Liège-Bastogne-Liège 2023 : Favoris et outsiders
LIÈGE-BASTOGNE-LIÈGE 2023 – Pour remporter le dernier Monument du printemps, plusieurs plans sont possibles pour arriver à ses fins. Favoris et outsiders de Liège-Bastogne-Liège.
Les aventuriers
Remco Evenepoel a remis au goût du jour l’offensive victorieuse loin de l’arrivée, l’an dernier. Grâce à un rythme effréné de Vansevenant, le Belge a profité du replat en haut de La Redoute pour porter son attaque en costaud. En attendant le retour de ses équipiers pour la poursuite, le futur champion du monde avait pris 30 secondes d’avance vitales sur les autres favoris, en vue de son triomphe. Cette année, il pourrait utiliser la même stratégie pour attaquer peu après sur la nouvelle côte. Puisqu’une équipe comme UAE Team Emirates sera bien armée.

En parlant d’UAE, Tadej Pogacar a montré lors de ses succès sur l’Amstel Gold Race et sur le Tour des Flandres qu’il devait partir de loin. Dans le but d’user les organismes de ses rivaux. Et afin d’arriver seul pour éviter les aléas du sprint. Néanmoins, contrairement à Evenepoel, le Slovène s’est imposé à Liège en 2021 grâce à sa pointe de vitesse. Cependant, la longue campagne printanière du nouvel ogre du cyclisme, pourrait lui peser dans les jambes. Le forçant à avoir une position plus passive.
D’autres coureurs pourraient suivre cette idée d’attaquer assez loin. C’est le cas de Ben Healy et Neilson Powless (EF Education EasyPost). L’Irlandais a une caisse suffisante pour un effort avec un confrère de fugue pour une trentaine de kilomètres. Alors que l’Américain, huitième l’an dernier, n’avait pas pu suivre le futur vainqueur l’an dernier. Mais cette année, Powless est beaucoup plus fort que l’an dernier. À voir comment ses deux récentes chutes ont marqué son physique.
Vainqueur des Strade Bianche et offensif sur l’Amstel Gold Race, Tom Pidcock a le tempérament pour suivre Evenepoel et Pogacar. Avoir ces trois-là devant pourrait garantir du spectacle dans le final. Même si le Britannique semble un cran en-dessous des deux cadors. Enfin, on termine avec Alexey Lutsenko. Le Kazakh n’a pas l’équipe pour le protéger dans le final et n’a pas le punch suffisant pour faire exploser un favori.

Les chasseurs aux Faucons
Dernière difficulté de la course, la Côte de la La Roche-aux-Foucons est parfaite pour un puncheur-grimpeur. Certes, la côte est dure sur un kilomètre. Mais souvent, c’est la portion au faux-plat montant après le sommet qui permet de faire la différence. Les jambes sont dures après un effort intense. Celui ou ceux qui arrivent à porter la seconde grosse accélération peuvent partir vers Liège, accompagnés ou seul. Comme Jakob Fuglsang en 2019.
Troisième en 2021, il va falloir un David Gaudu en mode Paris-Nice pour réussir à faire la différence. Le Breton n’est peut-être pas le plus fort, mais il se connaît parfaitement. Malheureusement, il a abandonné lors de ses deux dernières courses pour cause d’allergies. Mikel Landa a agréablement surpris sur une course d’un jour avec son podium sur le Tour de Lombardie à l’automne dernier. Le grimpeur espagnol n’a pas l’attaque tranchante, mais il a cette capacité à revenir de l’arrière pour porter cette petite attaque ou même monter à un train soutenu. Sa troisième place sur La Flèche Wallonne montre ses nouvelles ambitions sur les courses d’un jour.
Dans le même type de coureurs, on peut citer Giulio Ciccone, Adam Yates, Benoît Cosnefroy et Aleksandr Vlasov. L’Italien est auteur d’un superbe début de saison avec un tempérament de feu, tandis que le Britannique sera le leader de rechange d’UAE Team Emirates. Néanmoins, la formation émiratie peut utiliser la jurisprudence Jungels-Quick Step de 2018, en brouillant les cartes dans le final. Enfin, Benoît Cosnefroy va devoir s’accrocher dans la première portion avant de pouvoir jouer sa carte sur le haut de la difficulté. Le coureur d’AG2R Citroën préfère les pourcentages modérés, mais a été malade ces derniers jours. Enfin, le Russe a montré de belles choses sur le Tour des Alpes cette semaine avant de quitter la course jeudi soir afin de rejoindre la Belgique.
Les suiveurs
Connus pour leur régularité et moins pour leur panache, certains coureurs pourraient tirer leur épingle du jeu. Le Canadien Michael Woods (2e en 2018, 5e en 2021 et 2019), le Colombien Sergio Higuita (5e en 2022), le Belge Tiesj Benoot (7e en 2021), le Danois Matthias Skjelmose Jensen et l’Espagnol Pello Bilbao seront typiquement ce genre de coureurs. Le dernier coureur d’une grappe de cinq ou six coureurs qui s’est accroché à l’orgueil ou à l’énergie.
De plus, Higuita, Skjelmose Jensen et Bilbao ont une belle pointe de vitesse en cas d’arrivée dans un petit groupe. Higuita s’est imposé dans un sprint en petit comité sur le Tour du Pays Basque alors que Skjelmose et Bilbao ont brillé en tout début de saison. Le Danois vient de monter sur la boîte sur le Mur de Huy alors que l’Espagnol a fait l’équipier pour Landa pour son retour à la compétition, après une maladie sur le Tour du Pays Basque.

