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Stéphane Matheu, le coeur du Team Winamax

Nicolas Jacquemard

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Stéphane Matheu

Nous avons rencontré Stéphane Matheu, ancien joueur de tennis professionnel, qui est devenu manager et coach pour des joueurs de poker en se servant de sa carrière de sportif. 

Stéphane, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Stéphane Matheu, j’ai 44 ans et je suis manager du team pro Winamax. Cela fait maintenant 9 ans que je m’occupe de joueurs de poker professionnels en tant que coach, agent ou manager.

Tu as été classé dans le top 300 à l’ATP, que retiens-tu de cette époque ?

J’ai eu une carrière un peu décevante par rapport à mes attentes ; j’étais très bon chez les juniors mais je fais partie de cette catégorie de joueurs qui n’a pas réussi à concrétiser chez les pros. Je suis quand même resté sur le circuit pendant 8 ans et cela a été un super apprentissage des valeurs de la vie à travers la compétition. Cette expérience dans le tennis m’a finalement conduit au métier que je fais actuellement, car après l’arrêt de ma carrière sportive, j’ai repris mes études (business) aux USA grâce à une bourse en tant qu’assistant-coach des équipes universitaires de tennis. C’est à ce moment-là que j’ai vraiment commencé à m’intéresser au coaching mental notamment, et à tous les enjeux de cet aspect par rapport à la compétition voire au management.

Quel regard portes-tu sur le tennis actuel ?

Honnêtement, je suis un peu sorti de ce milieu, je ne m’intéresse plus au circuit autant qu’avant mais ce qui me marque aujourd’hui par rapport à mon époque, c’est le niveau de professionnalisme, qui semble avoir été démultiplié. Les joueurs sont davantage préparés car plus rigoureux sur cet aspect. Ma génération correspondait peut-être aux prémices de ce mouvement, mais aujourd’hui les joueurs sont conditionnés comme des machines ; rien n’est laissé au hasard, hormis peut-être la préparation mentale… Mais le degré de détails n’a rien à voir avec ce que j’ai pu connaître.

Comment es-tu devenu manager du Team Winamax ?

Quand j’ai arrêté le tennis à 27 ans, j’ai repris la Fac aux Etats-Unis et je me suis retrouvé à Las Vegas, où j’étais assistant-coach des équipes universitaires pour me payer mes études. Après 4 années passées dans cette ville, j’ai découvert le poker grâce à l’un des meilleurs joueurs à l’époque, Gus Hansen, avec qui je partage la passion du tennis. Nous sommes devenus très amis et il m’a fait découvrir ce monde. Assez rapidement en discutant avec lui, j’ai trouvé beaucoup de similitudes avec le monde du sport individuel et plus particulièrement du tennis : la compétition, le style de vie, les voyages, les enjeux ou encore la pression. J’ai donc eu l’idée d’introduire du coaching/management dans le monde du poker. A cette époque, en 2005, il n’y avait aucune notion de préparation pour les joueurs de poker. Je me suis dit qu’avec mon expérience je pouvais peut-être aider des joueurs à optimiser leurs résultats. Et j’ai finalement eu l’opportunité de me lancer en 2008 avec Bertrand « ElkY » Grospellier.

Il venait de gagner l’un des plus gros tournois du circuit au Bahamas et, en échangeant avec lui et son mentor, Jacques Zaïcik, nous nous sommes rendus compte que nous avions les mêmes idées et que cela valait le coup de structurer une organisation autour d’ElkY. Nous avons travaillé ensemble pendant deux ans avec de très bons résultats sur cette période. Cela m’a donné de la visibilité dans le petit monde du poker, et quand Winamax s’est mis à la recherche d’un manager pour son Team Pro, ils m’ont approché. Voilà comment je suis devenu manager du Team ; j’avais bossé pendant 2 ans avec un seul joueur et là j’allais en avoir 14 à gérer : une nouvelle expérience avec des problématiques complétement différentes. Cette nouvelle aventure allait me permettre de voir si les résultats obtenus avec ElkY étaient une simple coïncidence ou si mon travail pouvait avoir un vrai impact, même à l’échelle d’une équipe.

Justement, ElkY, qu’a-t-il de plus que les autres qui lui permette de réussir dans tout ce qu’il entreprend ?

