Nicolas Gestin (canoë-slalom) : « Je veux prendre les courses les unes après les autres »
CANOË-KAYAK – Entretien avec Nicolas Gestin, champion olympique de canoë slalom (C1) l’an passé à Vaires-sur-Marne. Il avait alors écrasé la course, l’emportant avec cinq secondes d’avance. Le Français évoque son début de saison 2025, marqué par une médaille d’argent aux championnats d’Europe et deux victoires en coupe du monde. Mais aussi de son objectif de titre aux Championnats du monde (du 29 septembre au 4 octobre à Penrith). Nicolas Gestin revient également sur sa victoire et le sacre olympique, ce qui a changé pour lui après ce titre.
Nicolas Gestin : « J’ai pris le temps de faire une coupure après les JO »
Tu en es à deux victoires en Coupe du monde cette année, dont une le weekend dernier : quel est le bilan de cette saison avant les Mondiaux ?
Tu parles de ta préparation. C’est lié aux sollicitations médiatiques post-JO ?

Nicolas Gestin : « Je ne pouvais rêver de meilleur scénario que celui des JO ».
Il fallait éviter le piège du burn-out.
Les JO, tu les gagnes en les écrasant. C’est un moment d’une intensité folle.
Je ne pouvais rêver d’un meilleur scénario que celui qui est arrivé. C’était magique comme moment. Je l’ai vécu avec une haute intensité. J’ai eu de la chance que tout se soit bien passé. Même si, parfois, l’intensité est tout aussi importante, quand on passe à côté. Mais là, je remporte les qualifs, les demies et la finale et à chaque fois avec le meilleur temps. Avec une pression qui monte. C’était pour des moments comme ceux-là que je m’entraînais tous les jours. Je suis content d’avoir pu en profiter comme ça.
Nicolas Gestin : « Les gens qui suivent les courses sont souvent des spécialistes »
Est-ce qu’il y a une pression liée à cette large victoire. Est-ce que tu as peur qu’on attende que tu gagnes toujours avec ce genre de marge ?
On me parle souvent de statut, mais j’essaye d’y accorder aucune importance. J’étais déjà favori avant les JO, en étant n°2 ou 3 mondial. Depuis, je suis n°1, mais on ne peut pas vraiment parler de changement stratosphérique. Franchement (il soupire), la réalité, c’est que les gens qui regardent le canoë sont généralement des spécialistes. Ce n’est pas un sport très diffusé en France et il n’y a pas une grosse communauté de non-spécialistes, qui va regarder des courses.
Ceux qui suivent, savent la difficulté de ce sport et de gagner des courses avec plus d’une, deux ou trois secondes d’avance. Je sais aussi que c’est irréalisable de remporter tout avec cinq secondes d’avance. J’y ai mis une croix assez rapidement (rires). Et si des gens me font la remarque, je sais juste que ce seraient des non-initiés de notre sport. Et qui auraient vu la finale avec un œil non expert. Ce ne serait pas grave.
Nicolas Gestin : « L’impression que tout ce que j’ai fait, j’en étais capable »
Dans certains sports, on a la notion d’être dans la zone. C’est ce qu’il t’es arrivé à Paris ?
Je n’aime pas cette notion d’être dans la zone. Car cela donne l’impression que cela ne se provoque pas. J’ai vraiment provoqué cet état. J’ai mis en place, tout ce que j’ai travaillé pendant deux-trois ans en préparant les Jeux. Et je ne pense pas avoir été dans la zone de A à Z. Il y a quatre courses, je gagne les quatre et à chaque fois en améliorant mes chronos. Mais oui, j’ai eu des passages d’aisance, de facilité. J’ai été porté par le public et l’atmosphère générale.
La pression que je me mettais, qui était autour de moi, m’a permis de m’exprimer. Ce qui était assez impressionnant pour moi, c’est que j’ai eu l’impression que tout ce que j’ai fait, j’en étais capable. Je l’avais déjà fait à l’entraînement. Être à mon meilleur niveau au meilleur moment. Je ne crois pas avoir surjoué. Le risque de surjouer, dans notre sport, c’est de partir à la faute et écoper d’une pénalité. Donc ce n’est pas bon. Ce qui a été assez dingue, dans les quatre manches des JO, c’est qu’il n’y a pas eu une seule porte ou moment où je perds le contrôle. J’ai toujours été dans le coup.

Nicolas Gestin : « Je veux valoriser chaque course cette année »
Il reste une manche ce week-end. Tu es 3ème du général de la Coupe du monde, mais à distance respectable de la première place. Comment abordes-tu la course ? Tu es dans l’optique d’une préparation au Mondial ?
Carrément. Ma préparation physique est orientée sur le championnat du monde. Le but étant de faire avec l’état de forme du jour. On a vu que lors de la dernière manche, c’était très bien. J’ai pu m’exprimer en finale. L’enjeu, c’est de le répéter. C’est la dernière répétition avant les Mondiaux, sur un bassin que je connais bien. Dans lequel les Allemands sont très bons. Les cartes vont être rebattues. Le classement général me donne un objectif en tête et un truc à aller chercher.
Je veux gagner la manche et prendre les courses les unes après les autres. Mais aussi profiter du moment. Car on est toujours projeté sur une sélection olympique, un championnat du monde. J’essaie de profiter de chaque manche de coupe du monde. Je me rappelle que, lorsque j’étais junior, c’était un truc extra de participer à une coupe du monde. Depuis, on a tendance à banaliser assez vite, quand on le fait régulièrement. Cette année, j’essaie de revaloriser chaque course.
Tu es déjà tombé dans ce piège ?
