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Naples – Juventus : le temps des héros

Jordane Mougenot-Pelletier

Publié le

Naples - Juventus - Le temps des héros
Photo AFP

FOOTBALL – Naples et la Juventus s’affrontent ce samedi 13 février au Stade Diego Armando Maradona de Naples pour le compte de la 21ème journée de Serie A. Une affiche sulfureuse qui nous en rappelle d’autres.

Le soufre

C’est un match qui sent le soufre. Celui du Vésuve quand il tonne et met au pas la vie d’une ville. Une ville éruptive qui ne tarde jamais à se soulever pour la Madone, des commerces interlopes ou dans son stade. Un stade longtemps endormi et qui a repris depuis une dizaine d’années le rythme de ses explosions. Depuis que son Vulcain était allé s’éteindre ailleurs, dans le sud de l’Espagne, la gloire du club se consumait à petit feu.

Mais si Naples se soulevait, ce n’était pas pour rien ou pour n’importe qui. Au milieu des années 1980, son plus grand rival est le meilleur club du monde porté par le meilleur joueur d’Europe. Naples – Juventus qui se joue ce samedi 13 février n’aura pas cette saveur. Mais si d’autres ont des madeleines, nous avons un ballon, un stade et deux clubs pour nous rappeler la blancheur des sentiments qu’on croyait éternelle, avant.

Pâris et Ménélas

Entre 1984 et 1987, Diego Maradona et Michel Platini se sont affrontés une dizaine de fois en Italie. Chaque fois c’était un événement. D’abord parce qu’on l’a dit, les deux meilleurs joueurs du monde étaient sur le terrain et que c’est toujours un événement. Comme Cruyff et Beckenbauer, Zidane et Ronaldo ou Messi et CR7, il en va de ces affrontements comme des duels antiques où les héros se disputent les yeux d’une belle ou l’honneur d’une cité.

Dans notre histoire, la belle c’est la Serie A, le football ou tout simplement le ballon. Convoité par Platini et Maradona comme Hélène par Pâris et Ménélas. L’un s’efforçait toujours de l’éloigner de l’autre ; l’autre cherchait sans cesse à le récupérer à l’un. Chacun exerçait sur l’objet de son désir un charme et une attraction différents. À Platini l’amour d’un intellectuel, de la passe millimétrée et des espaces ouverts d’un coup d’œil. À Maradona l’amour charnel, les dribbles chaloupés comme un zouk ou un paso doble et les affres d’un amour passionnel.

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L’honneur de la Juventus, la fierté de Naples

Pour ce qui est de la Juventus, il en va de l’honneur du club, de sa suprématie sur le football italien et d’un rang à tenir dans l’histoire du football. Pour Naples, c’est bien plus que ça. En 1986, il n’y a que deux clubs du sud de la Botte qui jouent en Serie A. Les voisins Naples et Avelino se coltinent une semaine sur deux les déplacements dans un nord qui ne goûte guère les excentricités du sud. Comme si Marseille et Nice ne devaient affonter que des équipes entre Lille et Strasbourg. Pour le SSC Napoli, il s’agit bien d’une question patrimoniale, identitaire finalement presque de fierté nationale.





Maradona et Platini se sont rencontrés en Serie A à des moments paradoxaux de leurs carrières. L’Argentin arrive de Barcelone où il est tricard avec une pancarte de génie incontrôlable et incompris. Platini est à la Juventus depuis 1982 et est déjà surnommé le Roi Michel. Maradona est une légende en Argentine pour avoir porté les Argentinos et Boca pendant 6 ans. Le Français sort d’un Euro de maboul à 9 buts et s’en va remporter la C1 dans un Heysel qui pue la mort. Diego va s’envoler vers des hauteurs sportives miraculeuses en enchaînant un Mondial, deux Scudetti et une Coupe de l’UEFA. Michel sent que son corps le lâche et attend la retraite comme on attend le bus ou Godot.

Naples – Juventus, boss de fin

Le paroxysme de l’affrontement entre les deux a sans aucun doute lieu lors de la saison 1986-1987. Maradona est champion du monde et Platini sous infiltrations. Diego est porté par une force supérieure du football et stupéfiante d’un peuple qui lui rappelle l’amour de la gonfle en Argentine. À Naples ou à Buenos Aires, même combat : le football ce n’est pas que du football. Pour son dernier tour de piste, Platini espère bien finir sur un numéro à la hauteur de sa légende et remporter un ultime championnat. Mais la Juventus n’est plus transportée comme elle l’était par son Roi Michel et des défaites contre l’Inter, la Roma ou la Samp rendent sa victoire finale mal aisée. Surtout, les confrontations directes entre Diego et Michel tournent à l’avantage des bleus et blancs. 3-1 au Communale pour Naples et 2-1 au San Paolo pour les locaux.

La messe est dite car à la fin de l’office trois points séparent Naples de son dauphin piémontais. Un match nul contre la Fiorentina suffit à la bande de Diego pour s’adjuger son premier championnat. Folie dans le stade, folie dans la ville, folie partout et surtout dans le sud qu’on croirait délivrer d’un sortilège ou d’une armée d’occupation. Maradona est célébré comme une idole. Pas de celles sorties de Salut les Copains ou du Hit Machine. Il est une idole religieuse qu’on vénère comme un saint catholique qui dialoguerait directement avec Dieu le Père. Un envoyé des cieux seul capable d’apporter à Naples la relique chérie et attendue.

Les adieux au Roi

Un héros naît, l’autre meurt ou se retire. Au Communale, il y a 30 000 tifosi pour célébrer le Roi. Platini leur a tout donné, ils ont tout permis à Platini. Il a été le meilleur joueur du meilleur championnat du monde pendant cinq ans. Par sa science du jeu, le Professeur Platini a séduit les cerveaux des Juventini pour conquérir leurs cœurs. Deux Coupes d’Europe et deux Scudetti plus tard, le Roi s’en va comme un Prince en ne laissant aux générations futures aucune compilation « Platini – Juventus Best Skills » mais une marque au cœur de ceux qui l’ont vu jouer.

Ce Naples – Juventus ne concerne déjà presque plus la lutte pour le Calcio. Il reste pour autant un match qui nous fera avoir le cœur gros en raison de l’histoire récente et la disparition de Maradona.

JMPPMJ

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