Nous suivre
Athlétisme

Sasha Zhoya, c’est quoi la suite ?

Etienne Goursaud

Publié le

Sasha Zhoya, c'est quoi la suite
Photo Icon Sport

ATHLÉTISME – Blessé, Sasha Zhoya n’a pas pu pleinement défendre ses chances aux mondiaux de Tokyo. Une nouvelle déconvenue qui s’ajoute à une liste déjà longue d’échecs pour l’ex-prodige de l’athlétisme français. À 23 ans, l’avenir est encore devant lui, mais il ne faut plus traîner.

Un strap à la cuisse qui ne laissait rien présager de bon. À Tokyo, il n’y a pas eu de miracle pour Sasha Zhoya. Malgré des séries passées tant bien que mal, la douleur était plus forte que la volonté de l’athlète de 23 ans, qui a dû déclarer forfait pour la demi-finale du 110 m haies. Après son échec lors des Jeux Olympiques de Paris 2024, pour la deuxième fois consécutive, le recordman du monde juniors de la distance (12.72 sur les haies à 99 cm) s’incline avant même la finale.

Des blessures qui minent Sasha Zhoya depuis trois saisons

Sasha Zhoya, c’est l’itinéraire d’un prodige au parcours contrarié. Incroyable quasiment partout chez les cadets (recordman du monde U18 de la perche, extraordinaire sur les haies, mais aussi très bon sur 100 et 200 m plat), le jeune athlète ne semblait avoir aucune limite. La Fédération Française d’Athlétisme a mis beaucoup de moyens pour attirer le prodige et qu’il choisisse les couleurs de la France, alors que l’Australie pouvait aussi s’attacher ses services. Il faut dire qu’au fil des performances, il était devenu l’athlète le plus prometteur.

La confirmation arrive en junior, avec le coup de tonnerre à Nairobi, où il explose son propre record du monde juniors avec un chrono de 12.72 pour s’emparer du titre mondial U20. Depuis, les choses se compliquent, même si sa première année espoir est intéressante, avec une demi-finale aux mondiaux de Eugene et une finale aux Europe de Munich. Malgré son jeune âge, Sasha Zhoya est confronté aux blessures.

Six 110 m haies en 2025 contre 13 pour Just Kwaou-Mathey et 21 pour Cordell Tinch

Il n’a jamais pu faire une saison complète. Cette année, il ne s’est aligné que sur six 110 m haies, dont trois lors des France Élite de Talence, où il a été dominé par Just Kwaou-Mathey. En 2024, il avait dû attendre le 30 juin pour faire sa rentrée et n’a couru que treize 110 m haies, dont six après les Jeux. Une fin de saison prometteuse qui aurait pu augurer de meilleurs résultats pour cette année. En 2023, seulement onze 110 m haies.

Et que ce soit en 2023, 2024 ou 2025, le Français n’a pas pris part à la saison hivernale. À titre de comparaison, Just Kwaou-Mathey a participé à treize 110 m haies en 2025, ainsi qu’à onze 60 m haies en salle. Cordell Tinch, champion du monde de la discipline il y a quelques jours, a couru vingt-et-un 110 m haies et six 60 m haies en 2025.





Dans une discipline technique nécessitant des repères pour être régulier, pratiquer si peu est forcément handicapant. À cela s’ajoute l’éternelle course contre-la-montre pour revenir physiquement. Avec des pépins physiques à soigner, le repos induit un retard et un décalage dans la préparation. Le haut niveau se joue au détail. Ce sont ces petites choses qui font qu’à 23 ans, malgré son énorme potentiel, Sasha Zhoya n’a remporté aucune médaille internationale chez les grands.

Des blessures qui ne sont pas le fruit du hasard

Le problème, c’est que ses blessures ne peuvent pas être imputées uniquement à la malchance, mais aussi à une gestion de carrière et de son corps loin d’être optimale. Chose que regrettait à nos confrères de L’Équipe Ladji Doucouré, champion du monde du 110 m haies en 2005 et entraîneur de Sasha Zhoya : « Tu ne peux pas être tout le temps derrière l’athlète à lui répéter les mêmes choses, ne mets pas telles chaussures à tel moment, même si tu te sens bien, fais tel étirement », confiait le technicien.

