Pourquoi les Vosges sont-elles encore sous-exploitées sur le Tour de France ?
TOUR DE FRANCE 2026 – Le Tour de France entre ce vendredi dans le massif des Vosges. L’occasion de se demander si celui-ci n’est pas encore sous-exploité par ASO.
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Après deux étapes dédiées aux sprinteurs, sans doute les dernières de ce Tour de France 2026, la Grande Boucle reprend de l’altitude ce vendredi. Elle entre dans le massif des Vosges pour deux journées bien différentes. La première, conclue à Belfort, devrait offrir une belle occasion aux baroudeurs. Le Ballon d’Alsace (8,9 km à 6,9 %), dont le sommet est situé à 30 kilomètres de l’arrivée, en sera le principal juge de paix.
Une étape beaucoup plus difficile attendra ensuite les coureurs samedi, en direction du Markstein. Quatre ascensions seront au programme, dont trois classées en première catégorie. Parmi elles figure l’inédit col du Haag (11,2 km à 7,3 %), dont la pente moyenne ne reflète pas totalement la difficulté. Cette journée devrait concerner directement les protagonistes du classement général. À l’aube de ces deux étapes, une question se pose : les Vosges pourraient-elles être encore mieux exploitées par ASO et le Tour de France ?
Depuis plus de dix ans, une réelle volonté de durcir les étapes dans les Vosges
Lorsque l’on se replonge dans l’histoire récente du Tour de France, on constate que les Vosges ont pris une place beaucoup plus importante dans la lutte pour le classement général. Ce changement peut être daté de 2012 et de l’introduction de La Planche des Belles Filles. Ce jour-là, la Sky avait essoré le peloton et seuls cinq coureurs s’étaient disputé la victoire au sommet. Chris Froome y avait décroché son premier succès sur la Grande Boucle, tandis que Bradley Wiggins s’était emparé du maillot jaune pour ne plus le lâcher.
La Planche des Belles Filles a ensuite régulièrement fait son apparition sur le parcours du Tour de France, jusqu’à son dernier passage en 2022. Impossible, surtout, d’oublier le contre-la-montre de 2020, au cours duquel Tadej Pogačar avait renversé Primož Roglič pour remporter le premier de ses quatre Tours de France — et peut-être bientôt cinq.

Cette montée s’est parfois inscrite au cœur d’une étape très exigeante, comme en 2014 et en 2019, avec notamment le difficile col des Chevrères (3,5 km à 9,5 % de moyenne). Mieux encore, en 2023, les Vosges avaient été le théâtre de la dernière explication entre les favoris. Le public retiendra le virage Thibaut Pinot dans le Petit Ballon. L’histoire retiendra qu’un Tadej Pogačar battu et déçu avait pris une petite revanche en décrochant son deuxième succès sur cette édition, soit toujours son plus faible total en sept participations.
On est désormais bien loin des Vosges uniquement utilisées comme terrain de chasse pour les baroudeurs. Avant 2012, seule la 8e étape du Tour de France 2005, entre Pforzheim et Gérardmer, avait réellement donné lieu à une bataille entre les favoris. Ce jour-là, Lance Armstrong et la Discovery Channel avaient été sérieusement secoués, sans doute comme jamais durant cette édition. Aucun écart significatif n’avait toutefois été creusé, à l’exception du bon de sortie accordé à Andreas Klöden. Le reste du temps, le massif avait surtout consacré des échappés.
Des cols oubliés et de nombreuses possibilités pour tracer des étapes difficiles
Le col du Haag, le col des Chevrères ou encore La Planche des Belles Filles présentent un point commun : des pourcentages particulièrement sévères. Une caractéristique qui plaît forcément à ASO, toujours friande de nouvelles ascensions capables d’offrir des rampes spectaculaires. Or, ces trois difficultés sont loin d’être des cas isolés dans le massif des Vosges.
Avec ses 11 kilomètres, le col du Haag constitue presque un ovni par sa longueur dans les Vosges. Cela ne représente toutefois aucun obstacle pour tracer une belle étape. L’histoire récente du Tour de France et des grands tours montre qu’un enchaînement d’ascensions longues de trois à six kilomètres peut produire de superbes scénarios et créer de véritables écarts. Sans longues portions de plaine, les coureurs doivent répéter des efforts de 10 à 20 minutes avec très peu de temps pour récupérer. La violence de ces ascensions, combinée à leur répétition, peut provoquer de vraies surprises. Plus encore dans le cyclisme débridé de 2026, où les meilleurs n’hésitent plus à attaquer de très loin.
