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Stéphane Matheu, le coeur du Team Winamax

Nico

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Stéphane Matheu

Nous avons rencontré Stéphane Matheu, ancien joueur de tennis professionnel, qui est devenu manager et coach pour des joueurs de poker en se servant de sa carrière de sportif. 

Stéphane, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Stéphane Matheu, j’ai 44 ans et je suis manager du team pro Winamax. Cela fait maintenant 9 ans que je m’occupe de joueurs de poker professionnels en tant que coach, agent ou manager.

Tu as été classé dans le top 300 à l’ATP, que retiens-tu de cette époque ?

J’ai eu une carrière un peu décevante par rapport à mes attentes ; j’étais très bon chez les juniors mais je fais partie de cette catégorie de joueurs qui n’a pas réussi à concrétiser chez les pros. Je suis quand même resté sur le circuit pendant 8 ans et cela a été un super apprentissage des valeurs de la vie à travers la compétition. Cette expérience dans le tennis m’a finalement conduit au métier que je fais actuellement, car après l’arrêt de ma carrière sportive, j’ai repris mes études (business) aux USA grâce à une bourse en tant qu’assistant-coach des équipes universitaires de tennis. C’est à ce moment-là que j’ai vraiment commencé à m’intéresser au coaching mental notamment, et à tous les enjeux de cet aspect par rapport à la compétition voire au management.

Quel regard portes-tu sur le tennis actuel ?

Honnêtement, je suis un peu sorti de ce milieu, je ne m’intéresse plus au circuit autant qu’avant mais ce qui me marque aujourd’hui par rapport à mon époque, c’est le niveau de professionnalisme, qui semble avoir été démultiplié. Les joueurs sont davantage préparés car plus rigoureux sur cet aspect. Ma génération correspondait peut-être aux prémices de ce mouvement, mais aujourd’hui les joueurs sont conditionnés comme des machines ; rien n’est laissé au hasard, hormis peut-être la préparation mentale… Mais le degré de détails n’a rien à voir avec ce que j’ai pu connaître.

Comment es-tu devenu manager du Team Winamax ?

Quand j’ai arrêté le tennis à 27 ans, j’ai repris la Fac aux Etats-Unis et je me suis retrouvé à Las Vegas, où j’étais assistant-coach des équipes universitaires pour me payer mes études. Après 4 années passées dans cette ville, j’ai découvert le poker grâce à l’un des meilleurs joueurs à l’époque, Gus Hansen, avec qui je partage la passion du tennis. Nous sommes devenus très amis et il m’a fait découvrir ce monde. Assez rapidement en discutant avec lui, j’ai trouvé beaucoup de similitudes avec le monde du sport individuel et plus particulièrement du tennis : la compétition, le style de vie, les voyages, les enjeux ou encore la pression. J’ai donc eu l’idée d’introduire du coaching/management dans le monde du poker. A cette époque, en 2005, il n’y avait aucune notion de préparation pour les joueurs de poker. Je me suis dit qu’avec mon expérience je pouvais peut-être aider des joueurs à optimiser leurs résultats. Et j’ai finalement eu l’opportunité de me lancer en 2008 avec Bertrand « ElkY » Grospellier.

Il venait de gagner l’un des plus gros tournois du circuit au Bahamas et, en échangeant avec lui et son mentor, Jacques Zaïcik, nous nous sommes rendus compte que nous avions les mêmes idées et que cela valait le coup de structurer une organisation autour d’ElkY. Nous avons travaillé ensemble pendant deux ans avec de très bons résultats sur cette période. Cela m’a donné de la visibilité dans le petit monde du poker, et quand Winamax s’est mis à la recherche d’un manager pour son Team Pro, ils m’ont approché. Voilà comment je suis devenu manager du Team ; j’avais bossé pendant 2 ans avec un seul joueur et là j’allais en avoir 14 à gérer : une nouvelle expérience avec des problématiques complétement différentes. Cette nouvelle aventure allait me permettre de voir si les résultats obtenus avec ElkY étaient une simple coïncidence ou si mon travail pouvait avoir un vrai impact, même à l’échelle d’une équipe.

Justement, ElkY, qu’a-t-il de plus que les autres qui lui permette de réussir dans tout ce qu’il entreprend ?

Sur la partie coaching, je travaille essentiellement avec la méthode PNL (programmation neuro-linguistique) dont un des fondements est de modéliser l’excellence, c’est à dire étudier les comportements et les caractéristiques communes des gens qui excellent dans leur domaine, que ce soit dans le sport, l’art, ou le monde de l’entreprise, par exemple. Et, partant de ce concept, je pense qu’ElkY présente 2 caractéristiques communes aux grands champions : la motivation et la détermination. Quand il s’intéresse à une discipline, il donne tout ce qu’il a, il mobilise toutes ses ressources pour atteindre ses objectifs. En plus de cela, il a l’obsession d’être le meilleur donc tous ces éléments combinés font que, lorsqu’il s’intéresse à un sujet, ce n’est jamais anodin, il veut être compétitif ! Il a accompli de grandes choses dans StarCraft puis dans le poker, et je suis curieux de découvrir ce qu’il nous réserve pour la suite !

Stephane Matheu Dvidi Kitai

Stéphane Matheu au côté de Davidi Kitai lors de sa victoire au WSOP en 2014

Quelles sont tes principales missions auprès des joueurs du Team Winamax ?

Je suis avant tout manager ; mon job comporte donc une grande partie d’administratif, puisque je coordonne la « vie » de l’équipe, des contrats aux budgets en passant par l’inscription sur les tournois, le planning, ou la coordination de la promotion de la marque à travers le Team Pro. Malgré cette charge administrative, j’aime beaucoup ce job, justement parce qu’il présente un grand nombre de facettes différentes ! Ma mission est que l’équipe soit dans les meilleures conditions pour être la plus performante possible, afin que cela donne de la visibilité à Winamax. Le Team Pro, c’est un peu la vitrine de la marque pour le poker ; les joueurs sont de véritables ambassadeurs de Winamax. En plus de cela, j’apporte, pour ceux qui le souhaitent, mes connaissances de coaching avec un accompagnement des joueurs sur les tournois quand ils atteignent les stades avancés de la compétition et que les enjeux financiers, psychologiques et émotionnels augmentent.

