Madelon Catteau (Natation) : « Je lance un appel aux sponsors »
NATATION – Madelon Catteau a lancé un appel aux sponsors sur ses réseaux sociaux. À 20 ans, la nageuse cherche des financements pour son année olympique. La spécialiste des longues distances a connu une année magnifique en 2022, avec un titre de championne de France Élite du 1 500 m, mais aussi un titre de championne d’Europe juniors du 10 km en eau libre. Et pour sa première sélection sénior, elle a raflé la médaille de bronze, avec le relais mixte, toujours en eau libre. Après une année 2023 compliquée avec une blessure et le Covid, Madelon Catteau s’est débarrassée de ses soucis et aborde l’année 2024 avec énormément d’ambition.
Madelon Catteau : « J’ai déjà lancé un appel il y a un an »
Tu as récemment fait un appel aux mécènes, pas mal relayé sur tes réseaux sociaux. Cela a-t-il débloqué des choses pour toi ?
Madelon Catteau (nageuse, championne d’Europe juniors) : C’est bien cela le problème, j’ai déjà tenté une approche, il y a un an de cela, avec le Pacte de performance. Avec une vidéo qui a été relayée par le MEDEF sports. Je fais partie de ces athlètes suivies. La vidéo est relayée, mais il n’y a pas vraiment de retombées.
Actuellement, personne ne t’accompagne ?
Je suis suivie par les laboratoires Pierre Fabre jusqu’à la fin de l’année 2024. Sinon, je n’ai pas d’autres revenus.
Donc, tu ne vis pas de ton sport ?
L’an passé, je pouvais le dire, car j’avais obtenu une bourse, avec le Ministère des Sports. Mais le contrat se termine fin août. Ce n’est valable qu’une fois et cela ne peut pas être renouvelé. Cela m’a quand même permis d’avoir un salaire.
On arrive à dix mois des JO, tu es une potentielle qualifiable et rien n’est mis en place.
C’est un peu triste. Je le répète, mais la natation, c’est un sport amateur. Qui n’est pas professionnel comme les sports collectifs, avec des clubs qui payent des salaires. Nous, si on veut vivre de notre sport, on doit passer par des sponsors et des mécènes.
Madelon Catteau : « C’est presque du marathon que je fais »
Tu t’entraînes combien d’heures par semaine aujourd’hui ?
Je m’entraîne six heures par jour.
Il faut le dire, la natation fait partie des sports les plus prenants.
Surtout au niveau des entraînements.
D’autant que Philippe Lucas est réputé pour faire « borner ».
C’est ce que j’allais dire, c’est encore plus prenant quand on s’entraîne avec Philippe Lucas. Il nous permet de travailler la caisse pour tenir les courses. C’est presque du marathon ce que je fais et plus du demi-fond.
Tu nages combien de kilomètres dans une semaine classique ?
Aux alentours de 90 kilomètres.
Comment fais-tu pour t’organiser vis-à-vis du démarchage de tes partenaires ?
C’est compliqué, car je fais aussi mes études à côté.
Madelon Catteau : « Ce titre européen m’a donné beaucoup de confiance »
Tu fais quoi comme études ?
Je vais rentrer à l’IAE (Institut Administratif des Entreprises) de Montpellier, en licence 3e année. Ce sera une année un peu plus allégée. L’an passé, j’étais en management à Montpellier. J’avais fait une première partie de licence. On va dire que je finis la deuxième partie, car je vais avoir des validations d’UE. Cela va me permettre des choses. Ils ont été compréhensifs vis-à-vis de mon parcours. Ils savent que je suis sportive et je serai moins noyée dans la masse. C’est vraiment un bon point et c’était important de changer.
C’était très prenant auparavant ?
Avec le rythme que je menais, j’ai réussi à valider mon premier semestre l’an passé. Mais ensuite, c’était vraiment impossible. Même psychologiquement, je n’y arrivais plus. J’ai arrêté en cours de route.
Sur le plan sportif, ton année 2022 a été faste. Championne de France du 1 500 m et des médailles européennes. On peut parler d’explosion.
Clairement oui. J’étais encore junior et je finis ces années, avec ce titre de championne d’Europe. Auparavant, j’étais un peu la fille qui émergeait en eau libre, avec des médailles européennes. Mais ce titre, je le convoitais depuis plusieurs années et il m’a permis vraiment de me redonner de la confiance. Derrière, j’enchaîne avec les championnats d’Europe séniors où je suis médaillée avec le relais. Ce sont mes premiers championnats d’Europe séniors. Cette médaille était vraiment inespérée. Et je finis par les championnats de France où je gagne le titre sur 1 500 m.
Madelon Catteau : « Mon principal objectif sera le 10 km »
Qu’est-ce qui t’attire dans l’eau libre, par rapport au bassin ?
C’est vraiment ma spécialité. En particulier le 10 kilomètres, qui est la distance olympique. Cela tombe bien (rires).
Comment se passe la qualification ? Il y a des minima et un ranking ?
Sur le bassin oui, il y a des minima à réaliser. Mais également être dans le deux premiers Français. Imaginons que trois Français réalisent les minima, seuls les deux premiers sont qualifiés.
Tu penses être capable d’aller les chercher ?
Sur 1 500 m, cela peut être un objectif. Mais mon principal objectif sera l’eau libre. En eau libre, ce sont les championnats du monde, qui auront lieu au mois de février prochain, qui vont déterminer la qualification. C’est comme une épreuve de qualification. Ce n’est pas la France qui décide d’amener tel ou tel nageur, ce sont des critères précis. Il faut finir dans les 13 premières, sinon tu ne vas pas aux JO. En sachant qu’il y a déjà eu une première pré-qualification en cette année 2023. Les trois premières des championnats du monde cette année ont obtenu leur billet. Si ces filles entrent dans les trois premières, au mois de février prochain, on ira chercher la 14e, la 15e et la 16e.
