Sandrine Agricole, une Bleue au poste com’ !
Rencontre avec l’ancienne demi d’ouverture de l’équipe de France Féminines, Sandrine Agricole, qui a raccroché les crampons après le Mondial 2014 en France. Devenue consultante pour France Télévisions lors des matches des Bleues, elle va vivre sa première au commentaire ce mercredi soir lors de France – Japon (20h45).
Il y a trois ans, tu vivais tes derniers matches avec les Bleues à Paris pour le Mondial 2014, quel souvenir gardes-tu de cette compétition ?
Un souvenir très fort au niveau du jeu et des émotions même si cela a été la fin d’une belle aventure, d’un petit bout de vie durant lequel j’ai passé mon temps sur les terrains… Pour moi, cette Coupe du monde a surtout été un tremplin fantastique pour le rugby féminin. En France, on a eu un bel élan que ce soit au niveau des clubs ou de la Fédération Française de Rugby pour développer cette filière féminine. On se rend compte que depuis ce Mondial diffusé sur France Télévisions (et Eurosport ndlr), on en parle beaucoup plus et l’équipe de France bénéficie de moyens jamais connus auparavant.
Depuis l’arrêt de ta carrière, quel a été ton parcours ?
Après le Mondial, diplôme de Kiné en poche, j’ai poussé la porte d’un cabinet libéral à Rennes pour vivre une nouvelle vie avec, en parallèle, l’entraînement des trois-quarts du Stade Rennais Rugby (club de Top 8 Féminin ndlr). En novembre 2014, j’étais en soin avec un client lorsque j’ai reçu un appel de Jean Abeilhou qui m’a dit : « Sandrine, je sais que tu as fini ta carrière mais est-ce que cela te dit de devenir consultante pour France Télévisions ? ». Je n’ai pas pu dire non car c’était un moyen pour moi de rester auprès des joueuses, au cœur du terrain et de continuer à transmettre ces émotions et valeurs que le rugby véhicule. J’ai donc la chance d’être consultante en bord terrain pour France TV depuis trois ans lors des matches de l’équipe de France mais aussi certains de Top 8.
Pour le Mondial 2017, tu vas commenter les matches de l’équipe de France avec Matthieu Lartot sur France 4, comment appréhendes-tu cette nouvelle mission ?
Cela n’était pas prévu. À la base, je ne pensais même pas faire la Coupe du monde. Finalement, Cédric Beaudou (rédacteur en chef du service rugby de France TV ndlr) m’a appelé aux alentours du mois d’avril et m’a indiqué que je serai au commentaire avec Matthieu Lartot. Cela a d’abord été compliqué pour moi parce que j’ai pensé à tous ceux qui étaient là avant, Estelle Sartini qui faisait très bien son travail, Jean Abeilhou qui porte le rugby féminin à France Télévisions depuis que je joue… Mais malgré cette déception pour mes collègues, j’étais contente de pouvoir évoluer à un statut différent, un peu plus basé sur l’analyse et qui me permet de rester au contact du projet et des choix de jeu. C’est quelque chose que j’appréhende mieux.
C’est une autre manière de vivre ta passion ?
C’est surtout un moyen de rendre plus accessible, plus simple, plus clair le rugby féminin. Déjà parce que j’ai joué, notamment avec quelques filles qui seront encore sur le terrain, donc ce sera plus « limpide ». Je me dis aussi que le rugby féminin va encore évoluer avec cette Coupe du monde et que l’on va arriver à des niveaux et intensités de jeu que l’on n’a jamais connu. C’est pour cela que j’ai hâte de vivre ce Mondial ! Mais j’ai aussi peur parce que c’est la première fois que je vais commenter aux côtés d’un grand nom du commentaire sportif. On va dire que c’est de la bonne pression.
« Confirmer que la Coupe du monde 2014 n’était pas un leurre juste parce que c’était en France ! »
Selon toi, c’est l’heure de la confirmation pour les Bleues ?
Oui, c’est l’heure de la confirmation. C’est d’ailleurs l’un des termes que les Bleues ont employé durant leur préparation. C’est aussi croire en son destin, les filles qui sont là ne le sont pas par hasard. Le nouveau staff « ne rigole pas » et met un maximum d’intensité dans tout ce qu’il fait. J’ai pu assister à une remise de maillots et c’était vraiment fort ! Ils mettent vraiment les joueuses face à leurs responsabilités. C’est ce Mondial qui va installer l’équipe de France au plus haut-niveau et confirmer que 2014 n’était pas un leurre juste parce que c’était en France ! Le niveau a augmenté, la FFR a mis des moyens et les joueuses sont de plus en plus performantes. C’est aussi le moment de dire aux jeunes filles qui vont prendre une licence que c’est à vous maintenant les Nanas ! Nous on est encore là pour asseoir la notoriété de l’équipe de France mais le futur c’est vous qui allez le construire !
Tu sens une réelle volonté que le rugby féminin prenne son envol ?
Ah oui carrément ! Il y a un Pôle France Féminin qui va voir le jour en septembre prochain. On a une équipe de France à 7 avec de plus en plus de contrats fédéraux, une équipe U18 qui se met en place, une équipe U20 avec de très bons résultats, les indemnités des joueuses internationales ont même doublé voir triplé, c’est énorme. La FFR met vraiment beaucoup de choses en œuvre pour les Féminines.
Il manque juste un statut de la joueuse internationale qui permettrait d’évoluer au plus haut-niveau dans des conditions idéales…
C’est vrai, pour cela il s’agit aussi de structurer les clubs. Mine de rien, les Bleues n’appartiennent pas à l’équipe de France, mais aux clubs. Aujourd’hui, ils sont tous amateurs et je ne sais pas si cette notion de professionnalisme est si espérée et attendue de leur part. Le rugby féminin n’est pas encore prêt pour ça. Il s’agit donc d’accompagner les clubs pour permettre aux joueuses de garder ce double projet d’internationale mais aussi de salariée, de chef d’entreprise ou d’étudiante tout en leur permettant d’être plus compétitives. C’est quelque chose auquel il va falloir réfléchir plus tard, peut-être à l’issue de ce Mondial et il faudra voir aussi ce que va donner le futur championnat féminin en Angleterre avec 10 ou 12 équipes semi-professionnelles dès la saison prochaine…
On conclut avec un mot sur les Bleues et la poule très relevée qui les attend, comment les sens-tu à l’approche du début de ce Mondial ?
Elles sont bien physiquement, elles sont sur un projet de jeu beaucoup plus aéré et basé sur la continuité, la passe, l’offload (passe au contact ndlr)… Je pense qu’elles sont au summum de ce qu’elles peuvent faire. Mais il faut prendre en compte les autres nations qui seront toutes au rendez-vous. Les Japonaises ont également mis des moyens dans la préparation de ce Mondial. La talonneuse et capitaine, Seina Saito, racontait même dans une interview qu’elle avait pris dix kilos pour être au même niveau que les autres nations ! Mais je pense que l’équipe de France a un avantage avec en son sein des joueuses à un niveau énorme de performance comme Élodie Poublan, Safi N’Diaye, Gaëlle Mignot, Romane Ménager ou Marjorie Mayans entres autres. Avec ces leaders fortes, ce supplément d’âme, cette expérience supplémentaire, je pense que la France peut sortir première de sa poule même si cela va être difficile notamment face aux Irlandaises qui sont chez elles.



