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Sports de combat

Les faits divers du sport : Voir ou revoir « Foxcatcher » de Bennett Miller

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Mars Distribution

Drogue, meurtres, prostitution… Ce n’est pas le lancement d’Enquêtes Exclusives, c’est le programme des « faits divers du sport ». Dans cette série d’articles, nous vous proposons de plonger dans les liens intimes que tissent police, justice et sports. Aujourd’hui, retour sur le film « Foxcatcher » de Bennett Miller.

Le 26 janvier 1996, John E. du Pont, ornithologue et milliardaire, a assassiné David Schultz, champion olympique de lutte.

Ce sont les quelques mots qui ont probablement servi à Bennett Miller pour présenter et promouvoir son film « Foxcatcher ». Si en France l’affaire est désormais connue, c’est en grande partie dû au film primé à Cannes. Aux États-Unis, il n’y avait rien à apprendre à personne.

« Un mec riche vous téléphone et vous demande de venir et vous venez »

Il faut dire que John E. du Pont n’est pas le premier milliardaire assassin venu. Ornithologue, philatéliste et philanthrope, il est surtout l’héritier de la colossale fortune de la famille du Pont de Nemours, aka la famille la plus riche d’Amérique. L’histoire a fait la Une de tous les journaux et l’ouverture de chaque journal télévisé. Si vous n’en êtes pas familier, c’est Steve Carrel (John E du Pont) qui explique le mieux la situation : « un mec riche vous téléphone et vous demande de venir et vous venez ». C’est à peu près tout ce que le spectateur doit savoir. Pour le reste, Bennett Miller s’en occupe.

Sans contextualiser, expliquer ou refaire la vie de chacun des personnages, mais en mettant en scène tout le reste. Le reste, c’est le tissu de relations, d’admiration, de frustration et de tensions qui mène un homme à en tuer un autre. Aucun long dialogue explicatif et psychologisant. Pas d’aveu circonstancié devant un shérif et son adjoint. Pas de lettre laissée sur un coin de table. Juste la caméra de Bennett Miller qui filme des personnages pris dans une tragédie absurde.

D’autant plus absurde que lorsqu’il tue David Schultz (Mark Ruffalo), John E du Pont vise en fait son frère Mark, Channing Tatum. Mark, c’est lui a été appelé par le mec riche. Devenu champion olympique à Los Angeles en 1984 avec David, c’est par lui que du Pont veut faire grandir son académie de lutte libre. C’est ce qu’a trouvé le richissime héritier pour réaliser un rêve d’enfant – lutter, et, disons-le, pour emmerder une mère castratrice. Consciente de son rang, Madame du Pont (Vanessa Redgrave) interdisait à John, enfant, la pratique de la lutte, lui préférant celle plus noble à ses yeux de l’équitation. Une frustration de plus pour celui que la compagnie virile des lutteurs ne rebute pas, bien au contraire.

De la lutte des classes appliquée à « Foxcatcher »

La dimension homo-érotique de la lutte dans « Foxcatcher » participe à la même tension qu’entre Orgon et Tartuffe. Pas question d’imposture ici, mais reste cette relation dominant-dominé à laquelle est appliquée le carré de la lutte des classes.

C’est évidemment le sous-texte du film que permet sémantiquement, historiquement et cinématographiquement la lutte libre. Sport adoré du Midwest américain, l’intérêt de John E du Pont pour sa pratique est socialement aussi saugrenue que celui de Bernard Arnault pour le camping ou le Tour de France. Littéralement acheté et employé par le milliardaire, Mark Schultz n’aura de cesse que se soumettre psychologiquement et physiquement. Quitte à ce qu’un Channing Tatum décoloré et cocaïné truque des matchs pour son maître ou simule sa défaite impossible contre lui.

Éloigné de du Pont par l’arrivée de David au camp d’entraînement Foxcatcher, Mark finira par quitter le domaine et son mentor. C’est quand il comprend qu’il l’a perdu que John tire sur David Schultz, par procuration donc.

« Foxcatcher » n’est pas un biopic énervant, obsédé par l’authenticité et l’exactitude. Bennett Miller par sa mise en scène révèle au contraire une vérité. Du moins la sienne.

On est loin d’un « inspiré par des faits réels ». Et pourtant, on est en plein dedans.

Disponible sur Prime Video ou sur les plateformes de VoD.

JMPPMJ


Journaliste/rédacteur depuis mai 2018 - Dans mon sang coule à la fois le feu des penne à l'arrabiata et la glace du Grand Colombier. Amoureux des belles lettres et des Talking Heads, je supporte un club olympique. Intéressé par les relations qu'entretient le sport avec la société, je m'intéresse autant à Marc Cécillon qu'à Pep Guardiola, à Tonya Harding qu'à Philipp Roth. Enfant des 90's, on ne me fera pas croire qu'il y a eu plus beau à voir depuis Zinédine Zidane, Marco Pantani et Pete Sampras. La béchamel est une invention du diable, la Super Ligue aussi.

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