Combien de temps un joueur se prépare physiquement par semaine ? Quel est le ratio par rapport au temps qu’il passe à travailler sa technique/son jeu ?

C’est très variable selon les joueurs ; au sein du Team, certains s’entrainent physiquement 4 à 5 fois par semaine mais d’autres ne s’entrainent pas. Par contre ce qui est certain, c’est qu’on attache désormais de l’importance à l’hygiène de vie (alimentation, sommeil et récupération), un concept qui n’existait pas dans le poker il y a encore quelques années. Tous les pros ont maintenant une connaissance de ce qu’est une bonne hygiène de vie et de comment optimiser ses chances d’être performant. Clairement, les joueurs consacrent plus de temps au travail de la partie technique qu’à l’entrainement physique. Là aussi, les méthodes de travail sont variables selon les joueurs ; certains privilégient le volume de jeu et la pratique à l’étude théorique, même si la tendance globale depuis plusieurs mois est de se pencher de plus en plus en profondeur sur la stratégie, et notamment la théorie des jeux.

Quelle place à la préparation mentale dans la vie d’un joueur pro ?

Dans une logique de professionnalisation et d’optimisation de la performance, l’aspect mental prend progressivement plus d’importance, en suivant finalement l’évolution « type » de chaque sport. Dans un premier temps il y a eu l’introduction de la préparation physique et de l’hygiène de vie dans le poker. L’étape suivante dans l’évolution du poker professionnel, à mon sens, c’est la préparation mentale. Aujourd’hui, de plus en plus de joueurs se tournent vers des coachs mentaux. La « superstar » du poker mondial, Fedor Holz, travaille avec un préparateur mental depuis des années ; ils ont même sorti une application mobile ensemble sur cette thématique. Travailler avec un coach commence peu à peu à entrer dans les mœurs du joueur de poker professionnel. Pour le Team Winamax je fais intervenir Pier Gauthier, un ancien joueur pro et coach de tennis, qui propose aujourd’hui du coaching mental à des professionnels de tous horizons (athlètes, chefs d’entreprise, artistes, etc.). Il suit les joueurs en fonction des envies et des besoins de chacun. C’est tout à fait logique, je pense, de voir l’apparition de la préparation mentale dans le poker car on arrive à un tel niveau de concurrence et de compétition que les joueurs essayent de trouver, à la marge, un avantage concurrentiel sur leurs adversaires.

Quand on parle de poker au grand public il y a encore les à-priori, liés aux jeux d’argent, à l’alcool et l’hygiène de vie, qu’as-tu à répondre à cela ?

Les à-priori viennent des clichés et plus particulièrement des films où on voit les joueurs avec de l’alcool, des cigarettes et des flingues sur la table. C’est vraiment imprégné dans la culture, et pour de nombreuses personnes il est difficile d’effacer cette image. Dans la réalité, la façon dont le poker est pratiqué aujourd’hui n’a bien sûr rien à voir avec cela !

Ensuite, le gros problème vient du fait que ce soit un jeu d’argent ; beaucoup de personnes n’arrivent pas à passer outre cela et restent bloquées sur le fait que des individus jouent aux cartes pour de l’argent. Pour certains joueurs, et dans la perception du grand public, ça s’arrête là. A mon avis, après presque 10 ans d’expérience sur le circuit, et pour parler des joueurs pros avec lesquels je travaille, l’argent n’est pas une fin en soi ; ce qui les fait vibrer, c’est la compétition, l’envie de se dépasser, et d’être meilleurs que leurs adversaires. Évidemment que les champions de poker gagnent de l’argent, parfois beaucoup, mais c’est également vrai dans de nombreuses autres disciplines médiatisées, à haut niveau. Par exemple, les joueurs de tennis ou de golf gagnent souvent plus que les joueurs de poker, mais on en parle beaucoup moins.

Pour moi le poker, joué à haut niveau, c’est une compétition dans laquelle le but est de prendre de meilleures décisions que ses adversaires, sur la base d’informations incomplètes. Il y a aussi la notion de hasard qui est beaucoup plus présente que dans d’autres disciplines, et qui est dans le poker une composante incontournable. On peut résumer en disant qu’un joueur de poker doit essayer de faire les meilleurs choix possibles sur le long terme en prenant de meilleures décisions que ses adversaires. Décrit comme ça, il n’y a pas la notion d’argent. Après bien sûr, comme dans tous sports, si on remporte le tournoi, il y a une récompense à la fin. Quand Federer remporte un tournoi, il empoche aussi un gros chèque mais cela dérange moins l’opinion et on en parle très peu. Dans ma vision des choses, l’argent au poker est un outil, au même titre la raquette et la balle au tennis, ou le ballon au foot : un outil qui permet aux joueurs d’exprimer leurs compétences et de se mesurer en compétition, ainsi qu’un enjeu qui peut parfois impacter la prise de décision.

Quel est ton meilleur souvenir de poker ?

C’est compliqué d’en choisir un seul, car j’ai eu la chance d’être aux côtés de plusieurs de mes joueurs qui ont gagné des titres majeurs ! Davidi Kitai, comme ElkY, a gagné au moins un tournoi de chacun des 3 circuits majeurs (Triple Crown), Ludovic Lacay a gagné l’EPT à San Remo, Sylvain Loosli a gagné un énorme tournoi High Roller à Barcelone. C’est trop difficile d’isoler un titre, chacune de ces victoires a été une expérience fabuleuse, avec une saveur différente.

Quel est le joueur qui t’impressionne le plus ?

