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Handball

Rémi Faugères (Toulon Var Métropole Handball) : « Aller chercher une place intéressante en championnat »

Etienne Goursaud

Publié le

Rémi Faugères (Toulon Var Métropole Handball) Aller chercher une place intéressante en championnat
Photo Icon Sport

LIGUE BUTAGAZ ÉNERGIE – Entretien avec Rémi Faugères, l’entraîneur de Toulon Métropole Var Handball, qui réalise un bon début de saison. Après six matchs, les Toulonnaises occupent la 5ᵉ place du championnat avec 13 points (trois victoires, un nul, deux défaites).

Le jeune entraîneur de 32 ans a repris l’équipe en fin de saison dernière, alors qu’elle occupait la dernière place du championnat. Il a réussi à maintenir le club au terme d’une fin de saison en boulet de canon. On revient avec le technicien sur la fin de saison passée et la continuité de ce beau début de saison 2025-2026.

Rémi Faugères : « On devait avoir un discours positif, pour qu’il nous arrive des choses positives »

La fin de saison 2024-2025 doit conditionner beaucoup de choses. Toulon était aux portes de la relégation et s’est finalement maintenu au terme d’une fin de saison de folie.

Rémi Faugères : Au mois d’avril, on devait être à deux victoires et un match nul au moment où je récupère l’équipe. Avec trois victoires de retard (NDLR : six points) sur le premier non-relégable, hormis Mérignac, dont on savait qu’il allait prendre des points au vu de sa dynamique. Sur les sept derniers matchs, on enchaîne cinq victoires, notamment une contre Besançon, qui a vraiment donné de la confiance au groupe. On finit très bien, avec des succès contre Nice, Plan-de-Cuques et Sambre-Avesnois lors de la dernière journée. Et si beaucoup de scénarios nous étaient favorables avant ce dernier match, on avait la volonté de gagner, pour mériter notre maintien jusqu’au bout.

Qu’est-ce qui a changé dans ton équipe ?

Peut-être le discours. Il fallait réussir à se faire confiance sur des choses très simples. On est revenu à des bases, sur lesquelles on ne pouvait pas négocier : l’engagement, l’entraînement, les principes de jeu. On devait aussi avoir un discours positif, si on voulait qu’il nous arrive des choses positives. Il fallait sourire à notre quotidien et apporter des choses basiques, mais avec de l’envie et de l’engagement. Chose que l’on a réussi à faire.

Rémi Faugères : « Intégrer les nouvelles au projet de jeu tout en tirant bénéfice de leur expérience et de leur culture »

Tu penses que l’équipe est dans la dynamique de la saison passée ?

C’est toujours difficile à dire. Il faut savoir que, quand je récupère l’équipe, on est seuls. Plus personne ne nous parle trop. Isolés dans notre environnement. Quand cela se remet à gagner, les gens reviennent un peu. Il y avait ce discours de dire que c’était un effet rebond et qu’on verrait la saison prochaine. Il y avait la volonté de garder la dynamique, du moins dans le discours et la façon de s’entraîner, car nous avons trouvé des choses qui fonctionnaient au quotidien, avec des filles qui sont restées.

Tout en intégrant les nouvelles dans notre quotidien, en tirant bénéfice de leur expérience et de leur culture. Des joueuses suédoises et danoises sont arrivées, mais aussi des Françaises. Peut-être que cette fin de saison nous aide. En tout cas, cela nous donne de la confiance dans le discours. Les joueuses adhèrent forcément mieux quand l’équipe gagne. Il fallait convaincre les nouvelles et qu’elles apportent à cette équipe.





Tu évoques les Scandinaves, Mari Bergum est très performante depuis le début de saison et en particulier sur les trois derniers matchs.