Et ce n’est pas la première fois que le jeune Français est repris sur son hygiène de vie. Identifié comme bon vivant, il a du mal à se focaliser sur l’athlétisme : « Ce qui est difficile dans notre sport, c’est la routine. Répéter, répéter, répéter, répéter, pour que ça devienne automatique », évoque Ladji Doucouré.

La concurrence est forte en France, des plus jeunes émergent vite

Si Sasha Zhoya peine à confirmer au plus haut niveau international, il n’est pas à l’abri de voir la concurrence française se rapprocher. Plus vieux que lui de trois ans, mais vraiment installé au plus haut niveau depuis 2022, année où Zhoya est passé sur les haies à 1,06 m, Just Kwaou-Mathey lui a mis une petite claque en finale des championnats de France à Talence. Même si le premier cité a couru avec ses douleurs à l’ischio et au tendon d’Achille, il n’est pas dit qu’il aurait atteint les 12.99 de son aîné à 100 %. Une première alerte au niveau national pour celui qui restait sur trois titres consécutifs et qui avait connu les joies du sacre dès 2022, sa première année chez les grands.

Une première alerte qui survient alors que de jeunes athlètes émergent en 2025. En premier lieu, Théo Pedre, seulement espoir 1 (20 ans), qui a participé aux championnats d’Europe en salle cet hiver. Il a couru le 60 m haies en 7.60 et a déjà signé un bon 13.31 cet été. Oui, c’est moins probant que la première année de Sasha Zhoya en 2022, lorsqu’il avait couru 13.17, mais la différence n’est pas monumentale. Si Théo Pedre poursuit sa progression en 2026, il sera déjà un vrai concurrent pour Zhoya (et les autres hurdleurs français). Sans oublier Erwann Cinna, plus jeune d’un an que Sasha Zhoya, qui progresse régulièrement (13.47 en 2023, 13.37 en 2024 et 13.27 cette année).

Comme Sasha Zhoya, d’autres champions ont aussi mis du temps à confirmer

Cela dit, il ne faut pas exagérer et condamner un athlète de 23 ans. Enterrer Sasha Zhoya serait une erreur, surtout pour un talent de ce calibre. Dans la tempête d’une saison 2025 compliquée, il a porté son record à 13.06 à Miramar, lors du fameux Grand Slam Track. Même si ce chrono doit être pris avec quelques pincettes, le potentiel est là : malgré un tendon d’Achille déjà douloureux, les 13.10 étaient largement à sa portée dès le mois d’avril, ce qui laisse entrevoir de belles perspectives en cas de saison plus régulière.

Dont Usain Bolt

Par le passé, de nombreux champions ont mis du temps à confirmer. Y compris le plus illustre d’entre eux, Usain Bolt. Double champion du monde juniors du 200 m (dont la première fois alors qu’il était cadet), il a dû attendre quatre ans entre son dernier titre juniors et sa première médaille mondiale, l’argent sur 200 m aux mondiaux d’Osaka. Sasha Zhoya peut aussi s’inspirer de Cyréna Samba-Mayéla, spécialiste du 100 m haies, qui a dû attendre 23 ans pour décrocher sa première médaille européenne et olympique en extérieur (après un titre mondial à 21 ans).

Teddy Tamgho, bien que performant en salle, a dû attendre ses 25 ans pour être champion du monde du triple saut. Lui aussi a été freiné par des blessures. Du côté des lancers, Neeraj Chopra, recordman du monde junior du javelot (86,48 m en 2016), a dû attendre 2021 pour décrocher sa première grande médaille internationale, l’or olympique lors des JO de Tokyo, avant d’enchaîner les succès. Il faut donc faire preuve de patience avec Sasha Zhoya, qui sait toutefois qu’il ne doit plus perdre de temps s’il veut concrétiser ses belles promesses.

Clique pour commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *