Olympique Lyonnais – Olympique de Marseille : le 12ème titre et le triomphe des géantes
12. Cela aurait pu être le score de ce match aux mille enjeux. Le titre ne pouvait pas échapper aux Lyonnaises, encore fallait-il triompher avec la manière, ce qu’elles firent. Avec un 7-0, elles écrivirent de fait l’histoire des Marseillaises, et à leur place. Direction la deuxième division pour les filles de Christophe Parra, avant-dernière marche vers la retraite pour Camille Abily, Elodie Thomis et Corinne Petit.
C’était une fête, et elle était un peu triste.
Les Lyonnaises s’offrent un douzième titre de championnes de France consécutif, étoffent un palmarès que sans doute aucun club après elles n’acquerra. Ce club est incroyable, ces filles sont géantes, Président Aulas, un homme heureux. Bien sûr la saison n’est pas encore tout à fait terminée, ne manque que le trophée le plus prestigieux, le genre qui ne tombe pas dans vos bras comme ça, pour vos beaux yeux, mais qui se mérite, s’arrache, dans la douleur et le doute. Ce sera le 24 mai prochain, ce sera à Kiev, contre Wolfsburg.
Triste, oui. Je le suis un peu. Pour les Marseillaises, auteurs d’une si belle saison l’année passée, promues et finissant 4ème, une place qui un jour, peut-être, lorsque le foot féminin déplacera des foules et des liesses, sera synonyme de qualification pour le tour préliminaire de la Women’s Champion League, ou de la coupe UEFA. Triste pour ces Marseillaises qui occuperont décidément et jusqu’au bout, cette place de lanterne rouge, dont elles n’auront jamais pu s’extirper en vingt rencontres. C’est le sport me direz-vous. Il faut bien un dernier.
Le dernier match à domicile de trois géantes
Triste, surtout, de cet au revoir à trois immenses joueuses, Camille Abily, Corinne Petit et Elodie Thomis. Le cas Houara D’Hommeaux est à part : notre talentueuse numéro 8 est tentée par une opération Lavogez : quitter Lyon pour retrouver du temps de jeu dans un club qui n’attend qu’elle. Camille, Corinne, Elodie prennent leur retraite footballistique, c’est un peu de nos années 80 qui s’en vont. Cela rend toujours nostalgique. Cela devait arriver, leur temps de jeu était moindre, la concurrence avec des Bacha, M’Bock, Van de Sanden, et autres Hegerberg devenait trop rude. Bientôt, ces trois-là ne refouleront plus jamais une pelouse de première division, on l’a soudain réalisé, au moment de poser pour la photo, bouquet à la main, au moment où le public a brandi le numéro 23 de Camille Abily, où chacune de ces filles avait sur le visage un sourire radieux et pensif.
Ces trois-là auront pourtant joué leur partition jusqu’au bout et avec maestria. Pour leur dernier match sur leur propre pelouse, en cadeau d’adieu, elles se sont offert un baroud d’honneur avec les copines de tant d’années, crucifiant collectivement la bête marseillaise déjà à terre, par sept fois. Les filles de Reynald Pedros ont su illuminer un ciel lyonnais, triste à mourir, en allant, à cinq reprises, chercher le ballon dans les airs pour l’expédier au font des buts de Geneviève Richard.
Capitaine Camille
Ce n’était pas un onze de titulaires aligné par l’entraîneur, Renard, Bronze, Marozsan, Le Sommer, Van de Sanden étant laissées au repos. C’était un onze de contrastes, avec la prometteuse Selma Bacha, et les anciennes qui tirent leur révérence.
Capitaine de cette formation, Camille Abily n’a pas marqué, mais a servi, emmenant les siennes camper dans le camp des Marseillaises qui auront tenu une mi-temps, comme les autres, toutes les autres. Nos Lyonnaises ont fait ce à quoi elles nous ont accoutumé : rien ne ressemble plus à une première mi-temps lyonnaise qu’une première mi-temps lyonnaise. Domination, accaparation du ballon, vagues successives d’attaques, pour au final, un seul but marqué, par Mbock, suite à un corner de Selma Bacha (26’).
La seconde mi-temps est celle de tous les dangers pour les adversaires des Fenottes. J’imagine les entraîneurs le dire et le répéter à leurs joueuses « Attention, pendant les premières 45 minutes, elles se règlent, elles débriefent au vestiaire à la mi-temps, ensuite c’est Attila ! ».
Capitaine Thomis
Bis repetita. Ada Hegerberg redevient Ada la Diablesse, et c’est de bonne augure. Sur un centre signé Majri venu de la gauche, notre Ada fait parler sa taille, prend le dessus sur la défense marseillaise. 2-0, 58’. Six minutes plus tard, Hamraoui, aussi remuante que Camille Abily, est récompensée de son travail, de sa belle saison aussi, en inscrivant un superbe but des 25 mètres, Geneviève Richard, la gardienne marseillaise, s’était bien déployée, mais ça va trop vite, ca va trop fort. Tout est allé trop vite cette année pour Marseille (3-0, 64’).
A la 68’, on a étouffé un léger sanglot. Houara et Majri sortaient, remplacées, pour la dernière fois, par Petit et Thomis. En petites foulées, avec son sourire si particulier, Abily, décrochait son brassard de capitaine, le portait à Thomis. Moi je suspendais mon souffle. Mais six minutes plus tard, cette même Abily nous empêchait de verser dans un sentimentalisme malvenu, expédiant une balle sur mesure pour la tête d’Amandine Henry (4-0, 72’).
Le festival Bacha
Comme un cauchemar inlassablement se répète, les deux buts suivants, suivirent un scénario identique, Bacha à la baguette et sur corner : d’abord pour Mbock (5-0, 74’) puis pour Hegerberg (6-0, 77’). Le tableau serait incomplet si on ne parlait pas de l’ultime réalisation d’Amandine Henry, sur corner également, suite à un cafouillage de la défense adverse. 7-0, à la 90’, l’arbitre pouvait paisiblement siffler la fin du supplice marseillais, le triomphe des Lyonnaises, l’acclamation des vétéranes.
La fête fut belle, l’histoire n’est pas totalement refermée. Camille, Elodie, Corinne, Jessica, un tout dernier chapitre sera à écrire le 24 mai prochain. C’est loin Kiev, loin de chez vous. C’est votre ultime campagne, faites-en un mémorial. Qu’à votre retour on dise « Voilà des Braves ».