C’est une joueuse leader de ce collectif, devenue capitaine car, dans son comportement et ses performances, elle est exemplaire. C’est une joueuse avec un gros caractère et un égo important, mais qui, dans la défaite, avait parfois du mal à gérer sa frustration. À partir du moment où on a réussi à créer une autre dynamique et une relation de confiance avec elle, elle est devenue une leader incontestée, un élément clé de notre performance. On sait qu’on peut s’appuyer sur elle. Mais il n’y a pas qu’elle. Quand elle redescend en performance, on est capables de s’appuyer sur d’autres joueuses. C’est ce qui fait la différence. On a dix à douze joueuses capables de marquer plus de cinq buts sur un match. Forcément, cela impacte le résultat.

Rémi Faugères : « Tenter de s’inscrire dans ce milieu de classement »

Toulon est à trois victoires consécutives, dont deux à l’extérieur chez des concurrents pour le maintien. Des victoires, on imagine, importantes comptablement mais aussi psychologiquement.

Le premier calendrier sorti nous était plus favorable que le second, qui a finalement été effectif. On a déjà joué huit matchs, en comptant les deux de Coupe de France, et on s’est déjà déplacé à six reprises. On se dit qu’on a beaucoup voyagé et que cela va tourner. Mais on devait être en situation de prendre des points à l’extérieur en ce début de saison. On savait que cela allait être compliqué. Mais on fait un très bon résultat à Paris, avec la manière et un écart conséquent (27-18, NDLR). Et gagner à Sambre, ce n’est jamais facile (32-24, NDLR). L’an passé, c’était le choc du match de maintien, qui aurait pu être compliqué pour elles.

Là, on a fait un vrai match accompli, qui nous permet de prendre un résultat important. À la maison, on fait un match nul contre Saint-Amand où l’on peut avoir quelques regrets. On était largement menées à 20 minutes de la fin, avant de revenir dans la partie. Et la victoire contre Besançon reste un très gros résultat (34-32, NDLR). Je suis très content de ce qu’on a fait contre eux. C’est ce qui nous permet d’être classés là. Le match contre Strasbourg peut nous permettre de garder cette dynamique et de s’inscrire dans ce milieu de tableau. Le haut de tableau sera peut-être compliqué à accrocher, mais le milieu de tableau est un objectif, pour obtenir un maintien plus confortable.

Rémi Faugères : « Le maintien se jouera aux alentours de sept victoires »

D’autant qu’avec la réduction de 14 à 12 équipes en Ligue Butagaz Énergie, le maintien sera plus ardu à obtenir.

L’an passé, on a fini hors des trois dernières places qui, cette année, sont dangereuses, avec six victoires et un nul. Là, on est déjà à trois victoires et un nul. On sait ce qu’il faudra aller chercher pour se sortir de ces places-là. Cela va se jouer aux alentours de sept victoires, pour espérer quelque chose. Il faut qu’on continue comme cela, car on est dans une bonne dynamique. Si on prend le match contre le SATH, on serait déjà à quatre victoires. Ce qui pourrait nous permettre d’avoir des ambitions et d’aller chercher une place plus intéressante. On ne parle pas de places européennes, loin de là. On vise un maintien plus tôt, qui nous permettrait de recruter plus tôt et de continuer à pérenniser le projet.

Rémi Faugères : « Composer avec des joueuses du centre de formation et des joueuses d’expérience »

Toulon est un club habitué à jouer le maintien. Comment se prépare-t-on, année après année, à toujours se battre pour éviter le couperet ?

On est sur deux axes de développement. On a une réserve en Nationale 2, qui est la zone d’expérience pour nos joueuses du centre de formation. On a la volonté de remonter en Nationale 1, car on sait que, dans le projet de centre de formation, c’est important d’avoir une équipe à ce niveau, pour expérimenter des joueuses sur un niveau plus intéressant. Et s’appuyer ensuite sur des joueuses qui ont une connaissance d’un niveau intermédiaire pertinent. Il faut avoir une réserve un peu plus haute et faire un bon recrutement au centre de formation. Cela fait partie du jeu. Mine de rien, le collectif de toutes les équipes de haut de tableau s’appuie sur une ou deux joueuses issues du centre, qui ont un coût financier plus bas.

