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Paris-Roubaix peut-il encore sourire à un outsider en 2026 ?

Etienne Goursaud

Publié le

Paris-Roubaix peut-il encore sourire à un outsider en 2026 ?
Photo Icon Sport

Paris-Roubaix 2026 : et si une surprise bousculait Pogacar et Van der Poel ? Pourquoi l’Enfer du Nord reste la course la plus imprévisible du cyclisme.

Le Monument qui a offert le plus de surprises

De tous les Monuments de l’année, Paris-Roubaix est celui qui a offert le plus de surprises dans son histoire. Celui qui aurait misé sur Matthew Hayman, au matin de l’édition 2016, aurait sans doute été traité de fou. Pourtant, au bout d’une échappée matinale et d’une formidable résistance une fois repris par les favoris, l’Australien a créé l’une des plus grosses sensations du XXIe siècle, privant Tom Boonen du record absolu de victoires sur le vélodrome de Roubaix.

Mais l’Enfer du Nord a offert son lot de surprises bien avant l’Australien. De Sonny Colbrelli, vainqueur d’une édition dantesque en 2021, décalée en octobre et disputée sous la pluie et dans la boue, à Johan Vansummeren, qui avait profité du marquage autour d’un Fabian Cancellara moins fort qu’en 2010, les audacieux peuvent profiter de temps morts, de marquages ou anticiper de plus loin pour aller au bout de l’exploit.

On peut ajouter Stuart O’Grady en 2007, Magnus Bäckstedt en 2004, dont la fille Zoe Bäckstedt sera l’une des prétendantes chez les femmes, ou encore Servais Knaven, qui a conclu un triplé Domo-Farm Frites en 2001. Le tout, au XXIe siècle.

Des surprises pour la victoire, mais aussi pour le podium. On se souvient, en 2018, d’un Silvan Dillier, présent dans l’échappée matinale et seul capable de tenir la roue de Peter Sagan jusqu’au vélodrome, avant de ne s’incliner qu’au sprint. Ou encore de l’héroïque Sébastien Turgot, revenu du diable Vauvert pour aller chercher la 2ème place de l’édition 2012. À ce jour, il reste le dernier Français à être monté sur le podium de Paris-Roubaix.

Paris-Roubaix lui aussi confronté à la fin de la glorieuse incertitude

Si l’on a évoqué des exemples du XXIe siècle, force est de constater que l’incertitude de Paris-Roubaix a grandement diminué avec l’avènement des « aliens ». Mathieu van der Poel a remporté les trois dernières éditions de la course. En 2025, il devance Tadej Pogacar qui, pour sa première participation, est monté sur le podium.



Elle semble loin, l’époque où il fallait du temps et de l’apprentissage pour monter sur le podium de Paris-Roubaix. S’il convient de rappeler que Sonny Colbrelli a remporté la course à sa première tentative, l’Italien reste l’arbre qui cache la forêt. Tadej Pogacar, lui, ne passe pas par cette case. S’il s’aligne sur une course, c’est pour gagner.



On a évoqué les deux terreurs des pavés, Mathieu van der Poel étant premier ou deuxième du Ronde depuis 2020 inclus, et Tadej Pogacar ayant terminé au pire 4ème lors de ses quatre participations depuis 2022. Si l’on prend le Top 10 2025, seuls Jonas Rutsch (6ème) et Markus Hoelgaard (8ème) peuvent être considérés comme des surprises. Encore que le premier cité a remporté Gand-Wevelgem chez les espoirs.

En 2024, il n’y a pas eu de réelle surprise, avec un top 10 composé de « flandriens » à l’aise sur les pavés. C’était aussi le cas en 2023. De plus, un coureur comme Mads Pedersen a toujours terminé dans les quatre premiers sur cette période. Wout Van Aert, absent en 2024, truste lui aussi le Top 5 lorsqu’il participe. Ajoutez-y un probable podium de Tadej Pogacar cette année, et l’on retrouve toujours les mêmes.