Je vais dire Davidi Kitai, qui est aujourd’hui notre « star » du Team Winamax. Il m’impressionne car il a une façon différente d’aborder le poker par rapport à ce que font la majorité des joueurs. Il a une manière très intuitive de prendre des décisions ; il base son jeu sur des éléments comme la lecture ou la compréhension de ses adversaires, ou encore certaines déductions ou instincts qui ne sont pas forcément la norme dans le milieu du poker, car leur nature est souvent moins tangible que l’analyse rationnelle et théorique. Son jeu se base beaucoup sur la psychologie et la perception des « tells » (comportement de l’adversaire qui peut donner des informations). Souvent, sa confiance en ses propres qualités lui a permis de prendre des décisions gagnantes, même si elles pouvaient être discutables d’un point de vue théorique. Davidi a accompli tellement de choses depuis bientôt 10 ans, et il arrive sans cesse à se réadapter aux évolutions du jeu et des joueurs ! Pour toutes ces raisons il m’impressionne vraiment.

Qu’est-ce que l’on peut souhaiter à toi et au Team Winamax pour les années à venir ?

Encore des titres ! Même si je vis les victoires sous un autre angle aujourd’hui, en tant que manager, par rapport à l’époque où je jouais au tennis, je reste un compétiteur dans l’âme. Aux côtés des joueurs du Team Winamax, j’ai eu la chance de vivre de grandes consécrations, et, avec un groupe aussi performant, auquel viennent de s’ajouter deux autres champions, Mustapha Kanit et Adrian Mateos, actuellement numéro 2 mondial,j’espère bien que cela va continuer !

Nicolas Jacquemard

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Handisport

David Smetanine : « On veut transmettre mais aussi montrer qu’on fait les choses avec intelligence »

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Champion paralympique en natation à Pékin en 2008, David Smetanine nous a accordé un entretien. Le Grenoblois est revenu sur son parcours, tout en évoquant ses futures échéances, en tant que sportif ou non. Un homme d’engagement, sans aucun doute.

David, peux-tu nous raconter un peu ton parcours ?

Beaucoup de choses me caractérisent aujourd’hui de part mon statut de sportif, mais aussi de part mes différents engagements. Je suis quelqu’un qui a été éduqué avec les valeurs du sport en général, mes parents m’ont toujours incité à pratiquer un sport pour que je m’épanouisse, mais aussi pour le lien social évident que cela représente.

Côté pratiques, habitant Grenoble, j’ai commencé à faire du ski très tôt. Mais mon premier vrai sport que j’ai pratiqué en étant petit, c’est le judo. C’est une belle école de la vie, où les valeurs et le respect sont très présents. Ensuite, étant entouré de nageurs, j’ai eu envie de changer de sport. Et puis durant les Jeux Olympiques de Barcelone en 1992, j’ai eu un déclic, et c’est à partir de là que j’ai voulu devenir sportif de haut niveau en natation. Ça a été un grand moment pour moi, la découverte de ce sport fantastique, mais aussi la difficulté qui va avec.

On imagine que ton accident survenu en 1995 a été un tournant dans ta vie ?

Oui, cette année-là, un accident est venu couper mon élan sportif. Finalement, j’ai eu la possibilité de reprendre le même sport car dans un premier temps, sur le plan thérapeutique, la natation était excellente et malgré le handicap, tout le monde peut flotter ou nager. C’est une discipline vraiment accessible, quelque soit l’âge ou le handicap.

Dans un deuxième temps, cela m’a également permis de me raccrocher à quelque chose et de retrouver mon identité sportive. Finalement, au vu de mes capacités, on m’a proposé de reprendre la compétition et de nager de façon plus sérieuse. Ça a vraiment été un aboutissement pour moi et à partir de là, je me suis dit que si je ne pouvais pas être champion olympique, je serai champion paralympique.

Comme tu l’as dit, tu as continué la natation, une discipline que tu pratiquais déjà auparavant. En quoi ce sport t’a aidé à accepter ton handicap ?

Déjà, l’identité est différente. Avec la masse de travail et les nombreux entraînements, on passe du statut de patient à celui de sportif. Quand j’ai fait le choix de revenir à la natation en compétition, je me suis de nouveau entraîné comme un sportif “normal”, comme tout le monde devrait le faire. Même si j’étais un peu en marge des autres, j’étais donc de nouveau un sportif de haut niveau comme les autres, et pas une personne handicapée, tout simplement. C’est cette branche sportive à laquelle j’ai pu me raccrocher qui a vraiment été salvatrice pour moi.

Puis, quelques années après, le titre paralympique et mes différents résultats ont fait que les gens n’avaient plus le même regard sur moi. C’est devenu un regard bienveillant, admiratif, un regard de passionnés de sport et non plus de la pitié ni de la compassion comme cela pouvait être parfois le cas. A partir de là, le combat était gagné, car j’avais la même reconnaissance que tous les autres sportifs de haut niveau.

Tu auras 45 ans quand les Jeux Paralympiques de Tokyo débuteront. Seras-tu de la partie dans les bassins au Japon ?

Oui bien sûr, je m’entraîne de nouveau en ce moment en vu de briller à Tokyo.

Après Tokyo viendront les Jeux Olympique de Paris en 2024. Les as-tu dans un coin de la tête en tant que sportif ?

Non, à priori pas en tant que sportif mais au sein du comité d’organisation de Paris 2024, oui je l’espère, notamment pour travailler sur le dossier paralympique.

Justement, peux-tu nous en dire un peu plus sur le rôle que tu as eu au sein du comité de candidature pour Paris 2024 ?

J’ai été membre du comité des athlètes durant la phase de candidature. On a beaucoup travaillé sur le terrain avec l’ensemble des membres, que ce soit en France ou à l’international, pour mener au bout ce projet afin que Paris puisse l’emporter. Depuis, le comité de candidature a été dissous et le comité d’organisation a été créé. Ce dernier s’agrandit d’ailleurs petit à petit.

Concernant le comité d’organisation, quel rôle aimerais-tu jouer ?

