Robert Louis-Dreyfus : vie et mort d’un aventurier (1/2)
L’Olympique de Marseille est toujours sous les feux des projecteurs que l’offre de rachat portée par Mourad Boudjellal a braqué sur lui. Avant que le club ne soit possession de Frank McCourt, l’OM a été la chasse gardée de Robert Louis-Dreyfus. Mais le connait-on vraiment ? Première partie, les années d’avant l’OM.
Robert Louis-Dreyfus a été Président de Saint-Etienne
Dans un monde parallèle, Robert Louis-Dreyfus a été Président de Saint-Etienne. C’était au début des années 1990. RLD fait une entrée tonitruante dans le monde du sport en rachetant Adidas. Le groupe franco-allemand souffre le martyr des embarras judiciairos-financiers de Bernard Tapie. Quand il est contraint de lâcher la main, il n’a pas réussi à empêcher l’irrésistible ascension de Nike et Reebok qui dominent le secteur du sportswear. Robert Louis-Dreyfus récupère une entreprise malade mais compte se refaire la cerise en maintenant son leadership dans l’équipement professionnel.
Le Franco-Suisse pense donc d’abord à Saint-Etienne. Le club est iconique et, même s’il n’est sportivement plus que l’ombre du grand club français et européen dans années 1960-1970, il conserve une aura magistrale dans l’Hexagone. Il est conseillé par un enfant du pays qui bénéficie d’un crédit quasi sans fin, Alain Prost. Finalement, l’affaire ne se fait pas. La famille Guichard avait en tête une reprise plus ancrée localement et aux racines foot plus solides. RLD devra se trouver un plan B.
Clown et poker
Les plans B, ça ne fait pas peur à Robert Louis-Dreyfus. Héritier naturel de l’Empire Louis-Dreyfus, Robert n’a cessé de s’en éloigner. Inscrit au prestigieux cours Hattemer comme Jean-Paul Sartre, Jacques Chirac ou Françoise Sagan avant lui, il ne trouvera pas assez d’astuces à son goût pour s’en faire renvoyer. On tente d’abord de l’envoyer à la campagne. Du moins, ce que les Parisiens considèrent être leur campagne, Saint-Germain-en-Laye.
Hélas pour le jeune RLD, il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’un aiguille qu’à un étranger, fusse-t-il Parisien, de s’intégrer à Saint-Germain-en-Laye. Pour tromper l’ennemi, Robert devient le clown de service et finalement regagne les pénates parisiennes et intègre Janson-de-Sailly. Loin d’y faire de nouveau le clown, il y est très assidu. Du moins aux parties de poker parallèles et, au désespoir de ses parents, beaucoup moins aux cours académiques. Il rate son bac deux fois. Loin de paniquer, Robert Louis-Dreyfus fait ce qu’il sait faire le mieux : jouer aux cartes. La nuit, il s’enflamme (mais pas trop) dans des parties de poker qui lui assurent une rente mensuelle de près de 6000€ par mois. Il y tisse un réseau, entre Paris et Londres, et une fortune personnelle qui gagent son indépendance.

Robert Louis-Dreyfus, avant qu’il devienne une académie – Twitter Peuple Olympien
Passe ton bac d’abord
L’indépendance, ce n’est pas rien pour Robert Louis-Dreyfus. S’il n’avait pas tant tenu, il aurait dès le début de sa carrière professionnelle occupé de douillets postes au sein de la firme familiale. Elle aurait, du reste, pu se le permettre. Fondée au milieu du XIXe siècle par un négociant en grains juif alsacien, l’entreprise grandit tant et si bien qu’à la mort de son fondateur en 1915, elle est la première entreprise mondiale de négoce de céréales. Elle possède, en plus d’une banque, des bureaux un peu partout en Europe, en Amérique, en Afrique et en Asie. L’Empire français de l’époque y aidait bien.
Lorsque Robert est en âge de prendre des responsabilités au sein du groupe, il décline et préfère amasser des sommes considérables aux cartes. Il attendra 2004 pour y revenir, et tant qu’à y être, en prend la tête et dans les années qui suivent prend possession de 70% de son capital.
Il faut dire qu’entre temps, Robert Louis-Dreyfus a gagné en légitimité, si on tient absolument à user d’un euphémisme. Toujours sans bachot, il est diplômé d’Harvard. A 27 ans, il redresse une huilerie brésilienne. A 34 ans, il prend la direction d’IMS Health et y investit ses gains de poker pour détenir 5% de l’entreprise. Sous sa direction, l’entreprise décuple son chiffre d’affaires et multiplie par plus de 20 sa capitalisation boursière. Au taquet de sa cotation, RLD sent que ça vient et IMS Health change de main. Robert Louis-Dreyfus a 44 ans, une centaine de millions en banque.
Aux bons souvenirs de Tony Cascarino
Mais c’est avec Adidas qu’il va se faire un nom auprès du grand public. Après avoir sauvé une agence de pub londonienne de la faillite, il s’accorde un an de pause et profite de la vente d’Adidas pour franchir un nouveau pallier. En rachetant une marque aussi connue, Louis-Dreyfus se sait attendu. Et il l’est d’autant plus que son prédécesseur n’est pas n’importe qui. Ex-ministre et ex-Président de l’Olympique de Marseille, Bernard Tapie pèse dans le game. Et si ses embarras politico-sportivo-financiers l’obligent à céder Adidas et bientôt l’OM, le fort en gueule du business conserve une aura médiatique que ses successeurs, quels qu’ils soient, devront assumer.
Avec Robert Louis-Dreyfus, on change certes de style. Et si Tapie a sauvé l’entreprise de la faillite et changé son traditionnel trèfle pour trois nouvelles bandes, RLD accélère le processus. Il vise la tête. En ressortant les classiques du genre, en continuant de délocaliser et de réduire les effectifs et en misant sur des sportifs pour promouvoir la marque, Adidas dépasse Reebok qu’elle finira par racheter. Bientôt, elle fait vaciller le trône de Nike.
C’est dans ce mouvement que Robert Louis-Dreyfus tente, infructueusement donc, de racheter l’ASSE, on y revient. Et c’est dans ce même mouvement qu’il répond à l’appel de la Mairie de Marseille et rachète l’OM. Pour sauver l’Olympique de Marseille, le franc-tireur Robert Vigouroux, alors Maire, décide de constituer une entreprise mêlant fonds publics et privés pour gérer les affaires de l’OM. L’équipe fonctionne bon an mal an, Tony Cascarino enfile les pions. Au terme de la saison 1995-1996, l’Olympique de Marseille peut remonter en D1. Il devient dès lors urgent pour le tandem Gaudin-Muselier de vendre le club pour le doter de moyens financiers suffisants. Ceux-ci devront lui permettre de retrouver son rang.

Tony Cascarino, l’Homme. – Offside


