Marie Rougetet : « Je ne m’attendais pas à autant de générosité »
ATHLÉTISME – Entretien avec Marie Rougetet, lanceuse de marteau et fille de Nicolas Rougetet, ancien lanceur international. Qui est atteint aujourd’hui de la maladie de Charcot. Marie Rougetet a récemment lancé une cagnotte pour un nouveau fauteuil pour son père. La solidarité a été exceptionnelle et en trois jours, 15 000 € ont été récoltés, soit les fonds nécessaires pour l’achat du fauteuil. Elle témoigne autour de cette solidarité, ce qui va changer pour son père, qui se bat contre cette maladie neurodégénérative depuis six ans.
Marie Rougetet est une athlète très prometteuse. Junior première année, elle a déjà deux médailles européennes à son actif. Avec deux médailles d’argent au lancer du marteau, lors du Festival Olympique de la Jeunesse Européenne. Elle détient actuellement la 3e meilleure performance française de la saison 2023-2024, avec un jet à 61.93 m, réalisé le 3 décembre dernier, à Beaune. La 10e performance juniors de tous les temps. Mais dans cet article, c’est de la maladie de son père Nicolas Rougetet dont il est question. Ce dernier détient lui la 13e performance française de tous les temps au lancer de marteau (75.02 m). Il se bat depuis six ans contre la Maladie de Charcot. Et récemment, un élan de solidarité considérable s’est créé autour de la famille.
- À ce sujet – Le lien de la cagnotte
Marie Rougetet : « On a aussi fait cela pour dénoncer le coût énorme du fauteuil »
Est-ce que tu regrettes, que le fauteuil dont a besoin ton père, ne soit pas intégralement pris en charge ?
Évidemment. On a aussi fait ça pour dénoncer le coût énorme du fauteuil. Car je doute fortement que cela revienne à ce prix-là. Et ce n’est pris en charge que pour les petits fauteuils pour des personnes « normales ». Mais dès qu’on sort du cadre, qu’on est un peu plus grand, ce n’est plus du tout pris en charge.
La solidarité a été incroyable. Tu as lancé ta cagnotte, en trois jours, l’objectif des 15 000 € est atteint.
On ne s’attendait pas à cela. Surtout que j’ai vu énormément de cagnottes se lancer autour de moi, certes pas forcément pour les mêmes raisons. Mais par des personnes beaucoup plus suivies et qui n’ont pas du tout marché. Je vois qu’en trois jours, on a récolté 15 000 €. Je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait autant de générosité de la part de tout le monde.
Vous avez pu lancer la commande du fauteuil ?
Le devis était à peine fini. Le fauteuil devrait arriver dans un mois minimum.
Marie Rougetet : « Ce fauteuil va lui apporter plus de confort »
Qu’est-ce que ce fauteuil va changer ?
Cela va lui apporter beaucoup plus de confort. Notre maison n’est pas très adaptée pour lui. Il n’aura plus à passer les marches à pied, des choses comme cela. Il pourra vraiment nous suivre. Il peut se mettre à notre hauteur. Il mesure 2 mètres. Et il va retrouver cette proximité avec les gens et leur parler en les regardant.
Ton père est atteint de la Maladie de Charcot depuis six ans. Sa résistance face à la maladie est incroyable.
On a eu un peu de « chance » car c’est la version de la maladie qui touche les organes musculaires avant ceux de la respiration. C’est une longue maladie. Mais mon père est très grand, avec de la masse musculaire. Cela se dégénère « très lentement ». Tant mieux pour nous, tant mieux pour lui. Il peut encore marcher, mais de moins en moins. Et je pense que dans quelques mois, il ne pourra plus marcher.
Comment a-t-il réagi face à cette solidarité autour de lui ?
Au début, il était un peu gêné. Ce n’est pas quelqu’un qui aime demander de l’aide. La plupart des gens qui ont aidé sont mes amis, ses amis, des gens qu’on connaît. Mais s’il a reçu autant d’aide, c’est aussi qu’il a aidé beaucoup de gens dans le passé. Il a toujours été bien avec tout le monde. Cet élan de solidarité l’a beaucoup ému.
Marie Rougetet : « On fait sport individuel, mais on sait se soutenir dans les moments difficiles »
Le monde de l’athlétisme s’est pas mal mobilisé. C’est important de voir cette solidarité dans ce sport.
Oui, évidemment. On peut être un sport individuel, mais on sait se soutenir dans les moments difficiles. Mon père est quelqu’un de très gentil avec tout le monde. Il n’a jamais eu de soucis. C’est une cagnotte qui touchait énormément de monde. On a vu pas mal de lanceurs relayer, notamment parmi les athlètes qu’il a côtoyés. On voit quelqu’un comme Quentin Bigot repartager la cagnotte, c’est assez exceptionnel pour nous.
Tu fais la même discipline que ton père. C’est forcément symbolique pour toi.
Il y a ce lien qui nous unit. Il assiste à toutes mes compétitions, même les internationales. C’est important pour nous, et puis lui adore nous suivre en compétition, que ce soit mon frère ou moi. Il a fait le déplacement en Slovénie et même en Slovaquie l’année dernière. C’est vraiment sympa.
On imagine que tu as un surplus de force au moment d’aborder une compétition.
Cela donne toujours plus de force. Je fais ça aussi un peu pour lui. On fait la même discipline, il y a le même vécu.
Une petite question sur toi. Quels sont tes objectifs pour la saison 2024 ?
L’hiver, à part les championnats de France, il n’y a pas grand-chose. J’aimerais participer aux championnats du monde juniors (NDLR : du 20 au 25 août 2024 à Lima).