L’objectif, c’est de s’appuyer sur des joueuses en développement qui peuvent progresser dans le collectif. Le recrutement de joueuses confirmées est toujours plus compliqué quand on est un club de bas de tableau. Il faut essayer de sentir les bons coups. Mais on arrive quand même à s’appuyer sur des joueuses d’expérience, comme Thea Stankiewicz, une joueuse qui évoluait en Ligue des Champions il y a deux ans avec Sävehof. Elle commence à trouver ses marques dans un championnat qu’elle découvre. Elle a marqué trois, quatre puis cinq buts sur les trois derniers matchs et monte en puissance. Beatriz Sousa, arrivée de D2 (NDLR : Clermont, 2024), commence aussi à stabiliser son niveau.

Rémi Faugères : « Il y a toujours une recherche de légitimité quand tu débutes sur un banc »

Tu es dans un territoire avec pas mal de concurrence, avec Nice et Plan-de-Cuques.

Oui et non. On est proches géographiquement. Il y a le pôle espoirs, sur lequel on regarde un peu toutes les mêmes joueuses, ce qui est normal avec des profils vite identifiés. Sur le territoire, on ne se bataille pas tant que cela. Le réseau de partenaires n’est pas du tout le même. Dans le handball masculin, on voit bien les clubs parisiens, nombreux, ou encore Besançon et Dijon qui ne sont pas si loin, Strasbourg et Metz non plus. On n’est pas seuls dans ce cas. »

On ne se bataille pas sur les mêmes choses et ce sont des projets un peu différents. Plan-de-Cuques et Nice ont réussi à se stabiliser et sont assez hauts dans ce championnat. Nous, on a l’histoire avec nous et on veut de nouveau exister dans ce milieu de tableau, pour bousculer un peu ce championnat. Pour l’heure, on ne s’en sort pas trop mal. Mais on sait aussi que les saisons sont longues. On l’a vu avec Sambre-Avesnois, qui avait fait beaucoup de victoires en début de saison avant de connaître des difficultés ensuite.

C’est ta première expérience sur un banc de D1. Qu’as-tu ressenti quand tu as pris le lead de l’équipe, la saison passée ?

Il y a toujours cette recherche de légitimité. Est-ce que je suis prêt ? Est-ce que je peux apporter à ce collectif-là ? Il y a beaucoup de pudeur et cette volonté de travailler ensemble avec les joueuses. Des joueuses qui m’apportent une expérience supplémentaire, et de mon côté, leur apporter ma fraîcheur et ma façon de travailler. Quand l’équipe gagne, on monte en confiance, on se dit qu’on apporte quelque chose à l’équipe. J’essaie de me développer sur de nombreux sujets au quotidien et de me remettre en question dans ma façon de gérer certaines situations. Peut-être que j’ai commis une petite erreur de jeunesse dans mon management, en me précipitant dans une décision ou dans un conflit interne lié à mon positionnement.

Rien n’est acquis. Ce n’est pas parce qu’on a fait une bonne fin de saison et un bon début de championnat qu’il faut avoir trop de certitudes. Il faut rester ouvert à ce qu’il se passe et essayer de prendre un peu de hauteur. Il y a des choses sur lesquelles on peut évoluer, et d’autres sur lesquelles cela ne se négocie pas. Voilà ma vision.

Rémi Faugères : « Challenger les joueuses sur leur capacité à se développer »

Tu as coaché des filles et des garçons. Est-ce qu’il y a des différences dans l’approche ?

Il y a des différences sur certains sujets, notamment dans la capacité à créer de la confiance et du lien avec la joueuse. Les joueuses ont besoin de sentir de la confiance. Mais il faut aussi les challenger sur leur capacité à se développer et à devenir meilleures. Dans le handball masculin, on est peut-être plus sur la gestion de l’égo et le défi avec l’adversaire. Ce sont de petites différences. Après, dans le jeu, oui, les garçons tirent peut-être d’un peu plus loin. Mais la compréhension tactique, la lecture du jeu et la fluidité sont équivalentes. Les filles ont une vraie volonté de travail sur le plan tactique, pour comprendre plein de petites choses, et c’est très intéressant.

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