Nedim Remili : « On ne se satisfait pas d’une médaille de bronze ou d’une finale »
HANDBALL – Entretien avec le demi-centre international français Nedim Remili, champion olympique en 2021 avec les Bleus. Qui fait le bilan de sa première moitié de saison, avec son club de Veszprem. Parti à l’étranger en 2022, d’abord à Kielce puis en Hongrie, à la suite de soucis financiers du club polonais, il raconte aussi les différences avec le championnat de France. Et à un mois de l’Euro masculin, il est ambitieux avec l’équipe de France, qu’il va rejoindre fin décembre. Avec l’envie de remporter la médaille d’or, la seule qui lui manque avec les Bleus.
Nedim Remili : « C’est une bonne première partie de saison »
La mi-saison est atteinte, vous êtes bien dans chaque tableau, quel bilan faites-vous de ce début de saison ?
Nedim Remili : On est un club très ambitieux, avec un projet qui grandit d’années en années, surtout cette année, avec les arrivées de joueurs phares, dont des joueurs français. On reste sur notre faim, avec cette défaite en Ligue des Champions à Plock (NDLR : Veszprém s’est incliné 37-30). Mais on peut clairement dire qu’on est présent. C’est une bonne première partie de saison. On a fait de beaux résultats. On a voyagé plutôt bien chez les grosses équipes, mais un peu moins bien face à des équipes dites plus faciles.
C’est le jeu de la Ligue des Champions qui est la compétition la plus relevée de notre sport. De mon point de vue et de celui de l’équipe, cela reste très positif. On a battu Magdebourg et Barcelone chez eux. Deux grosses performances, deux matchs de très haut niveau avec énormément de buts. Mais on n’a pas concrétisé cette avance, en perdant à Plock.
L’objectif de Veszprém est le Final 4, ou vous préférez y aller étape par étape ?
L’objectif du club est le Final 4. C’est l’objectif chaque année pour ces écuries et c’est ce qu’on cherche à tout prix. On a conscience que les deux premières places de poule sont qualificatives pour les quarts. Maintenant, finir premier ou 6e, n’a jamais donné une promesse de résultat, pour aller au Final 4, voire gagner la compétition. Le plus important pour nous, c’est de continuer à grandir en tant qu’équipe. Car on est une jeune équipe. Avec des joueurs de talent et d’expérience. Qui veut écrire leur propre histoire. Il y a eu des hauts et des bas, mais dans l’ensemble, c’est très positif.
Nedim Remili : « C’était important pour moi de partir à l’étranger »
Et un an, vous avez découvert deux championnats et deux pays. Quelles sont les différences avec le championnat de France ?
La France a la chance d’avoir un très bon championnat et je peux encore plus le confirmer désormais, même si j’en ai jamais douté. Je me rends compte de la chance que j’ai eue, quand j’étais jeune joueur, de pouvoir rapidement évoluer en première division et de me frotter à la crème de la crème de notre sport. Je pense que le championnat allemand a encore une longueur d’avance sur nous. Mais cela n’empêche qu’on grandit, que notre sport grandit et s’améliore. On espère toujours que cela devienne le sport phare du pays (rires), mais cela ne se passe pas comme ça. Il y a des étapes à passer, mais c’est cool de voir les résultats des équipes françaises au niveau européen.
Cela a été un désir ou une opportunité de partir à l’étranger ?
Un peu des deux. J’ai toujours été un grand fan de handball, j’ai commencé il y a 15 ans. Il y avait Montpellier qui était capable de faire de bonnes performances au niveau européen, mais c’étaient surtout des grands clubs comme Barcelone, Ciudad Real, Kiel, qui faisaient des résultats. Quand on est jeune, on rêve de grands titres, de grandes épopées européennes et cela se faisait surtout à l’étranger. Donc c’était dans un coin de ma tête. Mais le PSG a grandi rapidement et a été une très belle opportunité, étant d’Île-de-France. J’ai eu cette chance, ce fut six années extraordinaires, j’ai rencontré des gens incroyables. J’ai grandi en tant qu’humain et athlète. De manière phénoménale. À partir de là, c’était important pour moi de partir à l’étranger. Faire mon histoire là-bas, pour essayer d’avoir d’aussi bons résultats qu’avec Paris, voir de meilleurs.
