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Sports de raquette

Sylvain Ternon : « La principale chose qui m’anime, c’est le titre de champion du monde de racketlon »

Sébastien Gente

Publié le

Sylvain Ternon la principale chose qui m'anime, c'est le titre de champion du monde de racketlon
Photo Sylvain Ternon

RACKETLON – Prenez le tennis de table, le badminton, le squash et le tennis, associez-les et vous obtenez le racketlon. Meilleur spécialiste français de la discipline et vice-champion du monde 2024, Sylvain Ternon nous parle de son sport à l’aube des finales du circuit mondial qui débutent ce vendredi.

Bonjour Sylvain, comment ça va ? Comment est l’état de forme avant les finales ?

Physiquement, ça va, je suis en pleine préparation pour les Masters ce weekend. Matchs de poule vendredi et demies + finale samedi. C’est une première, le circuit mondial a organisé une « Race » sur 12 mois, et les huit premiers seront aux Masters. À savoir qu’ils essayent une petite modification, puisque les matchs dans les 4 disciplines sont traditionnellement en 21 points gagnants, mais lors des matchs de poule, ils seront en 11 points gagnants, avant de revenir au format traditionnel en phases finales. Personnellement, je milite pour des parties en moins de 21 points.

Quelque chose comme des parties en 15 ou 16 points ?

Moi, je souhaiterais en 15 points oui, mais je n’ai pas de réel argument pour ça, c’est plutôt mon feeling. Mais c’est bien d’essayer quand même. En sachant qu’une partie de racketlon, cela peut être expédié en 30 – 40 minutes, mais si les matchs sont serrés, cela peut durer jusqu’à deux heures, donc possible que ce soit une bonne idée.

Comment est organisé le circuit mondial ?

Ce n’est pas vraiment différent des autres sports de raquette, avec un Championnat du monde et quatre niveaux de compétition sur les tournois. Mais la vraie spécificité – que je trouve un peu bête – c’est que le classement n’est pas lissé sur 12, mais 24 mois, ce qui fait que certains peuvent garder un bon classement sans jouer. Cela n’incite pas à jouer, car on peut se retrouver tête de série pour les Mondiaux sans jouer pendant plus d’un an.

Les finales seront-elles diffusées ?

Normalement, elles seront diffusées sur Facebook (les finales ont lieu en Suisse, NDLR). Il n’y a que l’Autriche qui fait un réel effort sur la diffusion. On a eu une super diffusion pendant les Championnats du monde, avec des commentateurs top sur les derniers matchs. Mais je pense qu’on se contentera d’une caméra fixe derrière les courts principaux. Normalement, ce sera sur le Facebook de la fédération internationale.

Tu as été vice-champion du monde pour la première fois cet été. Qu’est-ce qui t’a manqué pour le titre ?

J’ai perdu contre Luke Griffith (star de la discipline et désormais triple champion du monde, NDLR), et ce qu’il m’a manqué, c’est principalement au niveau du squash. Il y a plusieurs éléments, on n’aura peut-être jamais les réponses, mais j’ai pris 21-9 au squash, un score qui est cohérent par rapport à nos niveaux respectifs, mais il n’excelle pas forcément au squash. Ce qui me manque, c’est un niveau de classement au squash, histoire d’arriver à marquer 15 points au lieu de 9. Et les deux fois où je l’ai joué, si j’avais mis 15 points au lieu de 9, je gagnais le match.

Et puis en termes de concurrence, lui et son frère, je suis le seul qui arrive à les accrocher, j’ai d’ailleurs déjà battu son frère (Leon, deux fois vice-champion du monde, NDLR), il m’a battu aussi, mais d’autres joueurs, qui pourraient me battre, n’auraient aucune chance contre les frères Griffith. Parce que je suis en capacité de les battre sur mon point faible (le tennis de table, qui n’est évidemment pas leur point fort) et de les battre également sur leur point fort (le Badminton), c’est une question de profil, je pense qu’ils sont objectivement de meilleurs racketlète que moi, mais j’ai un profil embêtant pour eux.





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Justement, comment évoluer sur cette discipline en particulier ?