J’ai postulé il n’y a pas très longtemps pour un poste de Manager Sport pour lequel il y a eu une grosse sélection. Pourtant si proche du but, je n’ai pas été retenu mais j’espère avoir un rôle qui mettra en avant mon expertise paralympique, l’expérience que j’ai pu acquérir en tant qu’athlète, mais aussi en tant que membre de la commission des athlètes du Comité Internationale Paralympique, sans oublier mes autres engagements (David Smetanine est également Ambassadeur du sport en Isère et de la sécurité routière pour le Préfet de l’Isère, mais aussi Ambassadeur Sport Handicap pour la région Auvergne – Rhône-Alpes).

J’espère vraiment pouvoir jouer un rôle en faveur du mouvement paralympique, car si beaucoup de choses ont été dites pour le mouvement olympique, ce n’est pas forcément le cas pour le paralympisme, notamment en ce qui concerne la mobilité, l’aménagement des infrastructures et la place prépondérante que ces Jeux Paralympiques devront prendre en 2024.

Pour revenir à Tokyo 2020, qui verrais-tu être le porte-drapeau de la délégation française ?

Je ne sais pas trop. On pourrait imaginer Marie-Amélie Le Fur porte-drapeau, notamment après son retour à la compétition cet été. Mais l’athlétisme a porté le drapeau à de nombreuses reprises lors des dernières éditions, avec Joël Jeannot (2004) et Assia Al’Hannouni (2008). Alors je ne sais pas, c’est délicat comme question. (rires)

Être porte-drapeau, on imagine que tu aimerais qu’on te le propose ?

Oui bien sûr ! J’avais été pressenti pour Londres 2012. C’est vrai que la natation n’a pas porté le drapeau depuis bien longtemps. Mais bien sûr que j’aimerais, c’est évident. Qui ne rêve pas d’être porte-drapeau un jour ? Et puis, la natation a toujours ramené beaucoup de médailles, donc pourquoi pas. Il y a une règle d’or pour être porte-drapeau, c’est d’être champion paralympique. Après, ce n’est pas moi qui décide, mais bien entendu que si on me le propose, je dirais oui. Après cinq Jeux Olympiques, ce serait une belle façon de boucler la boucle.

Tu es engagé au sein de l’association ELA, mais tu es aussi le fondateur de la Fondation Handisport David Smetanine, qui œuvre au Cameroun. C’était important pour toi de t’engager sur le plan caritatif et humanitaire ?

C’est important, bien sûr. On veut transmettre mais aussi montrer qu’on fait les choses avec intelligence. Concernant ma fondation au Cameroun, j’avais envie de montrer ce que peut amener le sport dans ce pays, notamment ses valeurs. Je pense que c’est essentiel.

Pour ELA, c’est une opportunité qui m’a été proposée au Stade de France, où j’ai rencontré le président de l’association, Guy Alba. C’est une proposition que j’ai tout de suite accepté, car j’ai vraiment été touché qu’on me le propose et aussi parce que je souhaitais soutenir la lutte contre ces maladies rares (34 types de leucodystrophie recensées). D’ailleurs, je nageais beaucoup avec Béatrice Hess, la femme la plus titrée de l’histoire du sport, qui elle-même était engagée avec ELA. Ça fait 14 ans maintenant, et je n’ai pas changé, je suis toujours autant engagé dans cette association.

Peux-tu nous en dire un peu plus sur ta fondation au Cameroun ?

Bien sûr. C’est une fondation à but non lucratif, qui a comme principes de fond le respect des personnes, la reconnaissance du handicap au Cameroun, l’intégrité des personnes bien entendu et qui a aussi comme engagement le sport et le handicap, en montrant le lien social que le sport peut représenter. Le plus important, c’est de faire en sorte que la dignité des personnes soit respectée. Malheureusement, la situation des personnes handicapées au Cameroun n’est pas la même qu’en France, on est tributaires des capacités d’investissement du pays. C’est beaucoup plus complexe que chez nous.

Une autre action de la fondation me tient à cœur au Cameroun, elle concerne les fournitures scolaires. On intervient aujourd’hui dans quatre grandes villes du pays ; les enfants y bénéficient de fournitures et on a distribué des sacs à dos, des cahiers et des manuels scolaires dans ces villes. Quatre nouvelles villes seront choisies l’année prochaine afin d’être davantage présent sur le territoire.On est reconnu d’intérêt général, on tend maintenant à être reconnu d’utilité publique. L’engagement a tellement été fort que l’Ambassade de France au Cameroun a décidé de nous aider et de mettre à disposition des manuels scolaires.

Dernière question, quel regard portes-tu sur le médiatisation du handisport aujourd’hui ?

Je pense qu’il y a une prise de conscience qui est réelle. France Télévisions, et il faut les remercier, a fait beaucoup, notamment pour les Jeux Paralympiques. Malheureusement, la couverture est importante uniquement tous les quatre ans. Celle-ci doit être plus régulière et c’est en ce sens que les choses doivent évoluer.

Maintenant, France Télévisions nous a déjà prévenu, ils diffusent du “sport évènement” et du “sport spectacle”, et donc les Jeux Olympiques et Paralympiques. Ils avaient retransmis les Mondiaux handisport d’athlétisme de Londres l’an dernier, mais c’est vrai que ça reste trop occasionnel. Espérons un engagement plus fort des médias à l’avenir, notamment à l’approche de Paris 2024.

Photo de couverture : C215

Flo Ostermann

 

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Sylvain André : « Être champion du monde, cela marque une carrière »

Nico

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Nous avons rencontré Sylvain André, champion du monde de BMX en 2018, qui nous parle de ses débuts, de son quotidien et de ses deux dernières saisons réussies. 

Sylvain, peux-tu te présenter en quelques mots ?

J’ai 26 ans, je suis originaire de Cavaillon où je vis actuellement. J’ai commencé le vélo il y a 20 ans, j’ai passé 4 ou 5 ans au pôle France Elite d’Aix en Provence.