Sur la partie coaching, je travaille essentiellement avec la méthode PNL (programmation neuro-linguistique) dont un des fondements est de modéliser l’excellence, c’est à dire étudier les comportements et les caractéristiques communes des gens qui excellent dans leur domaine, que ce soit dans le sport, l’art, ou le monde de l’entreprise, par exemple. Et, partant de ce concept, je pense qu’ElkY présente 2 caractéristiques communes aux grands champions : la motivation et la détermination. Quand il s’intéresse à une discipline, il donne tout ce qu’il a, il mobilise toutes ses ressources pour atteindre ses objectifs. En plus de cela, il a l’obsession d’être le meilleur donc tous ces éléments combinés font que, lorsqu’il s’intéresse à un sujet, ce n’est jamais anodin, il veut être compétitif ! Il a accompli de grandes choses dans StarCraft puis dans le poker, et je suis curieux de découvrir ce qu’il nous réserve pour la suite !

Stephane Matheu Dvidi Kitai

Stéphane Matheu au côté de Davidi Kitai lors de sa victoire au WSOP en 2014

Quelles sont tes principales missions auprès des joueurs du Team Winamax ?

Je suis avant tout manager ; mon job comporte donc une grande partie d’administratif, puisque je coordonne la « vie » de l’équipe, des contrats aux budgets en passant par l’inscription sur les tournois, le planning, ou la coordination de la promotion de la marque à travers le Team Pro. Malgré cette charge administrative, j’aime beaucoup ce job, justement parce qu’il présente un grand nombre de facettes différentes ! Ma mission est que l’équipe soit dans les meilleures conditions pour être la plus performante possible, afin que cela donne de la visibilité à Winamax. Le Team Pro, c’est un peu la vitrine de la marque pour le poker ; les joueurs sont de véritables ambassadeurs de Winamax. En plus de cela, j’apporte, pour ceux qui le souhaitent, mes connaissances de coaching avec un accompagnement des joueurs sur les tournois quand ils atteignent les stades avancés de la compétition et que les enjeux financiers, psychologiques et émotionnels augmentent.

Combien de temps un joueur se prépare physiquement par semaine ? Quel est le ratio par rapport au temps qu’il passe à travailler sa technique/son jeu ?

C’est très variable selon les joueurs ; au sein du Team, certains s’entrainent physiquement 4 à 5 fois par semaine mais d’autres ne s’entrainent pas. Par contre ce qui est certain, c’est qu’on attache désormais de l’importance à l’hygiène de vie (alimentation, sommeil et récupération), un concept qui n’existait pas dans le poker il y a encore quelques années. Tous les pros ont maintenant une connaissance de ce qu’est une bonne hygiène de vie et de comment optimiser ses chances d’être performant. Clairement, les joueurs consacrent plus de temps au travail de la partie technique qu’à l’entrainement physique. Là aussi, les méthodes de travail sont variables selon les joueurs ; certains privilégient le volume de jeu et la pratique à l’étude théorique, même si la tendance globale depuis plusieurs mois est de se pencher de plus en plus en profondeur sur la stratégie, et notamment la théorie des jeux.

Quelle place à la préparation mentale dans la vie d’un joueur pro ?

Dans une logique de professionnalisation et d’optimisation de la performance, l’aspect mental prend progressivement plus d’importance, en suivant finalement l’évolution « type » de chaque sport. Dans un premier temps il y a eu l’introduction de la préparation physique et de l’hygiène de vie dans le poker. L’étape suivante dans l’évolution du poker professionnel, à mon sens, c’est la préparation mentale. Aujourd’hui, de plus en plus de joueurs se tournent vers des coachs mentaux. La « superstar » du poker mondial, Fedor Holz, travaille avec un préparateur mental depuis des années ; ils ont même sorti une application mobile ensemble sur cette thématique. Travailler avec un coach commence peu à peu à entrer dans les mœurs du joueur de poker professionnel. Pour le Team Winamax je fais intervenir Pier Gauthier, un ancien joueur pro et coach de tennis, qui propose aujourd’hui du coaching mental à des professionnels de tous horizons (athlètes, chefs d’entreprise, artistes, etc.). Il suit les joueurs en fonction des envies et des besoins de chacun. C’est tout à fait logique, je pense, de voir l’apparition de la préparation mentale dans le poker car on arrive à un tel niveau de concurrence et de compétition que les joueurs essayent de trouver, à la marge, un avantage concurrentiel sur leurs adversaires.

Quand on parle de poker au grand public il y a encore les à-priori, liés aux jeux d’argent, à l’alcool et l’hygiène de vie, qu’as-tu à répondre à cela ?

Les à-priori viennent des clichés et plus particulièrement des films où on voit les joueurs avec de l’alcool, des cigarettes et des flingues sur la table. C’est vraiment imprégné dans la culture, et pour de nombreuses personnes il est difficile d’effacer cette image. Dans la réalité, la façon dont le poker est pratiqué aujourd’hui n’a bien sûr rien à voir avec cela !

