Rétro Cyclisme : la saison 2020 en 4 dates clés
Le 15 août 2020 : Evenepoel, espoir presque brisé
Il y a plusieurs écoles de pensée. D’abord celle qui considère que la vie est une volonté divine, une création d’un Supérieur vers lequel il faut tendre. Ensuite, celle qui veut croire que la vie est un processus fait d’une combinaison de facteurs et d’interactions organisés qu’il conviendrait d’appeler « La Vie ». Enfin celle qui prétend que la vie n’est dû qu’à un hasard, à un agencement particulier qui se répète aléatoirement et qui donne indistinctement forme à la sauge, au plancton ou au tapir.
On ne sait pas ce que pense Remco Evenepoel de cette question. Il y a tout de même fort à parier que ce 15 août lors du Tour de Lombardie, Remco a béni le hasard qui l’avait fait tomber à cet endroit-là de la route. À 40 kilomètres de l’arrivée et alors qu’il fait figure d’épouvantail dans un groupe d’échappés, on retrouve son vélo sur le côté droit de la route. On ne voit pas Evenepoel et on devine le pire quand on voit le parapet, le pont en pierre et le vide. Deux ans auparavant, on avait souri de soulagement après que Philippe Gilbert était remonté en selle et de son parapet resté célèbre. On se rappelle surtout qu’on avait pleuré Bjorg Lambrecht sur le Tour de Pologne comme Remco l’avait pleuré quelques jours plus tard lors du championnat d’Europe du chrono en 2019.

On a perdu Remco Evenepoel et la réalisation italienne, fidèle à elle-même, ne nous aide pas. Il faut plusieurs minutes – une seconde est une heure – pour que la radio de la course nous dise qu’on l’a retrouvé. État indéterminé. Il est plusieurs mètres plus bas donc, les centimètres sont des années-lumières. Des éternités plus tard, on a de bonnes nouvelles venant d’années-lumière plus loin : Evenepoel va bien. Des contusions bien sûr, des fractures immanquablement, mais il n’est pas en danger de mort. Bientôt, les secours l’évacuent. Les réseaux sociaux se chargent des nouvelles définitivement rassurantes.
Cette chute, au-delà d’avoir changé la physionomie de la course et de la fin de saison, révèle plusieurs choses. D’abord que tout prodige et tout immense espoir que soit Remco Evenepoel, il lui reste beaucoup de choses à apprendre. Garder sa lucidité, mieux appréhender les trajectoires et en garder sous la pédale. Sans quoi la prochaine chute pourrait être plus dramatique. Ensuite que Remco Evenepoel est déjà bel et bien une figure majeure du cyclisme mondial. Avant l’accident, il faisait partie des outsiders capables de s’imposer sur le Giro. Enfin qu’il y a des images qui hantent et ressurgissent, félonnes, à la moindre occasion. De Casartelli à Lambrecht.

