Roland-Garros 2023 : Faut-il passer les matchs féminins en trois sets gagnants ?
ROLAND-GARROS 2023 – La première night session féminine a opposé Aryna Sabalenka à Sloana Stephens ce dimanche. L’occasion de lancer le débat sur le format en trois sets gagnants pour les matchs féminins en Grand Chelem. On pèse le pour et le contre.
Les matchs en trois sets gagnants offrent plus de rebondissements
Rien que sur ce Roland-Garros, bon nombre de matchs masculins ont offert des scénarios dantesques. Des joueurs qui menaient deux sets à rien et qui se sont fait renverser. Ce fut malheureusement le cas pour Constant Lestienne, lors de son premier tour, face à Karen Khachanov. Mais aussi d’Andrey Rublev, battu par Lorenzo Sonego. Le Russe avait pourtant infligé un 6-0 à l’Italien dans la deuxième manche. Deux matchs qui auraient rapidement été pliés dans un format classique en deux sets gagnants, comme c’est le cas partout, sauf en Grand Chelem. On peut penser également à ce match invraisemblable entre Gaël Monfils et Sebastian Baez, où le Français a remonté quatre jeux de retard dans la dernière manche, pour finalement s’imposer.
Les matchs en cinq sets ont globalement forgé la légende des Grands Chelems. On se souvient d’un Nadal-Federer en finale de l’Open d’Australie en 2017, d’un Federer-Djokovic en finale de Wimbledon 2019. Ce format chez les femmes permettrait ainsi d’offrir plus de scénarios de folie. Des joueuses menées 2 sets à 0 qui pourraient revenir dans la partie pour renverser des matchs dans des scénarios épiques. Cela permettrait aussi plus de night session, avec des femmes au programme. L’argument des matchs trop courts serait alors totalement caduque.
Les femmes en sont capables
À partir du moment où les femmes peuvent boucler un marathon, participer à des ultra trails ou à des 100 km, en passant par d’autres disciplines extrêmes, il n’y a aucune raison qu’elles soient incapables de disputer un match au meilleur des cinq manches. D’autant plus, qu’avec la règle du super tie-break, il est désormais impossible d’avoir un scénario à la Nicolas Mahut – John Isner et leurs 11 heures de match, lors du premier tour de Wimbledon 2010. On est dorénavant dans une ère du sport de très haut niveau, où chaque détail est pensé, que ce soit dans la préparation ou l’entraînement. Il y a longtemps que les femmes s’entraînent aussi dur que les hommes dans le sport de haut niveau (et pas que).
D’autant que des études tendent à montrer que sur des efforts très longs, les femmes peuvent même avoir des avantages. Cela s’est observé notamment sur la course à pied. « En 2012, nous avons comparé des hommes et des femmes de même niveau sportif relatif, c’est-à-dire arrivés à la même place côté classement masculin et côté classement féminin. Les hommes présentent effectivement plus de fatigue musculaire à l’issue de longues courses », confie le scientifique et chercheur Guillaume Millet pour la revue National Geographic. Le tennis est un sport très technique, mais est aussi un sport réputé pour son endurance, où il faut tenir la cadence d’un match pendant un set, deux sets… et donc parfois cinq sets.
Est-ce que les réactions au sujet de la night session de demain seraient aussi démesurées si les matchs féminins se jouaient en 3 sets gagnants ou c’est juste une énième occasion de vomir sur le tennis féminin ?
— Charlotte 🎾 (@MadameTennis) June 3, 2023
Le problème de la programmation
C’est sans doute le plus gros bémol de cette idée. En effet, les Grands Chelems tiennent sur deux semaines. Deux semaines pour faire loger un programme plus que serré, particulièrement lors des deux premiers tours, avec énormément de matchs en même temps, sur différents courts. Du Philippe-Chatrier, en passant par le mythique n°14. Cette année, les organisateurs ont été vernis au niveau de la météo. Pas une goutte de pluie, juste une inondation de soleil et de chaleur. Aucun match arrêté, aucun casse-tête pour recaser des matchs le lendemain.
Car c’est bien cela qu’il faut gérer. La programmation. Et quand la pluie s’en mêle, il n’est pas rare de voir un premier tour se finir en même temps que le deuxième tour. Et des joueurs/joueuses contraints d’enchaîner deux matchs en deux jours. Si on rallonge les matchs féminins, cela risque de devenir impossible sur le plan logistique et organisationnel, avec des matchs qui peuvent durer parfois plus de deux fois plus longtemps. Cela obligerait sans doute les Grands Chelems à s’étendre sur plus de deux semaines. Mais, là aussi, ce ne serait pas très juste pour les tournois avant (ou après) les Grands Chelems. Et, plus globalement, cela obligerait à revoir tout le calendrier.


