Olivier Villepreux : « La France peut battre la Nouvelle-Zélande dans un match d’ouverture de la Coupe du monde »
COUPE DU MONDE DE RUGBY 2023 – Pour entamer son Mondial à domicile, l’équipe de France affronte les All Blacks ce vendredi à 21h15. Une équipe que les Bleus n’ont battue qu’à treize reprises en 62 confrontations (48 victoires pour la Nouvelle-Zélande et un nul). Dans son ouvrage « France-All Blacks, treize manières de battre les Néo-Zélandais » (Solar), Olivier Villepreux a ressorti les points qui avaient permis au XV de France de s’imposer lors de chaque rencontre. Il nous ramène donc dans le passé et nous livre la manière de les battre ce vendredi.
Que représentent les All Blacks pour vous ?
Personnellement, ils représentent la mixité de cette île qu’est la Nouvelle-Zélande. Il y a cette culture britannique représentée par le rugby et une culture locale avec les Maoris. Les All Blacks représentent la jonction de ces deux cultures grâce à ce jeu, et je trouve la symbolique très belle.
Comment expliquer que rien que le nom All Blacks impressionne ?
Dans la symbolique déjà, les « Tout Noirs », ce n’est pas hyper rassurant. Et puis, ils ont construit une mythologie autour d’eux qui doit d’emblée imprimer une forme de supériorité par rapport à l’adversaire et un sérieux dans la façon d’envisager le rugby. En Nouvelle-Zélande, le rugby, c’est le pays tout entier. Et bien sûr, il y a le fameux haka avant le coup d’envoi.
Vous avez analysé les treize manières de battre les All Blacks à partir des treize victoires de l’équipe de France : avoir une défense au rendez-vous, jouer dans l’axe, avoir un bon ouvreur, le French flair, l’agressivité, le hors-jeu, l’interception, la révolte, le turnover, passer le rideau défensif, presser fort et taper loin, conserver le ballon, et avoir une équipe homogène. Quels points sont les plus importants ?
En les repassant en revue, on s’aperçoit qu’il n’y a pas une recette pour battre les All Blacks. C’est impossible de se dire « on va mettre tous les ingrédients dans un même match et obligatoirement, on va gagner ».
Il y en a-t-il eu une victoire plus marquante ?
Je pense évidemment au doublé de Pierre Berbizier en tant qu’entraîneur lors de la tournée en Nouvelle-Zélande (juin-juillet 1994). Gagner deux fois chez eux, c’est arrivé une fois et ça n’a pas été si facile que ça. La première fois d’une très belle manière, la deuxième fois en se battant un peu plus durement et en s’accrochant. Lors de cette tournée, il a y eu les deux facettes du rugby français pour arriver à battre les All Blacks de deux manières différentes. Vous imaginez bien que si la Nouvelle-Zélande perd à domicile le premier match, le deuxième sera bien plus difficile. Donc, vous ne l’envisagez pas pareil.
Mais il y en a d’autres comme celle en 1973 (13-6 au Parc des Princes). C’est une victoire assez belle parce que c’est un jeu d’attaque complet. La France gagne en jouant son jeu. Le ballon vit, les Bleus prennent des intervalles, c’est un match moderne.
Et puis, il y a quand même l’improbable demi-finale 1999 en Angleterre (31-43, à Twickenham). La France n’est pas du tout donnée favorite, mais au fil du match, elle prend le dessus avant d’être menée puis revenir en tentant des trucs incroyables. À ce moment-là, on est dans l’irrationnel, et c’est ce qui rend ce match émouvant.
Comment faire pour les battre ce vendredi ?
Il y a un double enjeu parce qu’il se peut qu’on les affronte deux fois. Le premier match sera important parce qu’il va déterminer la compétition. Commencer par une défaite, ce n’est pas très bon ni pour les Français ni pour les Néo-Zélandais. Les Français ont déjà perdu des matchs d’ouverture, de la Coupe du monde, contre l’Argentine notamment (en 2007, 12-17 au Stade de France). Et les Néo-Zélandais, en Europe, sont rarement à leur meilleur niveau. La France devra assumer son rôle de favorite qui lui colle à la peau maintenant. Et pour les Néo-Zélandais, ils devront dépasser leur appréhension de jouer en Europe, loin de chez eux. Si la France arrive à mettre son jeu en place en privant les All Blacks de la balle, en les faisant reculer, et à les faire surjouer, parce que c’est là qu’ils commettent des erreurs, alors les Bleus peuvent gagner.

Sur les treize points qui ont permis à l’équipe de France de battre les All Blacks dans le passé, que possède le groupe actuel ?
La force du XV de France est que Fabien Galthié en a fait un club. Il a parié sur la cohésion d’une vingtaine de joueurs qu’il a maintenue dans une équipe type avec des réflexes et une cohérence générale. Le souci, c’est qu’il peut y avoir des blessés (Romain Ntamack et Paul Willemse forfait, Cyril Baille pour les premiers matchs, Danty forfait face à la NZ). Tout va donc dépendre de la façon dont cette stratégie d’équipe va continuer à fonctionner. C’est ce qui manquait à la France.
Avez-vous un pronostic pour le match d’ouverture ?
Difficile à dire… J’aurais tendance à penser que tous les compteurs sont à zéro et qu’en fait, ce à quoi on va assister va se développer sous nos yeux sans qu’on puisse vraiment avoir de repère fixe. De manière plus personnelle, je pense qu’aujourd’hui la France peut battre la Nouvelle-Zélande dans un match d’ouverture de la Coupe du monde. C’est la chose qu’ils ont en tête depuis longtemps et je pense qu’ils ne veulent pas le louper. Mais la compétition ne fera que commencer et elle sera longue. Gagner ce match ne sera qu’un début.
- À lire aussi – Notre pronostic pour France – Nouvelle-Zélande
Les 13 victoires de la France face aux All Blacks
27 février 1954 : 3-0 (Stade Yves-du-Manoir)
10 février 1973 : 13-6 (Parc des Princes)
11 novembre 1977 : 18-13 (Stadium Municipal de Toulouse)
14 juillet 1979 : 19-24 (Eden Park, Nouvelle-Zélande)
15 novembre 1986 : 16-3 (Stade de Beaujoire)
26 juin 1994 : 8-22 (Lancaster Park, Nouvelle-Zélande)
3 juillet 1994 : 20-23 (Eden Park, Nouvelle-Zélande)
11 novembre 1995 : 22-15 (Stadium de Toulouse)
31 octobre 1999 : 31-43 (Twickenham, Angleterre)
18 novembre 2000 : 42-33 (Stade Vélodrome de Marseille)
6 octobre 2007 : 18-20 (Millenium Stadium de Cardiff, Pays de Galles)
13 juin 2009 : 22-27 (Carisbrook, Nouvelle-Zélande)
20 novembre 2021 : 40-25 (Stade de France)