Sans avoir réellement délaissé les autres sports, je fais un très gros focus sur le squash actuellement lors de mes entraînements depuis septembre. Sans rentrer dans les détails sur le temps accordé à chaque discipline, je fais beaucoup plus de squash aujourd’hui. Et cette année, j’arrive à jouer avec des gens qui sont plus forts que moi dans cette discipline, ce qui me fait progresser.

Une particularité est que les Mondiaux ont lieu en août, et avec les fortes chaleurs, les balles vont excessivement vite. Du coup, en accord avec mes entraîneurs, on a pris des balles qui vont vite même en hiver. Mais je n’ai pas de certitudes sur ce que ça va donner.

Comment arriver à trouver un équilibre entre les quatre disciplines ?

Il y a un équilibre à trouver, mais je dois aussi accepter que je suis moins fort en badminton qu’il y a quelques années (Sylvain Ternon est ancien numéro 3 français en badminton, NDLR) pour évoluer dans les autres disciplines. Et malheureusement, toutes les séquences d’entraînement restent quelque peu indépendantes. Mon coach de squash ne connaît pas mon coach de ping, et inversement. C’est à moi de gérer mes entraînements, mes phases de récupération, mes axes de travail.

Ce serait super, mais aujourd’hui, le racketlon n’est pas assez développé, et je ne suis pas assez supporté pour mettre ça en place. Il n’y a pas de lien très fort entre les activités.

Justement, comment se développe la discipline ? Par exemple, les Mondiaux cette année ont eu lieu pendant les Jeux Olympiques…

C’est une question qui est assez épineuse (rires). Il y a différentes envies de développer le racketlon au niveau national ou international. Au niveau national, des pays comme la France ou l’Autriche font vraiment un effort pour développer les compétitions dans leurs pays respectifs, ou encore en termes de compétitions de jeunes, de trouver des entraîneurs. Après, je n’ai pas les tenants et aboutissants de tous les pays, mais au niveau international, je ne vois pas grand-chose de fait par les autres pays, je ne vois pas de jeunes arriver dans la discipline. La Grande-Bretagne, qui a pourtant le champion du monde, n’a plus de tournois au niveau international.

Et puis je trouve qu’au niveau de la fédération internationale de racketlon, c’est encore pire. Rien n’est fait pour inciter les joueurs à venir au racketlon ou à y rester. Il n’y a pas ou peu de prize money sur les tournois, ça coûte très cher, tout est à nos frais, il n’y a pas de statut de sportif de haut niveau qui fait qu’on est aidés d’une manière ou d’une autre. Souvent, les joueurs de haut niveau ne restent pas longtemps, parce qu’on se demande l’intérêt de persévérer dans un sport avec peu de reconnaissance, de communication, de médiatisation.

Il y a quelques points positifs, par exemple, j’ai fait beaucoup d’interviews récemment, mais cela reste au niveau national, parce que Racketlon France a fait beaucoup d’efforts. Mais au niveau international, c’est une catastrophe. On a eu des retransmissions sur Facebook filmées par un téléphone par exemple. Toutes ces choses font que le racketlon international est en danger pour moi. Et puis le jour où j’arrête le racketlon, au vu de l’âge des deux frères (21 et 24) j’ai bien peur que ces derniers ne trustent tous les titres sans rien partager pendant des années, personnellement, je ne crois que ce soit une bonne chose pour la discipline. Les patrons de la fédération internationale sont très sympathiques, mais je mets un peu en question leurs compétences pour développer ce sport, c’est ce qui m’inquiète pour l’avenir.

En terme financier, comment tu t’en sors ?

Je ne sors pas, je ne bois pas, je ne fume pas, et toutes les choses que je voudrais faire, je les reporte, parce que j’aurai le temps de les faire quand j’aurai arrêté ma carrière. Tout l’argent que j’ai part dans la discipline, je mange, je dors et je m’entraîne au racketlon. Ce sont des choix qui ont une durée limitée, des choix personnels. Tout l’argent que je pourrais mettre dans les loisirs part dans l’entraînement, le matériel, la récupération, etc.