Madelon Catteau : « Je reviens de ma blessure et je déclenche un Covid long »
Ta fin d’année 2022 a été perturbée par une blessure à l’épaule, cela est résorbé ?
(Elle rigole). Ce qu’il s’est passé, c’est qu’en 2022-2023, il n’y a pas eu que la douleur à l’épaule. C’est ce qui m’a coupé dans ma lancée. J’étais vraiment bien partie, j’ai pris la décision de rejoindre Philippe Lucas. C’était vraiment le moment de décoller pour moi. Je me suis bien occupée de mon épaule, avec une rééducation à l’hôpital, avec un bon suivi. Cette blessure m’a éloigné des bassins pendant près d’un mois et demi. Ce qui est énorme en natation. J’ai réussi à revenir à mon niveau, en commençant à sortir de très bonnes séances à l’entraînement.
Pour moi, c’était reparti. Et je déclenche un Covid long. Pour en avoir parlé avec d’autres sportifs de haut niveau, cela arrive assez souvent. Je ne sais pas si c’est parce que notre corps est plus fatigué et que cela dure plus longtemps. Mais cela m’a complètement achevé.

Comment cela s’est traduit ce Covid ?
J’ai eu le Covid à deux semaines de la qualification pour les championnats du monde. Ce n’était pas le moment de s’arrêter. Je me suis isolée pendant quatre jours, pour être tranquille. Je nageais toute seule, avec Philippe qui m’entraînait. Pour reprendre du poil de la bête. On a réattaqué fort. Trois jours après, je déclenche une bronchite assez violente. J’avais beaucoup de mal à respirer, c’était très compliqué à l’entraînement. Je participe quand même à la qualification, mais je n’étais pas en état de faire une course et cela s’est mal passé. Ensuite, il y a eu des complications, avec de la tachycardie à l’effort. Même à l’effort, ma respiration était très compliquée. Et il y avait cette fatigue extrême. Il y avait des moments où je me sentais moins fatiguée, on essayait de remettre du volume, mais je mettais quatre jours à m’en remettre. Cela a été très dur à accepter.
Madelon Catteau : « J’ai pris mes premières vacances depuis que j’ai 15 ans »
Tu as songé à arrêter ?
Totalement. Honnêtement, s’il n’y a pas Philippe derrière moi, il est possible que j’arrête. C’était vraiment très dur, on voit les autres progresser, je me demandais comment j’allais faire pour revenir. Finalement, j’ai fait le choix de ne pas me mettre la pression cette année. Je sais que je peux aller chercher la qualification olympique. Maintenant, si cela ne passe pas, il y a des championnats du monde, des championnats d’Europe. Mais cela reste mon objectif principal. Je vais me battre tous les jours pour.
Tu es totalement remise ?
Oui. J’ai continué à nager jusqu’à la mi-juillet, avant de prendre de vraies vacances. Cela fait depuis mes 15 ans que je n’avais pas pris de vacances et je pense que j’en avais vraiment besoin. Cela m’a fait beaucoup de bien. Évidemment, la reprise a été dure. Mais cela va déjà de mieux en mieux. J’en suis même surprise. Cela va le faire.
Tu l’as un peu évoqué, mais tu vois déjà plus loin que Paris 2024 ?
J’ai 20 ans. Le but n’est pas d’arrêter après les JO. Tout dépendra de mon corps et de ma tête. Mais je me vois continuer. Il y a d’autres belles échéances en plus des JO. Tout est bon à prendre.
La natation est dure, y compris dans son entraînement, tu ne vois défiler que des carreaux. Comment fais-tu abstraction de cela ?
Il faut garder la motivation. Philippe est toujours derrière nous. Quand on se sent moins bien, Philippe adapte ses objectifs en fonction de notre forme. Avec lui, on est obligé d’être tout le temps à bloc et c’est ça qui fait sa force.
Madelon Catteau : « Je suis très sensible à l’environnement »
Qu’est-ce qui t’a amené à pratiquer la natation ?
À la base, c’était pour apprendre à nager. Au fur et à mesure, j’ai évolué dans les groupes. J’ai approché les groupes de compétition et j’ai pris gout au haut niveau.
À quel âge as-tu compris que tu pouvais faire des choses intéressantes ?
Quand je suis entrée en sport-études en cinquième. À partir de 12-13 ans, il y a les premiers championnats de France pour les jeunes. J’étais déjà dans les meilleures françaises et j’ai pris conscience que je pouvais faire de belles choses.
Tu as également pris des engagements pour l’environnement. Penses-tu que les sportifs devraient davantage affirmer leurs engagements ?
Totalement. Je suis très sensible à cela. Et m’engager dans ce projet, avec la MAIF et le groupe de Philippe, c’était une évidence. Je fais vraiment très attention là-dessus. Puis je suis une nageuse d’eau libre, qui nage dans des milieux naturels. Et je me rends compte des impacts de la pollution sur la planète. Le sportif véhicule une image, c’est des gens qu’on suit, des figures. Le fait d’agir peut faire bouger les choses.
Tu as évoqué la pollution. Cela t’es déjà arrivé de nager dans des endroits limites ?
Clairement.
Tu as déjà eu peur des conséquences sur toi ?
Complètement. Mais on le sait, c’est le sport. Pour parler cru, le transit après une course, c’est parfois compliqué. J’ai déjà nagé dans la Garonne. Lors des derniers championnats de France à Dunkerque, la mer était loin d’être propre.
Tu fais abstraction ?
Après, cela reste une course et c’est la même chose pour tout le monde.