Comment est née ta passion pour le BMX ?

C’est un peu par hasard, c’est un collègue de mon père qui en faisait et qui m’a proposé d’essayer. Depuis, je ne fais plus que ça et je n’ai jamais eu envie de faire autre chose car je me suis toujours amusé dans cette discipline.

Comment se déroule une semaine type d’entraînement pour un champion de BMX ?

Je m’entraîne du lundi au vendredi, avec parfois le samedi matin en plus, dont trois fois dans la semaine où je fais une double séance, matin et après-midi. Cela fait 8 à 10 créneaux d’entraînement hebdomadaires, je vais aussi 2 à 3 fois par semaine à la salle de musculation, 2 à 3 fois sur la piste de BMX et le reste du temps, c’est du travail sur le vélo mais pas sur la piste : des sprints à plat, en montée, en descente, avec un parachute. L’hiver, on fait un peu de VTT et de vélo sur route pour travailler notre condition physique générale et avoir un « moteur », car il faut enchaîner les courses sur les compétitions.

Champion du monde cette année, qu’est-ce que cela représente pour toi ? Quelles étaient les émotions en franchissant la ligne ?

C’est vraiment cool, c’est un titre de champion du monde avec tout ce que cela représente : être champion du monde, cela marque une carrière. Au niveau du cyclisme, cela parle car on a tous le même maillot blanc arc en ciel et cela parle à tout le monde. C’est une course d’un jour, la finale, si on la fait 10 fois, je la gagne peut-être qu’une fois mais j’étais devant ce jour-là.

Au moment de franchir la ligne, c’est un peu spécial car je ne sais pas si j’ai gagné. Je reviens de derrière au dernier moment, on a été départagés à la photo finish. Il y a eu plus de 30 secondes qui se sont écoulées après la course avant que je sache si je m’étais imposé ou pas. Après, une fois que j’ai su, c’est beaucoup de joie car cela représente tellement de choses d’être champion du monde. C’est une récompense pour moi, mais aussi pour toutes les personnes qui m’aident au quotidien et qui bossent avec moi.

Tu as gagné la Coupe du monde en 2017, et donc le championnat du monde en 2018. Où places-tu ces deux succès l’un par rapport à l’autre ?

Sportivement, remporter le général de la Coupe du monde en gagnant au moins une manche, ça a pour moi au moins autant de valeur que le titre de champion du monde. Gagner le général, il faut être régulier sur une saison et sur des pistes différentes, cela reflète peut-être plus la valeur sportive d’un athlète. Au fond de moi, je crois que je préfère avoir gagné la Coupe du monde, mais c’est vrai que cela ne parle pas autant qu’un titre de champion du monde. Ce qui est sûr, c’est que ce sont deux choses différentes, et c’est dur de choisir entre les deux.

2019 arrive, quels seront tes objectifs ?

Ça va être un peu le même calendrier que la saison que je viens d’achever. Le but est de continuer à marcher aussi fort en Coupe du monde pour qualifier un maximum de Français aux Jeux Olympiques. Si on est bons, on sera 3 au départ des JO 2020. Il y a aussi un classement interne entre Français qui va être mis en place pour savoir qui ira aux Jeux. Donc en faisant des bonnes performances, en plus de qualifier un maximum de Français, j’augmente mes chances d’y participer. Il faut que je continue sur la lancée de mes deux dernières années pour faire des podiums et gagner des courses.

Tokyo 2020, c’est donc déjà bien présent dans ta tête ?

Oui, même si les qualifications finales se dessinent en 2020, il y a cette nouveauté, ce classement entre nous qui fait que Tokyo sera déjà là. Ce classement va comptabiliser les finales de chaque Français sur les Coupes du monde et championnats du monde à partir de 2019 et permettra de faire une première sélection avant Tokyo. Après, de toute façon, dès qu’on sort d’une Olympiade, on a déjà la suivante en ligne de mire.

Paris 2024, c’est encore très loin mais est-ce qu’aujourd’hui, tu te dis que tu aimerais y être ?

Oui c’est très loin, c’est dans 6 ans, autant de temps que je suis à ce niveau. J’aurai 32 ans donc on verra, il y a plein de choses qui peuvent se passer d’ici là. Il y a aussi l’aspect niveau de vie à prendre en compte car avec le BMX, je ne roule pas sur l’or. Après, comme c’est en France, il y a peut-être plus de partenaires privés qui vont s’engager avec les athlètes. Cela fait donc beaucoup de paramètres. La motivation, elle sera là, donc si le reste est ok, pourquoi pas car faire des Jeux Olympiques à la maison, cela doit être quelque chose de sympa.

Le BMX est un sport où il y a du contact mais aussi des chutes. Est-ce que tu as encore de l’appréhension avant les courses ?

Non je n’ai plus d’appréhension, c’est un sport de confrontation et si tu commences à penser à tout cela ou à avoir peur, c’est déjà fini. Même si on a forcement ce paramètre dans un coin de la tête, on ne peut pas se permettre d’y penser car en plus, cela augmenterait nos chances de tomber ou de se faire mal. Et même quand on voit un crash dans le run juste avant le nôtre, il ne faut pas que cela change quoi que ce soit.

Nicolas Jacquemard

Crédit photos : Craig Dutton, Fabmx1, Kirby Cronk et BMX mania

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Harmony Tan, objectif top 250

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La jeune française de 21 ans a disputé son premier match dans le tableau final d’un tournoi du Grand Chelem dans la nuit de mardi à mercredi. Quelques jours auparavant, elle a accepté de répondre à nos questions.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis Harmony Tan, joueuse de tennis professionnelle et j’ai 21 ans.

Comment avez-vous commencé le tennis ?

J’ai commencé le tennis à l’âge de 5 ans et ça a commencé comme cela.

Quelle sont votre surface et votre tournoi préféré, et pourquoi ?