- À ce sujet – Retrouvez notre interview d’Hatadou Sako
Nedim Remili : « Ce sont de gros changements qui font grandir en tant qu’homme et handballeur »
On apprend davantage en tant que personne ou handballeur ?
Les deux se valent. En tant que personne, côtoyer une culture différente, des gens différents. Il y a des pays qui ne vivent pas la passion du sport de la même manière. Étant un citadin, en ayant grandi en Ile-de-France, j’ai vécu dans des petites villes, comme Kielce ou Veszprém. Ce sont des grands changements géographiques et culturels. C’est enrichissant. J’ai toujours un peu parlé anglais, mais aujourd’hui, je maîtrise de mieux en mieux. J’ai aussi appris le polonais.
En six mois, je n’étais pas trop mal et je pense que j’aurais pu encore plus progresser, si j’avais fait mes quatre années là-bas. En Hongrie, dans le club, on parle surtout anglais, car tout le monde est anglophone. Mais, je suis ici avec ma compagne, mon enfant, mon chat et mon chien. Ce sont de gros changements qui font grandir en tant qu’homme et handballeur. On découvre de nouvelles équipes, on en apprend tous les jours.
Au moment des difficultés de Kielce, avez-vous eu peur ?
Oui, je ne vais pas mentir. En France, on a la chance d’évoluer dans un pays où les règles sont plutôt cadrées vis-à-vis des salaires et des salariés. Dans certains pays, c’est un peu plus compliqué. Et quand on commence à avoir des retards de salaire, qu’on nous dit qu’on ne sera peut-être pas payés la totalité sur l’année, qu’on va devoir attendre, cela est inquiétant et cela le serait pour tout le monde. En tant qu’athlète, on sait qu’une carrière ne dure pas éternellement. On fait attention à notre argent. Pour bien l’investir. Et quand on ne peut pas l’investir parce qu’on n’a plus de rentrées mensuelles, cela impacte bien plus qu’un simple petit retard de salaire.

Nedim Remili : « On veut performer et avoir la médaille d’or à l’Euro »
Dans moins d’un mois commence l’Euro de handball. C’est le dernier titre qui vous manque avec les Bleus. On vous imagine motivé.
Exactement. C’est un titre qui me manque. Quand on a gagné les JO, la première chose qu’on s’est dit, c’est de se retrouver à l’Euro 2022, qu’on voulait écrire une belle histoire tout de suite après. Malheureusement, je me suis blessé. J’ai manqué l’Euro et j’espère bien faire celui-ci. Être sélectionné avec les Bleus et performer avec cette équipe. Il y a moyen de faire de grandes choses et c’est à nous d’être bien en place, durant la préparation et la compétition.
Est-ce que Paris 2024 est déjà dans un coin de votre tête ?
Je pense que je peux parler au nom de mes coéquipiers, mais ce n’est pas quelque chose qui nous anime aujourd’hui. Évidemment, on nous en parle à chaque interview. C’est en France et pour nous Parisiens, cela a un impact encore plus fort. Maintenant, cette équipe de France a une envie de gagner, et cela commence par cet Euro. Et on est focus sur comment performer et avoir la médaille d’or sur ce championnat. On ne se satisfait plus d’une médaille de bronze et même d’une finale. Les JO, c’est encore dans très longtemps, on ne sait jamais ce qu’il peut nous arriver entre temps. Il se passera plein de choses, que ce soit avec les Bleus et en club.
Nedim Remili : « J’aime ce sport de toutes mes forces »
Vous êtes arrivés en bleu en 2016, dans une équipe qui a tout gagné. Comment on se fait sa place au milieu des stars ?