Les favoris lancent la course de plus en plus loin

Pourquoi ce changement ? On a évoqué l’anticipation sur Paris-Roubaix. C’est de plus en plus difficile dans le cyclisme moderne. L’an passé, la course s’est lancée avant même la Trouée d’Arenberg, à 100 km de l’arrivée. Après le secteur mythique, ils n’étaient déjà plus dix dans le groupe des favoris. En sachant que les premiers pavés interviennent seulement 70 kilomètres plus tôt. Soit 70 kilomètres au cours desquels il est difficile de prendre quatre ou cinq minutes d’avance, condition indispensable pour espérer entrer dans un Top 10 aujourd’hui.

À cela s’ajoute la tendance à voir les leaders se relayer entre eux lorsqu’ils se retrouvent isolés en tête. Comme ce fut encore le cas sur le Ronde, avec la parfaite collaboration entre le Slovène et le Néerlandais, avant que le champion du monde ne s’isole dans le Vieux Quaremont. On est loin de cette époque où les favoris pouvaient se regarder en chiens de faïence, comme ce fut parfois le cas dans les scénarios du « tout contre Cancellara ou Boonen ». Une configuration profitable à un outsider, qui pouvait alors tirer les marrons du feu. Les leaders sont plus forts que jamais, et collaborent mieux que jamais.

Paris-Roubaix ne fait que suivre la tendance globale

Paris-Roubaix ne fait que suivre la tendance globale du cyclisme. Seuls Mathieu van der Poel et Tadej Pogacar ont remporté des Monuments en 2025, Pogacar ayant aussi remporté les Mondiaux et les championnats d’Europe. En 2024, Jasper Philipsen s’était glissé entre les deux coureurs, avec la bénédiction du Néerlandais, son coéquipier.

Il faut remonter à 2023 et au succès de Remco Evenepoel sur Liège-Bastogne-Liège pour voir un autre coureur qu’un Alpecin ou UAE remporter un Monument. Et l’on parle ici de Remco Evenepoel, 3ème du Tour des Flandres 2026 pour sa première participation. En termes de surprise, on repassera. La dernière immense surprise sur un Monument est sans doute Bob Jungels, vainqueur de Liège en 2018.

Le Tour des Flandres 2026 a confirmé cette tendance à voir les mêmes noms et une course lancée de plus en plus loin. La formation UAE Team Emirates-XRG a tout fait exploser à 100 kilomètres de l’arrivée. À 50 kilomètres du but, ils n’étaient déjà plus que cinq. Dix kilomètres plus tard, tout le monde ou presque était distancé un par un. Anticiper devient une chimère appartenant à un passé de plus en plus lointain. Ce Paris-Roubaix, avec un Tadej Pogacar prompt à tout faire exploser de loin, peut-il échapper à cette logique ? On a du mal à le croire.

Qui peut avoir le bon profil ?

Reste à savoir qui peut avoir le profil pour créer la surprise. Alec Segaert (Bahrain-Victorious) s’est montré très en vue depuis le début de la saison, notamment sur son incroyable victoire sur le GP de Denain. Solide rouleur, excellent sur les pavés, il sera débarrassé de la problématique des monts pavés, son point faible, comme l’a montré sa 15ème place sur le Tour des Flandres. S’il est en délicatesse en ce début de saison, Bastien Tronchon (Groupama – FDJ United) peut anticiper et possède de la force. Mais il faudra qu’il retrouve le niveau de son succès sur le Tro Bro Leon en 2025.

On surveillera d’autres profils comme Joshua Tarling (INEOS Grenadiers), Matthew Brennan (Visma-Lease a bike) ou encore l’éternel Davide Ballerini (XDS Astana Team), ainsi que bien d’autres coureurs désireux d’avoir leur mot à dire ce dimanche.

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