Je n’ai pas vraiment de surface préférée car mon jeu s’adapte aux multi surfaces. Mon tournoi préféré est Roland-Garros car j’ai commencé à regarder ce tournoi quand j’étais petite et c’est là où j’ai eu ma première wild card pour un tournoi du Grand Chelem à 16 ans. Et puis je suis Française, c’est normal que l’on aime jouer « chez soi ».

Quel est votre style de jeu ?

Je joue varié : je fais des lifts, des chips (enchaînement offensif). En gros, j’aime beaucoup faire des service-volées.

Comment s’est déroulée votre saison jusqu’à présent ?

Jusqu’à maintenant pour moi, c’est moyen : il y a des hauts et des bas. Il faut que je trouve plus de régularité. J’ai bien joué à Roland-Garros où j’ai passé deux tours de qualifications.

Au mois de mars, elle a remporté le tournoi ITF de Campinas au Brésil. A Roland-Garros, elle a échoué au dernier tour de qualifications.

Que vous apporte votre collaboration avec Nathalie Tauziat ?

Toute son expertise : ses connaissances du circuit sont précieuses pour une joueuse comme moi.

Depuis 2016, la joueuse s’entraîne épisodiquement avec Nathalie Tauziat en France. Avant Roland-Garros, elle s’est entraînée avec l’ancienne joueuse française à Capbreton.

Pour participer à l’US Open 2018, Harmony Tan a bénéficié d’une wild-card de la fédération. Cette année, il y a eu du changement dans l’attribution des wild-cards chez les femmes : un tournoi pour les jeunes joueuses a été organisé. Harmony Tan a battu Diane Parry, Fiona Ferro et la finaliste de l’Open d’Australie chez les juniors Clara Burel pour rejoindre son premier grand tableau de Grand Chelem.

 

Harmony Tan lors de son 1er tour face à Eugenie Bouchard – Corinne Dubreuil/FFT

Qu’est-ce que ça représente pour vous de jouer à l’US Open ?

C’est un grand Chelem et tout ce qui va avec !

Quel est votre objectif ?

Je n’ai vraiment pas d’objectif à proprement dit. Je sais juste, comme pour les autres tournois, qu’il faut tout mettre en œuvre pour passer le 1er tour (c’est bon pour le mental)… et ainsi de suite.

Harmony Tan s’est inclinée 3-6 1-6 face à la Canadienne Eugenie Bouchard. La finaliste de Wimbledon 2014 qui peine à retrouver son meilleur niveau est actuellement 137e mondiale. Issue des qualifications, elle a prouvé qu’elle était en forme actuellement. Sur un court n°12 bien rempli, la Française a bien essayé de surprendre son adversaire avec son jeu varié : elle a multiplié les services-volées, lobs et amorties mais agressive, Bouchard a pris le dessus. Dans la seconde manche, le service de la Française est passé de 58% à 36%, bien trop insuffisant pour espérer l’emporter. Ce match lui aura néanmoins permis d’acquérir encore plus d’expérience pour la suite de sa saison et de sa carrière.

Avez-vous un objectif de classement pour la fin de saison ?

Mon objectif est d’arriver vers la place 250 au classement WTA ce qui me permettrait de rentrer dans les cuts des gros tournois. (Elle est actuellement 396e)

Quel est votre plus beau souvenir sur un court de tennis ?

Quand j’ai passé deux tours à Roland-Garros cette année.

Quel joueur ou joueuse vous a inspirée lorsque vous étiez plus jeune ?

Je n’ai pas vraiment d’idole mais j’aime bien le jeu de Roger Federer.

Ces derniers mois, beaucoup de joueurs et joueuses s’expriment par rapport aux messages violents de parieurs reçus suite à des défaites. Y avez-vous déjà été confrontée ?

Oui, il ne faut pas tenir compte de ces messages sinon on ne vit plus. Et les paris ne me concernent pas car ces parieurs ne sont pas, pour moi, des fans passionnés de tennis.

A part le tennis, quels sont vos hobbies ?

J’aime beaucoup surfer écouter la musique et… faire du shopping !

Arlette

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Football

Romain Molina, conteur d’histoires et investigateur footballistique

Nico

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Loin des standards de la presse traditionnelle, Romain Molina fait son bonhomme de chemin grâce à ses ouvrages sportifs et à sa chaîne Youtube. Rencontre avec un conteur d’histoires, un investigateur du monde du football qui n’a pas sa langue dans sa poche. 

Romain, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Romain, je suis Isérois et j’ai 27 ans. J’ai habité en Ecosse et en Angleterre avant d’atterrir en Andalousie. Je suis un conteur d’histoire indépendant qui a écrit 4 livres et parallèlement à cela, je suis basketteur semi-professionnel, champion de Gibraltar. Je suis un amoureux de la vie avant toute chose.

Pour parler de tes livres, tu en as écris quatre. Comment sélectionnes-tu tes sujets ?

Pour le premier « Galère Football Club », c’est tiré des entretiens que j’avais fait en Grande-Bretagne avec des joueurs pour un blog sur lequipe.fr, qui traitait des affaires des divisions inférieures. Bertrand Pirel d’Hugo Sport m’a ensuite contacté pour en faire un livre. Ensuite, pour Unai Emery et Edison Cavani, c’est Bertrand qui m’a soumis l’idée à chaque fois. Pour « Génération Parker, au revoir et merci » c’est une idée de Benjamin Henry avec qui j’ai co-écrit le livre. J’avais proposé d’autres sujets mais par moment, je suis un peu utopiste, on ne peut pas écrire sur tout et avoir un public en France. Mais ce qui est sûr, c’est que pour chacun des livres que j’ai fait, j’ai mis ma plume, je l’ai fait à ma sauce. Le prochain sujet qui fera l’objet d’un livre en octobre normalement, c’est une idée de moi. Et j’espère que ce sera le cas pour les suivants aussi.

Lequel as-tu préféré écrire et pourquoi ?

