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Luca Barone : « J’ai quatre ans et demi pour être prêt pour Los Angeles »

Etienne Goursaud

Publié le

Luca Barone : "J'ai quatre ans et demi pour être prêt pour Los Angeles"
Photo données par Jorge Pasdeloup

CANOË-KAYAK – Luca Barone est multiple médaillé mondial en descente K1. Mais il a fait le choix d’aller sur le plat. Pour tenter de se qualifier aux JO. S’il a manqué la qualification pour Paris, il est focalisé sur l’objectif Los Angeles 2028, où il aura alors 28 ans. Interview avec le jeune athlète, qui s’est aussi spécialisé dans la préparation mentale et mène des études liées aux neurosciences. 

Luca Barone : « Sur le plat, tu es dans la confrontation directe »

Tu gagnes ta première médaille mondiale à 21 ans, qu’est-ce que cela a changé pour toi ?

Luca Barone : Cela change au niveau du statut. Je n’avais jamais performé au niveau mondial et je n’étais encore jamais rentré en équipe de France. Cela m’a pas mal aidé.

Cela t’a aidé ?

Oui. Car même si je n’avais pas de résultats, j’étais persuadé d’en avoir.

C’est vrai que tu es dans une discipline où c’est presque plus dur d’entrer en équipe de France, que de performer une fois sélectionné.

La France est une nation qui est performante. C’est sûr que cela joue pas mal.

Tu as fait le choix de passer de la descente à la course en ligne. Quelles sont les différences et similitudes entre les deux ?

On passe de l’eau vive au plat. Mais c’est surtout au niveau de la concurrence que cela change. La descente, c’est en format contre-la-montre, alors qu’ici, je serai en confrontation. Cela ressemble à l’athlétisme. En descente, tu pars en connaissant certains temps de tes adversaires. Mais là, c’est de la confrontation directe, cela n’a rien à voir.

Luca Barone : « Il m’en a manqué un peu pour Paris »

Qu’est-ce qui change pour toi, sur le plan mental ?

Quand je pars en descente, je suis tout seul, alors que là, ils sont à côté de moi. Cela impacte de voir les concurrents, surtout s’ils partent fort. Est-ce qu’ils vont relancer. C’est un facteur nouveau et sur lequel je travaille. Il y a une stratégie à mettre en place. On reste sur un effort violent. Peut-être encore plus violent sur le plat, parce qu’il y a une sollicitation physique énorme.

C’est un sacré pari d’avoir basculé sur le plat.

Oui, car j’affronte des athlètes qui ont plusieurs années d’expérience sur la discipline. Je suis confronté à des gens qui ont plus de 30 ans. Je suis assez jeune par rapport aux autres et j’ai encore du temps. Mais, un an et demi, par rapport à d’autres athlètes, ce n’est pas beaucoup.

Je ne suis pas qualifié pour Paris 2024. Les sélections sont passées. L’an passé, je suis entré en équipe de France moins de 23 ans et là, j’ai été à une place de passer en équipe de France senior. Il m’en a manqué un peu pour Paris. Mais j’ai quand même fait une course.





Tu es jeune et aussi jeune dans ta discipline.

C’est vrai. J’étais en compétition avec Maxime Beaumont, vice-champion olympique de Rio et qui va faire sa 4e olympiade. Il y a beaucoup d’athlètes qui sont super-performants et qui sont toujours là. Je n’ai pas réussi à passer devant. Ils sont encore bons (rires).

Luca Barone : « L’olympisme a stimulé beaucoup de choses »

Ces qualifications, tu les vois comme une étape pour les JO 2028 ?

C’est exactement cela. Si j’avais été qualifié pour les JO, je ne sais pas comment cela se serait passé. Là, ce qui est sûr, vu que mon apprentissage était court dans la discipline, c’est très constructeur. Le fait de ne pas être sélectionné m’a permis de me remettre en question, de réfléchir et avoir quatre ans et demi pour me préparer pour 2028. Je le vois comme une vraie opportunité.

Tu vas te muer en supporter cet été ?

C’est sûr, je vais soutenir les copains, avec qui je m’entends bien. Ce ne sera pas moi. Je m’étais dit que soit j’y étais, soit ce serait devant ma télé (rires). Je n’ai pas pris de places, car j’aurais aimé y être. Mais je serai derrière la télé à supporter et envoyer des messages aux partenaires.

Tu t’es battu pour te qualifier. Est-ce tu as senti l’engouement autour des JO ?