Donc, tu sais déjà que ta carrière durera un temps limité…

J’ai déjà 35 ans, et la principale chose qui m’anime, c’est le titre de champion du monde de racketlon, ce ne sont pas les records. C’est compliqué, parce que j’ai deux rivaux hyper forts, qui passent de plus leur temps à s’entraîner ensemble. J’étais très déçu après les Mondiaux, mais j’ai dû trouver d’autres motifs de satisfaction. Par exemple, j’ai fait un beau tournoi le weekend dernier à Graz avec un beau prize money, 2.000 €. Pour les finales, il est de 1.200 €. Ce ne sont pas des sommes qui couvriront les frais d’entraînement, mais ce sont des sources de motivation et de satisfaction assez sympathiques. Car si c’est juste le titre de champion du monde, je risque d’être déçu.

Quand tu as commencé le racketlon, tu te voyais avec un futur long terme dans la discipline ?

Comme beaucoup, j’ai été trop optimiste sur mon niveau réel quand j’ai commencé. J’ai regardé les meilleurs mondiaux jouer et je me suis dit « je ne dois pas être si loin ». Il se trouve que peu après, j’ai eu l’occasion d’affronter le n°2 mondial de l’époque, et j’ai vite vu qu’il faudrait quelques années d’entraînement (rires). Mais de base, je n’avais pas de réel objectif, car je connaissais très mal le squash et le ping. Et quand tu pars de très bas, tu progresses très vite.

Et au-delà du racketlon, le fait de progresser dans ces deux disciplines m’a donné envie de persévérer. Et forcément, les bons résultats sont arrivés régulièrement, pas forcément au classement, parce qu’il n’est pas toujours représentatif. Ma victoire de référence, comme je te disais, c’était contre Leon Griffith en 2022, qui était numéro 1 mondial à l’époque, À partir de là, j’ai su que je pouvais battre n’importe qui et donc la machine était lancé pour des objectifs un peu plus présomptueux.

J’imagine que tous les joueurs de racketlon commencent d’abord par un sport de raquette en particulier, pas directement par cette discipline…

C’est beaucoup ça, mais on se rend compte que les frères Griffith par exemple, même si ce sont des spécialistes de bad, ils ont touché aux quatre sports étant jeunes. Luke Griffith a d’ailleurs performé en badminton avant de revenir sur les quatre disciplines, donc il n’a jamais eu de sport faible, contrairement à moi qui étais « faible » en ping et en squash. Mais pour la globalité des joueurs, c’est tel que tu le dis.

Comment la fédération française réussit à attirer des gens dans la discipline ?

Les deux gros piliers sont Mandrin Mouchet et Josselin Gadé, le président de la fédération. Aux prémices, Mandrin a cartographié la France en cherchant tous les endroits où les infrastructures existaient pour possiblement jouer au racketlon. Après, ils ont essayé de développer au maximum l’offre de tournois, pour que le plus de monde puisse y avoir accès. Et quand on regarde la carte, elle est plus dense que n’importe quel pays dans le monde.

Une fois qu’il y avait pas mal de joueurs, ils ont commencé à créer des clubs, il y en a six désormais. Les clubs sont à présent aptes à recruter des joueurs, et il y a d’autres clubs qui devraient se créer prochainement. Et depuis deux ans, nous sommes affiliés à la FF Badminton comme discipline associée, ce qui nous permet d’avoir certains supports, comme un stage de préparation aux Championnats du monde financé par la FF Badminton.

On a même cru un moment qu’on aurait un statut de sportif de haut niveau, ça aurait été beau. Mais il faudra a priori s’armer de patience. Je ne serai probablement plus athlète à ce moment-là. C’est sûr que c’est dur de s’entrainer quotidiennement à côté de la vie professionnelle, de tout organiser soi-même et d’avoir les contraintes de sportifs de haut niveau que l’on connait tous. Le manque de reconnaissance est parfois frustrant, mais je reste focalisé sur la passion, l’amour de compétition et les objectifs à venir. Le racketlon est aujourd’hui un sport mineur, il faut en avoir conscience, l’assumer et continuer d’avancer malgré tout.

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