La première partie sur Cavani, dans laquelle je parle beaucoup de l’Uruguay, ainsi que les premiers chapitres sur Emery quand je parle de ses débuts à Almeria ou Lorca notamment. Après, j’ai toujours aimé ce que je faisais mais si je dois t’en citer, ça serait ces deux parties-là.

Tu as aussi une chaîne Youtube. Si tu devais la définir en une phrase, cela serait laquelle ?

Un contenu lié au football et à ma sensibilité sur tout ce que je peux voir, constater et investiguer dans le cadre de mon travail. Je n’ai pas une vocation à dire que c’est une vérité, mais c’est ma sensibilité.

Il y a certaines vidéos et sujets qui demandent un vrai travail d’investigation. Comment procèdes-tu ?

Déjà, je parle de sujets que je connais. Je cite beaucoup d’articles qui sont mes sources. Je n’avais rien au début et aujourd’hui, je me suis crée un vrai réseau. Dans la même journée, je peux parler au sélectionneur national des jeunes de Bogota comme au capitaine du Pakistan, puis à une personne à l’intérieur du PSG. J’ai construit un véritable cercle et je reçois des appels d’un peu partout dans le monde maintenant. Et puis, il y a un vrai travail d’investigation, que ce soit auprès des services de police, de la justice, des fédérations, etc. Je demande parfois qu’on me sorte un vieux procès pour avoir des informations. J’ai vraiment une énorme quantité de choses intéressantes suite à ce travail et ce que je mets sur ma chaîne, c’est le centième de ce que j’ai entre les mains. Je pense qu’il ne faut pas être impressionnable car parfois, on a tendance à te déconseiller de faire ce que tu fais. L’investigation dans le milieu du foot, les gens n’aiment pas trop. Cela fait un an que je bosse sur le cas de Pini Zahavi et j’ai pu le constater plusieurs fois. Je dirais qu’il faut aussi être acharné car pour remonter des pistes, il faut parfois s’accrocher.

Tu as fait une série de vidéos sur Pini Zahavi. Pourquoi ce choix ?

Quand Neymar est arrivé au PSG, il y a ce nom qui est sorti, Pini Zahavi. Je me suis rendu compte que personne ou presque ne savait qui c’était. Et ce mec en Angleterre se fait surnommer « The first and the only Super Agent » (le premier et le seul super agent). Pour le sociologue italien Pipo Russo et moi-même, c’est l’homme le plus puissant du football mondial, car il correspond parfaitement à la définition du super agent. C’est un mec qui n’interfère pas sur le marché, il le crée et pas seulement au niveau sportif, puisqu’il a des intérêts qui dépassent le foot : politique, industriel, diplomatique, télévisuel, marketing, commercial. Je trouvais intéressant de savoir qui était cette personne qui avait créé un énorme empire en 40 ans, en partant de rien ou presque.

On n’entendait jamais parler de lui par rapport à Mendes ou Raiola, par contre depuis que j’en parle, tout le monde est devenu expert Zahavi et se proclame comme tel, après avoir vu deux vidéos sur lui. Je trouve cela assez marrant. Moi, quand je te dis que je suis allé loin sur lui et que je peux en parler, c’est que j’ai des archives sur lui qui remontent aux années 80.

Quelle est la chose que tu as découverte depuis que tu tiens cette chaîne Youtube qui t’a le plus choquée ? Et pourquoi ?

Il y en a beaucoup, donc quelques exemples comme ça : le fait de vouloir confisquer des passeports à des joueurs, un ministre qui finance un grand réseau de paris truqués, les liens entre le football et le trafic d’armes, mais aussi entre les agents secrets et le football. Je ne vais pas tout détailler là, mais ça sera dans mon prochain livre et certains choses sont frappantes.

As-tu déjà reçu des menaces ou des plaintes suite à des vidéos que tu as mises en ligne ?

A l’époque, j’avais reçu une lettre du responsable presse d’Anderlecht qui m’avait imposé de montrer ma carte de presse. Il y a aussi un agent qui voulait m’attaquer en justice ou encore une personne qui s’appelait Max Moquet et qui m’avait menacé de mort. Sinon, on me dit souvent qu’untel ou untel aimerait bien parler avec moi ou que je dois me méfier de certaines personnes. Après, il y a certaines choses que je sais que je ne peux pas dire. Je connais par exemple des personnes qui sont sur des listes de témoins protégés pour des affaires liées au football.

Je reçois aussi des coups de pression de la part de la presse en France. On m’a clairement fait comprendre que si je me taisais pas sur certaines choses ou que si je m’excusais auprès de la bonne personne, j’avais la promo que je voulais pour mon livre. Tu sais ce que je leur dis à ces personnes là ? Personnellement, les personnes qui défendent la liberté d’expression et après qui font du chantage, je n’ai aucun respect pour eux. Je travaille avec CNN et le New-York Times et je suis beaucoup plus respecté par la presse étrangère que française. Je trouve ça symbolique de la mentalité dans notre pays.

Moi, je ne cherche pas de poste dans la presse française, donc je m’en fous mais vraiment, en France, des choses m’ont choquées. Les mêmes personnes défendent la liberté d’expression et à côté de ça te demandent de baisser ton froc pour parler de mon livre. Ces gens-là confondent la liberté de pression avec la liberté d’expression. Mais globalement, je suis ravi de tous les articles et interviews réalisées suite à la sortie de mes livres. Je ne suis vraiment pas à plaindre car j’ai un contact direct avec mes lecteurs, et cela vaut toutes les promos du monde.

Comment vois-tu ta chaîne Youtube dans 3 ans ?

Déjà, je vais lancer une plateforme qui est en construction, d’ailleurs, je remercie mon chef de projet avec qui je travaille. L’idée est de proposer quelque chose qui n’existe pas encore en France. Il y aura des liens entre cette plateforme et ma chaîne Youtube, donc on verra comment cela fonctionne. Après, je ne me fixe pas d’objectifs, si j’avais envie, je pourrais parler plus souvent des gros clubs dans des vidéos plus courtes et j’aurais sûrement déjà beaucoup plus d’abonnés. Mais ce n’est pas forcément ce dont j’ai envie, car déjà ,il y a tellement d’abrutis qui s’empressent de commenter. Un abruti, pour moi, c’est quelqu’un qui ne débat pas mais qui insulte directement, sans même écouter ce que tu lui dis. Je préfère rester confidentiel et parler des choses que j’aime et si cela plaît, tant mieux.