Ensuite, le gros problème vient du fait que ce soit un jeu d’argent ; beaucoup de personnes n’arrivent pas à passer outre cela et restent bloquées sur le fait que des individus jouent aux cartes pour de l’argent. Pour certains joueurs, et dans la perception du grand public, ça s’arrête là. A mon avis, après presque 10 ans d’expérience sur le circuit, et pour parler des joueurs pros avec lesquels je travaille, l’argent n’est pas une fin en soi ; ce qui les fait vibrer, c’est la compétition, l’envie de se dépasser, et d’être meilleurs que leurs adversaires. Évidemment que les champions de poker gagnent de l’argent, parfois beaucoup, mais c’est également vrai dans de nombreuses autres disciplines médiatisées, à haut niveau. Par exemple, les joueurs de tennis ou de golf gagnent souvent plus que les joueurs de poker, mais on en parle beaucoup moins.

Pour moi le poker, joué à haut niveau, c’est une compétition dans laquelle le but est de prendre de meilleures décisions que ses adversaires, sur la base d’informations incomplètes. Il y a aussi la notion de hasard qui est beaucoup plus présente que dans d’autres disciplines, et qui est dans le poker une composante incontournable. On peut résumer en disant qu’un joueur de poker doit essayer de faire les meilleurs choix possibles sur le long terme en prenant de meilleures décisions que ses adversaires. Décrit comme ça, il n’y a pas la notion d’argent. Après bien sûr, comme dans tous sports, si on remporte le tournoi, il y a une récompense à la fin. Quand Federer remporte un tournoi, il empoche aussi un gros chèque mais cela dérange moins l’opinion et on en parle très peu. Dans ma vision des choses, l’argent au poker est un outil, au même titre la raquette et la balle au tennis, ou le ballon au foot : un outil qui permet aux joueurs d’exprimer leurs compétences et de se mesurer en compétition, ainsi qu’un enjeu qui peut parfois impacter la prise de décision.

Quel est ton meilleur souvenir de poker ?

C’est compliqué d’en choisir un seul, car j’ai eu la chance d’être aux côtés de plusieurs de mes joueurs qui ont gagné des titres majeurs ! Davidi Kitai, comme ElkY, a gagné au moins un tournoi de chacun des 3 circuits majeurs (Triple Crown), Ludovic Lacay a gagné l’EPT à San Remo, Sylvain Loosli a gagné un énorme tournoi High Roller à Barcelone. C’est trop difficile d’isoler un titre, chacune de ces victoires a été une expérience fabuleuse, avec une saveur différente.

Quel est le joueur qui t’impressionne le plus ?

Je vais dire Davidi Kitai, qui est aujourd’hui notre « star » du Team Winamax. Il m’impressionne car il a une façon différente d’aborder le poker par rapport à ce que font la majorité des joueurs. Il a une manière très intuitive de prendre des décisions ; il base son jeu sur des éléments comme la lecture ou la compréhension de ses adversaires, ou encore certaines déductions ou instincts qui ne sont pas forcément la norme dans le milieu du poker, car leur nature est souvent moins tangible que l’analyse rationnelle et théorique. Son jeu se base beaucoup sur la psychologie et la perception des « tells » (comportement de l’adversaire qui peut donner des informations). Souvent, sa confiance en ses propres qualités lui a permis de prendre des décisions gagnantes, même si elles pouvaient être discutables d’un point de vue théorique. Davidi a accompli tellement de choses depuis bientôt 10 ans, et il arrive sans cesse à se réadapter aux évolutions du jeu et des joueurs ! Pour toutes ces raisons il m’impressionne vraiment.

Qu’est-ce que l’on peut souhaiter à toi et au Team Winamax pour les années à venir ?

Encore des titres ! Même si je vis les victoires sous un autre angle aujourd’hui, en tant que manager, par rapport à l’époque où je jouais au tennis, je reste un compétiteur dans l’âme. Aux côtés des joueurs du Team Winamax, j’ai eu la chance de vivre de grandes consécrations, et, avec un groupe aussi performant, auquel viennent de s’ajouter deux autres champions, Mustapha Kanit et Adrian Mateos, actuellement numéro 2 mondial,j’espère bien que cela va continuer !

Nicolas Jacquemard


Passionné de sport et entrepreneur depuis mes 18 ans, la création de Dicodusport m'a semblé évidente pour participer à la médiatisation d'un plus grand nombre de sports. Le chemin est long mais avec une équipe des plus motivées et les Jeux Olympiques de Paris 2024 en point de mire, nous y arriverons !

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