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Simon Lancelevé : « La Chartreuse Terminorum sera forcément plus dure cette année »

Killian Tanguy

Publié le

Simon Lancelevé La Chartreuse Terminorum sera forcément plus dure cette année
Photo via Simon Lancelevé

TRAIL RUNNING – C’est en tant que participant à plusieurs éditions, mais aussi accompagnateur et sociologue s’étant appuyé sur l’évènement pour mener sa thèse et rédiger un livre (« La Quête, Éditions De Boeck Supérieur), que Simon Lancelevé analyse le profil des participants et ce qui les pousse à s’inscrire à la Chartreuse Terminorum, cette course surnommée la Barkley française. 

Le départ sera donné le vendredi 20 juin entre midi et minuit. Au programme : cinq boucles dans le Massif de la Chartreuse, pour un total de 300 kilomètres et 25 000 mètres de dénivelé positif… le tout à faire en 80 heures, sans balisage, sans GPS et sans assistance (sauf au camp de base, au niveau de la zone arrivée-départ de la boucle). Voilà ce qui attend les 40 participants de la Chartreuse Terminorum. Depuis 2017 et la première édition, ils ne sont que six à l’avoir terminé – cinq en 2023, un en 2024. Ancien participant et sociologue, Simon Lancelevé nous livre son regard sur cette épreuve titanesque.

Comment décririez-vous cette course ? 

Ce n’est pas une course, mais une aventure et un mythe. Une course, c’est celui qui court le plus vite qui gagne. Sur la Chartreuse Terminorum, c’est une épreuve sur laquelle on va demander aux participants des qualités qui ne sont pas valorisées ailleurs. D’ailleurs, on ne parle pas de participants, mais de postulants, car les coureurs sont choisis après avoir répondu par mail à la question « Pourquoi devrais-je être retenu pour participer à la Chartreuse Terminorum ? » (ndlr : à une date bien précise qui n’est pas annoncée à l’avance). Il y a aussi une ambiance que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Les forêts de la Chartreuse restent un territoire assez mystique où il y a beaucoup d’imaginaires. Stendhal, Rousseau, Victor Hugo… c’était un passage obligé. Ça renvoie au romantisme du massif.

Ces postulants ne sont donc pas des traileurs comme les autres ?

C’est certain. Presque aucun n’est professionnel et leurs index de performance sont loin des coureurs élite. Ce sont des personnalités ordinaires qui se lancent un défi extraordinaire après avoir été happées par cette course. Certains participants, à la base, ne couraient pas et n’aimaient pas ça. Mais un jour, ils sont allés trottiner en Chartreuse, ils ont découvert la Terminorum et ont totalement basculé. Ils ne vibrent et ne vivent que pour cette course. C’est une course qui casse les codes où l’on est quasiment sûr de ne pas finir en prenant le départ. Sur un marathon, il y a plus de 90 % de finishers. Là, on s’élance en essayant d’aller le plus loin possible.

Et justement, quelles sont les qualités pour aller le plus loin possible ?

Il faut savoir bien gérer la navigation, l’autonomie, être capable de tenir longtemps sans dormir et adapter sa stratégie à ses qualités. Ce sont des aspects qui ne sont pas évalués sur d’autres terrains. Sur l’UTMB (Ultra Trail du Mont Blanc) ou la Western States (aux États-Unis), il est presque possible de deviner le top 10 à l’avance, même s’il y a toujours des surprises. Sur cette course-là, il n’y a pas de champions. Ceux qui finissent la Chartreuse Terminorum ne vont pas forcément faire un top 10 sur d’autres courses. Mais l’inverse est aussi vrai. Ceux qui font des top 10 sur ces grandes courses ne vont pas forcément finir la Terminorum. C’est une course par apprentissage. Tous les ans, tu viens, tu fais des essais, tu fais des erreurs et tu te remets au travail pour l’année suivante. Les participants sont des gros bosseurs et des besogneux. Il faut avoir une grosse humilité pour se lancer sur une course où tu ne sais pas si tu vas la finir. C’est tout un paradoxe et c’est ce qui fait la beauté de l’épreuve.

Mais qu’est-ce qui les pousse à faire cette course qui ne se veut « pas finissable » ? 

Justement le fait qu’elle ne soit pas finissable (rires). Mark Twain a écrit : « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. » Eh bien, là, c’est l’inverse. Tout le monde dit que c’est impossible, alors ils veulent prouver que si, c’est possible.





Les femmes sont malheureusement peu nombreuses sur la Terminorum. Comment l’expliquez-vous ?

Elles sont sous-représentées en ultra-trail de manière générale, donc ce n’est pas une spécificité de la course. C’est surtout un aspect sociologique, lié aux contraintes domestiques encore trop à la charge de la gente féminine. De manière globale, l’endurance reste un domaine où les athlètes féminines sont encore trop absentes à cause de la répartition des charges et à cause de l’imaginaire de l’aventure qui reste principalement masculin.

À l’image de ce qu’a fait Lazarus Lake sur la Barkley, faut-il s’attendre à une édition plus dure de la Chartreuse Terminorum cette année étant donné que François Devaux est devenu le 6ème finisseur en 2024 ? 

Elle sera forcément plus dure cette année. La règle est simple : quand il y a un finisseur, le parcours est remodelé pour le rendre plus compliqué et pousser les coureurs plus loin dans l’effort. Le parcours va donc évoluer. Certains disent de 30 %, d’autres de 50 %, mais on ne sait pas. Les coureurs le découvriront la veille du départ lorsque le parcours leur sera dévoilé. Mais l’idée n’est pas de faire une course impossible. Sinon, Benoît Laval (l’organisateur), comme il l’a déjà dit, leur ferait faire dix tours en 80 heures et là, on sait que ce n’est pas possible. Il faut qu’il y ait une faisabilité, mais que le pourcentage soit très faible. On est à la limite de l’impossible, mais un alignement des planètes fait que c’est possible. C’est ça qui permet à la course de continuer de fasciner et que le mythe persiste.

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