lui-même.

J’ai appris que j’allais être appelé la veille quand j’ai eu une discussion avec le coach. Je n’ai jamais hésité par rapport au Sénégal. Certes, on m’a vu sur les réseaux sociaux avec un maillot du Sénégal, car mon père est Sénégalais. […] J’étais très content qu’ils gagnent la CAN, très content pour mon père aussi.

D’autres joueurs français n’ont pas été appelés par le sélectionneur, malgré leur passé en espoirs et leurs bonnes performances en club. C’est pourquoi ils sont partis jouer pour un autre pays, comme Aymeric Laporte. Le Franco-Espagnol, qui fut international espoirs à 17 reprises (1 but) entre 2013 et 2016, espérait avoir sa chance chez les A. Mais snobé par Didier Deschamps qui ne l’a jamais appelé, il a donc préféré l’Espagne après un appel de Luis Enrique, pour le convaincre de jouer l’Euro 2020.

« C’est un sujet délicat, mais au final, je dois faire ce que je pense être juste et correct, en faisant bien les choses. C’est ce que j’ai toujours essayé de faire, tout en respectant au maximum tout le monde. » explique le joueur formé à Bilbao en juin 2021 à Marca. « Comme c’était un sujet compliqué, j’en ai parlé avec ma famille et je leur ai dit quelles étaient mes intentions. Ils ont compris. D’une certaine manière, c’était très clair pour eux. Ce que m’avait donné l’Espagne, tout au long de ma carrière et pas que maintenant, n’a rien à voir avec la France. »

La relation entre l’Europe et l’Afrique

Pour les joueurs originaires d’Afrique, certains cas ont fait du bruit. Tout d’abord en Angleterre, où de nombreux espoirs qui ont fait toute leur classe en équipe de jeunes comme Tariq Lamptey, Callum Hudson-Odoi ou Eddie Nketiah n’ont pas encore été appelés par Gareth Southgate, et n’ont donc pas disputé de match officiel avec les Three Lions. Ces derniers, désireux de disputer la Coupe du monde, voient leur chance d’être appelés en équipe A s’amoindrir, à cause d’une forte concurrence à leur poste ou encore du manque de temps de jeu dans leur club.

C’est pourquoi le Ghana fait le forcing pour attirer les joueurs anglais. Comme l’indique la BBC, il n’hésite pas à inviter le joueur de Chelsea Hudson-Odoi au palais présidentiel, afin de rencontrer en personne le président du pays africain. Une opportunité pour eux de disputer la plus prestigieuse des compétitions internationales dans quelques mois, si leur choix est accepté par la FIFA et les instances ghanéennes.

L’Afrique attire

En ce qui concerne les binationaux franco-africains, dernièrement, de nombreux jeunes joueurs formés en France et qui explosent au plus haut niveau sont énormément courtisés par le pays de leurs parents. En atteste le jeune Hugo Ekitike, qui a confirmé à L’Équipe avoir reçu la visite du président de la fédération du Cameroun, le grand Samuel Eto’o. L’ancien joueur du Barça a échangé sur la future incorporation de l’espoir de Reims chez les Lions Indomptables. Mais ce dernier ne veut pas se mettre la pression concernant son futur choix et ne pense pas spécialement au Mondial 2022.

Le Mondial ? Pourquoi pas ? Mais j’ai d’autres choses à voir avant. Il faut prendre les instants qui arrivent un par un. Quand ce sera le moment, je me demanderai : « Qu’est-ce que je fais ? » Pour l’instant, tranquille.

Du côté de l’Algérie, c’est Djamel Belmadi qui a parlé de ce sujet, ce mardi 14 juin. Dans une interview accordée à la Fédération Algérienne de Football, le sélectionneur a ouvert le sujet des binationaux. Il a admis que de nombreux cas ont été étudiés, et que la fédération va faire le nécessaire pour renforcer l’équipe par le biais de ces joueurs.

« Il y a eu des réflexions. Des choses qui se font avec le temps. Des prises de décisions qui arrivent un peu plus sur le tard. On est là pour faire en sorte que cette équipe nationale soit la plus forte possible jour après jour, » admet le champion d’Afrique 2019. « Ils n’ont pas encore rejoint l’équipe nationale mais les discussions sont un peu plus précises. Elles tendent vers des décisions qui iront dans ce sens et un engagement à terme. Au mois de septembre ou en mars prochain. Il y a un vrai changement dans la décision de nous rejoindre. »

De son côté la presse algérienne cite les noms de Rayan Aït-Nouri (21 ans, Wolverhampton) et Yacine Adli (21 ans, AC Milan, ex-Bordeaux) comme joueurs qui pourraient rejoindre les Fennecs. Si ces derniers ont évolué dans les catégories jeunes de l’équipe de France, ils n’ont jamais refusé l’Algérie. Contrairement à Amine Gouiri, le joueur de Nice, qui préfère se concentrer sur la France et qui continue d’être décisif avec les Bleuets.

À cœur ouvert

Certains joueurs parlent à cœur ouvert de cette situation, ils ne se cachent plus d’avoir une part de chacun de leurs pays dans le cœur. C’est le cas d’Abdou Diallo qui a choisi le Sénégal. Sacré champion d’Afrique avec les Lions de la Teranga en février dernier, le joueur du PSG ne renie pas sa binationalité et l’évoque sans détour en interview.

J’ai deux belles cultures, deux belles nationalités. Après, il faut faire un choix. Mais ça ne fait pas de moi quelqu’un qui est moins Français. Ou plus Sénégalais. Je suis juste Abdou Diallo avec mon parcours, ma vie, explique le défenseur dans les colonnes de L’Équipe. Et aujourd’hui, c’est une force. Ma culture française, je l’aurai toujours. Mais je suis aussi Sénégalais, et ça non plus, on ne pourra jamais me l’enlever. Je ne suis pas un cas exceptionnel. La position de binational peut être difficilement compréhensible pour certains. Voire dérangeante.

Le natif de Tours, qui a même lancé un podcast l’an dernier où il évoque sans détour toutes ces questions autour des footballeurs, assume ses propos. Il répond aux remarques fréquemment entendues sur les binationaux, qui optent pour une sélection africaine, parce qu’ils n’auraient pas le niveau pour l’équipe de France.

Ça en dérange certains que des joueurs puissent passer d’une sélection à une autre. Mais c’est comme ça, c’est notre droit, notre identité. On ne peut pas se renier. On ne veut pas se renier. Personne ne m’enlèvera ma double culture. C’est ma force. Ce n’est pas un manque d’ambition ou une crainte, assure Diallo. J’étais dans la position idéale pour penser aux Bleus. Si demain, pendant six mois, je pète tout à Paris, forcément l’équipe de France se serait intéressée à moi.

Un choix dès le plus jeune âge

Ces questions de double nationalité se posent même dès le plus âge, avant d’être majeurs pour certains, avec l’exemple du gardien des Chicago Fire, Gabriel Slonina. Celui qui vient tout juste de fêter ses 18 ans et qui fut le plus jeune gardien de l’histoire de la MLS à débuter un match à 17 ans, attire déjà toutes les convoitises. Au point que Chelsea et le Real Madrid se tirent la bourre pour tenter de le recruter. Un duel qui s’est aussi joué au niveau international. Le natif de l’Illinois a joué dans toutes les sélections des jeunes pour les États-Unis. Il a donc été appelé en décembre 2021 à 17 ans avec l’équipe nationale, mais n’a finalement joué aucune rencontre.

Mais c’est en mai dernier que le sélectionneur de la Pologne le convoque pour disputer des matchs de Ligue des Nations. Ce dernier ayant de la famille polonaise,  il aurait pu accepter l’offre et jouer avec des joueurs comme Robert Lewandowski ou Arkadiusz Milik. Il déclare finalement vouloir jouer pour les États-Unis, pays de son enfance et qui l’a formé, avec sûrement comme objectif de disputer la Coupe du monde 2026 à domicile.

Ces dossiers brûlants n’ont pas fini de faire parler. De nombreux joueurs pourraient prendre des décisions fortes dans les semaines à venir concernant leur avenir international. Le tout afin de décrocher une place pour la prochaine Coupe du monde.


Fan absolu de foot et d'un certain club à l'étoile en bleu et blanc. Amateur de beau jeu et d'Argentins au pied gauche magique. Passionné de sport US (NBA, NFL, MLS) et loyal à la Damian Lillard. Je suis là pour vous apporter tout ce que le sport peut nous donner.

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