Carrément. Je me faisais tomber dedans aussi. L’année de la sélection olympique, il y avait les championnats du monde et une des manches de coupe du monde que j’avais coché. Car c’étaient les endroits dans lesquels on allait être observés par la fédération. Naturellement, on prépare moins les autres courses. On y attend moins de résultats. Et je ne voulais pas tomber dans cela cette année. Même si les championnats du monde sont un bel évènement et un gros objectif. Je veux prendre plaisir en coupe du monde, des courses avec un super niveau et pas simples à aller gagner.
Nicolas Gestin : « On est trois Français au top mondial et j’espère que cela va continuer jusqu’au mondial »
Tu évoques le fait d’être scruté par la Fédération, c’est vrai que, quand on regarde le classement général de la coupe du monde, il est dominé par trois Français. La concurrence ne doit pas être facile.
Pour le coup, si elle est très simple, car on s’entend super bien. Mais il y a de la densité et un niveau très bon. Ce qui est archipositif. À l’entraînement, cela donne des repères. Quand j’ai repris l’entraînement en février, j’étais avec Yohann (NDLR : Yohann Senechault leader de la coupe du monde) et Mewen (NDLR : Mewen Debliquy, deuxième de la coupe du monde) qui me donnent des bons repères en termes de vitesse de navigation. C’est chouette, car on a réussi à partager plusieurs podiums cette année. Souvent deux Français dans le top 4 ou 5 des coupes du monde et des championnats d’Europe. J’espère que cela va continuer jusqu’au mondial. Cela me fait vivre des saisons différentes aux années passées. On a trois Français au top niveau mondial. Et on essaye d’aller chercher ce qui se fait de mieux.
On peut imaginer que ton objectif sera la conquête de ce titre mondial. Cela peut être vu comme une suite logique, après ton titre olympique.
C’est ce que je dis, c’est une suite logique si on regarde les résultats. Mais il ne faut pas croire que c’est gagné d’avance. Ce ne sera jamais le cas dans notre sport. Je vais faire au mieux, mais tout cela n’a rien de logique justement. Il faut bien se préparer, bien gérer l’acclimatation là-bas. Se mettre dans les meilleures conditions pour aller chercher le titre mondial. Cela reste l’objectif de la saison. Il faudra aller le chercher, car il ne va pas tomber tout seul.
Nicolas Gestin : « J’ai passé un cap dans la gestion d’un sportif professionnel ».
On revient sur les JO, est-ce que ce titre a changé quelque chose pour toi ? Y compris en dehors du sportif ?
Pour moi, dans ma vie et dans mes passions et mon entourage, je ne pense pas que cela ait changé grand-chose. Par contre, au niveau extra-sportif, dans le domaine du sponsoring, de gestion d’image, cela m’a fait passer le cran d’au-dessus, dans le cadre du sportif professionnel, dans le contact avec les entreprises et des partenaires, avec les opportunités. Mais aussi dans le besoin de s’entourer, tout simplement. Par certaines personnes qui m’aident à gérer mon emploi du temps. Auparavant, c’était interne à la Fédération. Depuis, j’ai monté une petite cellule autour de moi.
Tu n’étais pas pro avant Paris ?
Si. J’étais employé par le bataillon de Joinville, salarié de l’armée, ce qui est toujours le cas aujourd’hui. Le progrès que j’évoque, c’est vraiment dans la sollicitation et l’image. J’étais relativement tranquille, avec peu de demandes et obligations. Cette année, cela a été le cas et il a fallu gérer le rang du sportif professionnel, avec une attachée de presse, un conseiller sportif. De quelques personnes qui aident à gérer la professionnalisation de notre sport.
Nicolas Gestin : « On ne peut pas prendre des risques sur l’eau, si cela a un impact financièrement »
Le fait d’être pro et de ne pas avoir ce souci financier, cela a été un plus pour toi, pour aborder les Jeux ?
C’est sûr, pour moi, c’est ce que j’essayais de dire à la Fédération, deux ou trois ans avant les Jeux, quand j’étais en galère. Si on veut prendre des risques sur l’eau, ce qui est l’essence même de notre sport, il ne faut pas que ces risques impactent ma vie. Si tous mes choix et décisions que je prends sur l’eau impactent mon niveau de vie, il est clair que je vais forcément prendre moins de risques sur le sportif. C’est un rôle ultra-essentiel. L’armée et mon club de Quimperlé, qui a réussi à m’employer un an et demi avant les JO, ont été un soutien ultra-essentiel dans ma quête olympique.
Lors des derniers championnats d’Europe, tu as retrouvé Vayres-sur-Marne, site des JO, est-ce que tu as eu un moment d’émotion ?
Je m’y entraîne à l’année, j’ai vite retrouvé le site. Mais oui naturellement. Ce qui était sympa, c’est que pour certains, il y avait des revanches à prendre. D’autres qui ont essayé de performer à nouveau comme aux JO. Tout le circuit international s’est retrouvé au bord de l’eau. Ceux qui sont passés à côté de la sélection olympique ont pu avoir un petit gout en faisant la sélection à Vaires-sur-Marne. C’était plutôt sympa.
Comment as-tu découvert ce sport ?
C’est ma nourrice, avec ses trois enfants et son mari qui étaient dans un club de canoë-kayak à Quimperlé. Ils m’ont mis dans un bateau assez vite. Cela ne tient pas à grand-chose. Mon grand frère s’y est mis avant moi et mes parents nous ont suivi et ont accroché en s’investissant dans le club. J’ai suivi le cursus d’un jeune pagayeur, où on m’a transmis la passion ce sport.