On est entourés de gens intelligents. Qui nous ont fait confiance. On n’est pas mal à être arrivés à la même période et évidemment, on arrive sur la pointe des pieds. Et on a du respect pour cette équipe. On savait qu’on ne serait pas les rois du pétrole. Cela ne se passe pas comme ça. On a vécu l’Euro 2016 surtout en bout de banc, à regarder les anciens jouer. Cela voulait un peu dire : « Regarde et apprend ». Mais on a eu la chance d’être bien accompagnés pour performer rapidement. À l’image du Mondial 2017, où la plupart des jeunes étaient sur le terrain durant les matchs et notamment dans les moments importants. On sait ce qu’il faut faire, quand on arrive dans cette équipe. Pour espérer apporter quelque chose, jouer et gagner des titres.
Dans cette équipe, il y a et il y a eu des joueurs qui ont joué bien au-delà de 35 ans, comme Nikola Karabatic actuellement. C’est aussi votre rêve ?
Évidemment, c’est même ce à quoi j’aspire. Cela dépend de moi évidemment. Même si parfois le corps et la tête ne suivent plus. Là, il faut faire des choix. Mais étant un grand passionné de ce sport, que je pratique et suis énormément. J’aime ce sport de toutes mes forces, c’est 90 % de ma vie. J’ai envie que cela dure encore longtemps. C’est un plaisir journalier de me lever et d’aller à l’entrainement. Même s’il y a des jours plus difficiles. On joue beaucoup, on a des responsabilités et on tire sur le corps.
Nikola Karabatic est un bon exemple – ou un mauvais – (rires). On a envie de faire comme lui. Il n’y a pas de débat, c’est le meilleur joueur de tous les temps. J’ai eu la chance de partager du terrain et des moments privilégiés avec lui. C’est comme mon grand frère. Il le sait. C’est un sacré exemple. Pendant 20 ans comme joueur phare, encore aujourd’hui. Et cela le sera encore.
Nedim Remili : « Les filles ont failli nous en vouloir à Tokyo »
Vous suivez aussi l’équipe de France féminine. Vous avez été champions olympiques, comme les Bleus. C’était un truc de fou pour le handball français.
(Interview réalisée le 8 décembre). Elles ont failli nous en vouloir d’ailleurs. À Tokyo, on était dans le même hôtel. Elles étaient à l’étage en dessous de nous et on a peut-être fait un peu trop de bruit, le soir du titre. Sauf qu’elles dormaient pour préparer leur finale. Mais finalement, on a tous célébré ensemble le lendemain. Mais c’est vrai qu’au lendemain de notre titre, le midi, on a croisé quelques visages pas très contents de nous voir (rires). Après, on s’est bien rattrapés en allant les supporter pendant leur finale. On avait à cœur de faire quelque chose de géant. Une victoire olympique dans le même sport, pour les hommes et les femmes, c’est exceptionnel. On l’a fait et c’est une grande fierté.
Est-ce que vous vous considérez comme un grand frère dans cette équipe de France ?
Pas ce terme s’il vous plaît (rires). Je suis beaucoup trop jeune. C’est sûr qu’on est des joueurs ayant pris du galon dans cette équipe. Avec des responsabilités. Maintenant, ce rôle de grand frère, c’est Niko (Karabatic) qui l’a. Et encore, lui aussi déteste qu’on dise cela. Cela voudrait dire qu’il est là pour faire cela, alors qu’il est là pour jouer au handball.
On peut dire joueur cadre ?
Je pense que oui. Le temps en équipe de France parle pour moi. Le temps de jeu aussi. J’essaie d’apporter ma pierre à l’édifice. Cela reste difficile, car il y a beaucoup de concurrence. Et ce n’est pas facile de remporter les compétitions internationales. Je suis fier du parcours que j’ai avec cette équipe, mais je pense que le plus beau reste à venir. Il y a moyen de faire de très belles choses avec cette équipe et ces joueurs. Chaque saison, de nouveaux joueurs nous rejoignent et sont plein de promesses pour le futur de cette équipe de France. On peut faire une belle épopée ensemble.