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Le site Climbfinder répertorie de nombreuses ascensions. En se penchant sur les cols vosgiens, on découvre quelques pépites. Le Haut du Tôt pourrait, par exemple, accueillir une belle arrivée au sommet. Cette montée de 5,6 km à 7,6 % de moyenne présente un pied particulièrement exigeant. La route est goudronnée et, si le bitume n’est pas comparable à celui du col du Tourmalet, il paraît suffisamment praticable pour accueillir le Tour de France.
Malgré une route étroite, à l’image du col de Péguère, le col du Haut de Fouchure (3,6 km à 8,9 %, avec un passage maximal à 13 %) pourrait également constituer un candidat crédible. Tout comme la côte d’Ober Solberg, un véritable chantier de 3,3 km à 8,9 %, avec une rampe proche des 20 %. Cette montée conduit presque directement au Petit Ballon et pourrait servir d’alternative, comme ASO aime en proposer avec la montée de Bisanne ou le col des Prés dans les Alpes. Trois exemples seulement, alors que les possibilités sont nombreuses.
ASO confrontée à la réalité économique et logistique du Tour de France
Une fois cela posé, il ne faut pas oublier que le Tour de France est soumis à de nombreuses contraintes. Il est facile de tracer une étape idéale derrière son ordinateur. L’accueillir est une autre affaire. Recevoir le Tour de France coûte cher. En 2025, le tarif annoncé atteignait 130 000 euros pour une arrivée et 80 000 euros pour un départ, sans compter les autres frais d’organisation. En 2023, nos confrères de Sud Ouest estimaient ainsi le coût total de l’accueil de la course à Bordeaux entre 730 000 et 1 220 000 euros.
Cette réalité peut clairement refroidir certains maires. D’autant que le massif des Vosges, hors Haut-Rhin et ses 770 738 habitants, s’étend en grande partie sur des territoires ruraux et peu densément peuplés. Les Vosges comptent 357 248 habitants, la Haute-Saône 234 300 et le Territoire de Belfort 140 255.
À l’échelle nationale, il s’agit de départements relativement peu peuplés. Le col du Haut de Fouchure se situe ainsi à Basse-sur-le-Rupt, commune de 843 habitants, tandis que le Haut du Tôt se trouve sur le territoire de Sapois, qui en compte 625. Deux communes confrontées à une démographie déclinante.
Une population limitée implique souvent une puissance économique plus faible. Or, il faut avoir les reins suffisamment solides pour assumer le coût financier et logistique d’un passage du Tour de France. Cela peut expliquer pourquoi certaines communes se montrent prudentes ou réticentes.
Un massif au fort potentiel touristique
Pourtant, l’accueil de la Grande Boucle peut aussi générer d’importantes retombées économiques. Nous l’expliquions dans notre article consacré à la Dordogne : le tourisme peut constituer un puissant moteur économique, et le Tour de France un formidable accélérateur de visibilité.
Avec ses reliefs et à l’heure où de plus en plus de Français pratiquent la randonnée — 27 millions de personnes selon les chiffres de la Fédération française de la randonnée pédestre —, les Vosges offrent un terrain de jeu particulièrement attractif. Le massif permet de profiter d’un décor montagneux tout en évitant la haute altitude, qui peut constituer un frein pour certains en raison de la raréfaction de l’oxygène. Cela n’empêche pas les crêtes vosgiennes d’offrir des panoramas à couper le souffle.
Les Vosges, un terrain encore loin d’avoir livré tout son potentiel
ASO a incontestablement renforcé la place des Vosges dans le Tour de France depuis l’apparition de La Planche des Belles Filles. Le massif propose désormais des étapes susceptibles de peser sur le classement général et non plus seulement de récompenser les baroudeurs. Mais entre les cols encore méconnus, les enchaînements courts et violents possibles et le potentiel touristique du territoire, il semble rester une importante marge de progression.
Les contraintes économiques, logistiques et routières empêchent évidemment d’exploiter chaque ascension. Les Vosges disposent néanmoins de suffisamment d’options pour devenir plus régulièrement l’un des grands terrains de jeu de la Grande Boucle. Reste à savoir si les collectivités locales et ASO auront la volonté — et les moyens — d’aller encore plus loin.