Enfin, Benoot sera le leader de la Jumbo-Visma en l’absence de Primoz Roglic et Wout van Aert. Le Belge n’a pas la pointe de vitesse pour s’imposer et jouera sans doute placé au final. Cependant, la formation néerlandaise peut jouer la carte Attila Valter (5e des Strade Bianche et 11e de La Flèche Wallonne).
Les opportunistes
Incapables de suivre les meilleurs dans la Côte de la Roche-aux-Faucons, ils profiteront d’une neutralisation des favoris et d’un regroupement dans la descente sur Liège pour tenter leur chance grâce à des atouts intrinsèques. Quinten Hermans avait fini deuxième la saison passée de cette façon, et pourrait s’accrocher pour prendre une nouvelle place d’honneur. Matej Mohoric avait profité de la descente pour revenir sur le groupe de tête afin de terminer quatrième en 2020. Néanmoins, sa chute sur le Ronde a refroidi ses ardeurs.
Cinquième en 2017, Ion Izagirre a le profil de coureur capable de produire un dernier effort dans le final pour recoller, à moins que ce soit la carte Victor Lafay qui soit privilégiée. Bien sûr, n’oublions pas le champion du monde de la discipline, Rui Costa. Le Portugais a fini troisième en 2016 et a retrouvé une seconde jeunesse chez Intermarché-Circus-Wanty.

Au rang des interrogations
Blessé au genou depuis le Tour des Flandres, Julian Alaphilippe aura peu de courses dans les jambes pour enfin inscrire son nom au palmarès. Surtout qu’au sein de son équipe, il y a Remco Evenepoel. Dans le meilleur des mondes, si l’attaque du Belge ne suffisait pas, Julian Alaphilippe porterait le coup final dans la dernière bosse. Décevant sur le Tour du Pays basque et Paris-Nice, Daniel Felipe Martinez est la grande question au sein d’INEOS Grenadiers. Quatrième l’an dernier, le Colombien n’a pas retrouvé son punch.
Après une année galère, Maximilian Schachmann n’a pas non plus retrouvé des sensations pour retrouver un podium qu’il a connu en 2019. De son côté, Romain Bardet broie du noir depuis Paris-Nice. L’Auvergnat a souvent brillé sur La Doyenne (3e en 2018), mais il reste encore des doutes sur sa capacité à faire la différence aujourd’hui face à la jeune génération. Mais, mercredi, Romain a retrouvé de la fraicheur mentale et physique, en faisant en top 10 sur la Flèche Wallonne. De quoi le remettre dans le jeu dimanche ?