Après, l’autre objectif de ma chaîne à travers ce que je fais, c’est que les gens entendent parler de moi, apprécient ou non mes idées pour ensuite aller acheter mes livres et être ainsi auto-suffisant, sans me forcer à passer par de la promotion. J’ai aussi des projets à l’international, et j’ai envie que les auteurs français soient reconnus dans le monde du foot dans d’autres pays, ce qui n’est pas forcément le cas. Pour moi, cela commence un petit peu, j’ai mes bouquins qui commencent à sortir en Espagne, en Angleterre ou en Uruguay, c’est une immense fierté que mon travail soit reconnu.

Donc dans 3 ans, je ne sais pas où ma chaîne en sera, les gens en auront peut-être marre de m’entendre parler mais moi, je continuerai selon mes sensibilités et à faire ce que j’aime. Si je peux ajouter de nouveaux contenus comme des interviews par exemples, je le ferai car ce sont des choses que j’aimerais pouvoir mettre en place mais pour le moment, là ou j’habite, c’est un peu complexe.

Nicolas Jacquemard

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Aviron

Thomas Baroukh : « Une belle marge de progression avec Pierre »

Nico

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A quelques jours de la deuxième sortie du deux de couple poids léger français à Lucerne, nous avons rencontré Thomas Baroukh, nouveau coéquipier de Pierre Houin. 

Thomas, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Thomas Baroukh, j’ai 30 ans, je fais de l’aviron depuis 19 ans et je suis ingénieur chez Enedis depuis 8 ans. J’ai participé deux fois aux Jeux Olympiques avec une médaille de bronze en 2016 à la clé.

Deuxième des championnats de France bateau court il y a quelque semaines, es-tu satisfait de cette course ?

Je suis relativement satisfait car cette deuxième place me permet de monter dans le double de façon assez indiscutable. La saison n’a pas été simple, le choix de repasser en poids léger s’est fait assez tard donc c’était loin d’être une évidence que je puisse monter dans ce bateau. Sur le déroulement du championnat et de la finale, je pense que je n’étais pas en fome, j’étais malade donc un peu fatigué et je n’ai pas pu dérouler mes courses comme d’habitude.

Tu as donc intégré le double pour remplacer Jérémie Azou, un des plus grands rameurs français. Est-ce que tu as ressenti un peu de pression ?

Je n’ai jamais vraiment consideré que je prenais sa place car ça reste le double poids léger français, mais c’est une autre histoire qui ne se fera pas sur les mêmes qualités, je ne suis pas Jérémie Azou, j’ai d’autres qualités et il faut que je fasse avec. Les repères que Pierre avait avec Jérémie nous sont utiles à l’entraînement,  mais c’est à nous de trouver notre propre geste et d’écrire notre propre histoire. Pour le moment, nous avons plusieurs mois pour travailler ensemble car l’année prochaine les compteurs seront remis à 0. On va essayer de construire et espérer que ce soit pour la plus longue durée possible mais pour le moment, le bail c’est jusqu’en septembre.

Donc non pas particulièrement de pression. J’ai côtoyé Jérémie pendant longtemps, comme je disais je n’ai pas ses qualités donc je ne peux pas tout de suite prétendre aux mêmes choses et aux mêmes résultats, mais c’est un bel objectif à relever.

© Daniel Blin / FFAviron

Quatrième pour la première course à Linz, quelle analyse fais-tu de votre performance ?

Nous faisons la même analyse avec Pierre et même notre entraineur, Alexis. Nous avons identifié ce qui pouvait nous faire progresser encore, nous nous sommes rassurés sur notre performance en course. Nous savons que nous allons très vite quand la cadence est plus basse et qu’il faut arriver à trouver le même rendement sur nos cadences de courses. C’est à la fois rassurant et satisfaisant de voir que les écarts avec les meilleurs bateaux mondiaux sont relativement faibles, sachant que nous avons une marge de progression.

Qu’est-ce que vous aimeriez réussir à faire de mieux à Lucerne ?

Les Italiens et Norvégiens ne seront pas alignés donc nous ne pourrons pas voir d’évolutions par rapport à eux. Les Belges, les Polonais et les Irlandais seront là donc il y aura de la concurrence qui nous permettra de nous étalonner. Personnellement, ce qui nous fera dire qu’on est sur la bonne voix, ce sont les sensations que l’on va avoir sur les courses et de voir a posteriori si nous avons réussi à corriger les problème identifiés à Linz ou si d’autres sont apparus.

Comment ça se passe avec Pierre ? Arrivez-vous à trouver vos marques ?

Cela se passe très bien, nous avons la chance de ressentir les mêmes choses dans le bateau et de faire les mêmes analyses sur chaque entraînement, cela évite de trop se prendre la tête. On échange autant que besoin, pas énormement dans le bateau car ce n’est pas forcement une habitude que Pierre a. J’avais pour habitude de plus parler dans les bateaux quand j’étais en pointe mais je n’en ressens pas le besoin avec Pierre. On continue aussi à se découvrir hors du bateau.

Quel est ton objectif ultime comme rameur ?

Mon objectif, c’est de faire mieux aux JO de 2020 que ce que j’ai fait à ceux de 2016, donc cela ne laisse pas beaucoup de possibilités. (Rires)

Et Paris 2024 comme rameur, c’est possible ?

Non c’est trop loin, je pense que j’aurai envie de passer à autre chose après 2020 peu importe le résultat à Tokyo. Paris 2024 ça ne sera pas comme athlète mais pourquoi pas comme bénévole ou impliqué dans l’organisation.

Nicolas Jacquemard

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