Tout à fait. Au niveau des partenaires et des sponsors, l’olympisme a stimulé beaucoup de choses. Notamment l’éclairage sur les disciplines et les athlètes. Et cela peut changer des carrières. C’est Paris, c’est à domicile, les sponsors sont de plus en plus présents, le public en est averti et c’est un effet boule de neige. Avec un grand impact.

Est-ce que Los Angeles 2028 est déjà une obsession pour toi ?

De plus en plus. Ne pas avoir réussi à me qualifier à Paris, je vois que j’ai du potentiel et que je peux le faire et même aller chercher des médailles, en me préparant comme je le souhaite. Il faut que j’y aille, que je me bouge. J’ai énormément d’envie.

Luca Barone : Les études et le sport, cela demande de l’organisation

Tu seras à l’âge de maturité, à 28 ans.

C’est ça et en plus, je ne suis pas entré en équipe de France senior, je n’ai pas fait d’échéances dans cette discipline. J’ai quatre ans et demi pour être en équipe de France et en compétition internationale.

Tu es également entraîneur sportif et tu prépares un DU de préparation mentale. Comment gères-tu ces casquettes ?

J’ai terminé mon DU, mais j’ai repris des études de psychologie. Mais aussi un DU de neurosciences. Je ne travaille plus en tant qu’entraîneur. C’est les études et le sport. Cela demande de l’organisation, de la discipline.

Et comment se gère la fatigue ?

Je priorise mon projet sportif. Quand c’est compliqué, je double les années. Parfois, je travaille davantage les cours, parfois je m’engraine plus. Par exemple, pendant trois semaines, je vais charger à l’entrainement. Et sur ma semaine de récupération, je vais travailler davantage mes cours, rechercher des partenaires.

C’est un équilibre essentiel pour toi ?

Tout à fait. Les études me permettent d’apprendre. Et faire fonctionner le cerveau, cela me semble important, de grandir en tant qu’homme avec un grand H. Et aider les gens. Chose qui est importante pour moi.

Luca Barone : « J’arrive à vivre de mon sport »

Tu t’entraines combien de fois par semaine ?

Je m’entraîne deux à trois fois par jour en moyenne.

Tu as monté un dossier de sponsoring. Aujourd’hui, tu vis de ton sport ?

Cela commence à se mettre en place, mais cela reste précaire. Il y a quelques sponsors qui me suivent et c’est top. Mais il en faut encore davantage pour vivre correctement.

C’est une angoisse pour toi ?

Franchement non. Je vois le sport de haut niveau comme une entreprise. Plus j’arrive à trouver des fonds et des partenaires et mieux je vais pouvoir performer. Car je vais pouvoir m’entraîner dans de meilleures conditions, aller en stage plus souvent. Cela va m’aider à progresser. Et si je suis meilleur, les sponsors seront forcément gagnants, car j’aurai plus de visibilité et je pourrai encore plus apporter. Cela fait un effet boule de neige. J’arrive à vivre aujourd’hui. Mais, effectivement, il faut continuer dans cette quête de sponsors.

Tu as validé ton DU de préparation mentale. Tu utilises régulièrement la préparation mentale ?

Je l’utilise sur moi, mais je suis également accompagné. Puis j’accompagne aussi des sportifs. Je monte mon entreprise pour accompagner des sportifs.

Luca Barone : « La performance, c’est l’optimisation »

Qu’est-ce que cela t’apporte au quotidien ?

Personnellement, cela m’aide sur la gestion des émotions, mais aussi au moment de mon plan de course. Ce sont des choses spécifiques et c’est propre à chacun. Être accompagné, même si je suis préparateur mental, c’est important pour moi. Cela permet de sortir d’un schéma de pensée qui nous est propre. Mais aussi de voir certaines choses et trouver des clés en discutant avec d’autres. Et cela peut aider, même au-delà du sport.

Ce sont vraiment des clés qui débloquent des choses à certains moments ?

Franchement, oui. Le mental est une grande partie de la performance et cela construit une carrière.

Qu’est-ce qui t’a amené à t’intéresser à cela ?

C’est la question de la performance. Et la performance, c’est l’optimisation. L’optimisation de quoi ? De tout, la nutrition, le mental, etc. La préparation mentale me parle beaucoup, car je suis axé sur l’humain. Sur le cerveau, le fonctionnement de l’homme. C’est ce qui m’a poussé sur cette voie.

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