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Tennis et blessures : comment le style de jeu affecte la santé physique

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Ces dernières semaines, l’état physique de Rafael Nadal a beaucoup fait parler. Alors qu’il a dû déclarer forfait pour ses 13 et 14ème tournois depuis 2017 (Indian Wells et Miami), son oncle Toni Nadal a parlé de son protégé comme d’un « blessé qui joue au tennis ». La logique était alors, comme beaucoup l’ont fait, de se questionner sur l’impact que peut avoir le style de jeu de l’espagnol sur son état physique. Pourquoi Rafael Nadal, à 32 ans, est-il aujourd’hui plus handicapé par des blessures que Roger Federer ou même Ivo Karlovic, pourtant bien plus âgés que lui (37 et 40 ans) ? 

Pour avoir une réponse satisfaisante à cette question, il faut étendre l’analyse à l’ensemble des joueurs. Quelle est la fréquence des blessures dans le tennis professionnel ? Qui sont les joueurs qui se blessent le plus ? C’est à travers un comparatif des forfaits, désistements et abandons en cours de match entre les différents joueurs qu’un début d’analyse est possible. Ainsi, ce sont les saisons ATP 2017, 2018 et la première moitié de 2019 qui ont été étudiées ici. Avec des saisons allant d’une cinquantaine de matchs à parfois plus de 100, les organismes sont mis à rude épreuve et il est rare qu’un joueur passe une année complète sans forfait ou abandon.

Objectif de l’étude

L’objectif est d’établir un lien entre style de jeu et fréquence des blessures. Beaucoup ont émis cette hypothèse : la manière qu’a Rafael Nadal de jouer au tennis a forcément eu des conséquences sur son physique. Excellent relanceur et joueur de fond de court qui s’accroche sur tous les points, son style de jeu a conduit à un énorme succès sur le circuit. Mais ce succès n’est pas éternel, et lui-même a assuré « avoir peur d’en payer le prix à 45 ans ». Les nombreuses inquiétudes sur son état de santé ont éveillé les consciences sur la manière dont ces joueurs mettent à mal leur corps à chaque match joué. Le but de cette étude est donc de traduire, sous forme de graphique de données, l’hypothèse selon laquelle le style de jeu d’un joueur est déterminant dans la fréquence des blessures qu’aura celui-ci pendant sa carrière.

Échantillon étudié

Pour cette étude, un échantillon de 20 joueurs ATP a été choisi comme étant le plus représentatif de l’étendue des styles de jeux sur le circuit. Allant des meilleurs serveurs du circuit voire de l’histoire (Isner, Karlovic), jusqu’à l’élite des retourneurs (Nadal, Goffin), tout le panel de style est représenté. Pour éviter un trop grand nombre de joueurs et des graphiques illisibles, ces joueurs ont été choisis parmi ceux ayant connu plus de 6 forfaits sur ces 3 dernières années. C’est pourquoi des joueurs comme Djokovic, Thiem ou encore Zverev n’y figurent pas. De plus, à part Daniil Medvedev, tous ces sportifs ont plus de 27 ans, ce qui les met sur le même pied d’égalité au niveau des pépins physiques liés à l’âge.

Voici les 20 joueurs étudiés :

  • ALMAGRO, Nicolas (ESP)
  • BAUTISTA-AGUT, Roberto (ESP)
  • CARRENO-BUSTA, Pablo (ESP)
  • CILIC, Marin (CRO)
  • CUEVAS, Pablo (URU)
  • DOLGOPOLOV, Alexandr (UKR)
  • EBDEN, Matthew (AUS)
  • FEDERER, Roger (SUI)
  • FERRER, David (ESP)
  • GOFFIN, David (BEL)
  • HARRISON, Ryan (USA)
  • ISNER, John (USA)
  • KARLOVIC, Ivo (CRO)
  • KOHLSCHREIBER, Philipp (GER)
  • KRAJINOVIC, Filip (SER)
  • MEDVEDEV, Daniil (RUS)
  • MULLER, Gilles (LUX)
  • NADAL, Rafael (ESP)
  • QUERREY, Sam (USA)
  • SOCK, Jack (USA)

Les graphiques

Le graphique ci-dessous est celui qui récapitule l’ensemble de l’étude et répond de la meilleure manière à la question de base : oui, le style de jeu d’un joueur influe sur les risques qu’il se blesse. Étudié sur la base des 3 dernières saisons ATP, le nombre de blessures est sélectionné en fonction des forfaits et abandons que les joueurs ont connu sur cette période-là. Ainsi, Alexandr Dolgopolov a connu 23 blessures tandis que Jack Sock ou Marin Cilic n’en ont connu que 6. 

Allant de 1 à 10, l’indice de style de jeu est quant à lui calculé en prenant en compte le nombre d’aces moyen, le pourcentage de jeux de services et de retours gagnés, la taille du joueur et la part de matchs joués sur surfaces rapides (dur outdoor et indoor, moquette, gazon). Plus l’indice est élevé, plus le joueur est considéré comme étant un terrien, excellent relanceur et joueur de fond de court. Plus il est bas, plus le joueur est considéré comme un joueur de surfaces rapides, gros serveur et adepte du service/volée. Ainsi, le croate Ivo Karlovic a l’indice le plus bas parmi l’échantillon (1,2) tandis que David Ferrer a le plus élevé (7,2).

Nombre de blessures en fonction de l’efficacité du service

Le service est une composante majeure du jeu puisque c’est lui qui peut décider de la longueur des échanges. Un joueur doté d’un service solide pourra plus se reposer sur cet élément de son jeu pour dominer le point, et espérer des échanges bien plus courts et moins physiques. C’est pourquoi un joueur comme Ivo Karlovic arrive à conserver un niveau de jeu global remarquable même à un âge avancé. Son style de jeu lui demande peu de dépenses physiques, et il est donc moins sujet aux blessures. En voici la preuve :

(L’indice du service est calculé avec le nombre d’aces et le pourcentage de jeux de services remportés)

Nombre de blessures en fonction de la part de matchs joués sur terre battue

Si Rafael Nadal a déclaré que c’était les surfaces dures qui éprouvaient son corps, c’est surtout la terre battue qui a engendré les blessures dont il souffre aujourd’hui. Car qui dit terre battue dit surface très lente, donc coups et services moins puissants, échanges plus longs et éprouvants, plus de breaks par match et un temps passé sur le court qui s’allonge considérablement. C’est pourquoi, selon cette étude, un joueur qui dispute une majorité de matchs sur terre battue sera plus sujet aux blessures pendant sa carrière. En voici la preuve :

Nombre de blessures en fonction de la taille du joueur

Si on pourrait penser que le rapport entre les blessures et la taille du joueur se rapproche de celui avec l’efficacité du service (aces et pourcentage de jeux de services gagnés), autrement dit qu’un joueur grand servira toujours mieux qu’un petit, ce n’est pas toujours le cas et c’est pourquoi cette analyse est intéressante. Parmi l’échantillon des 20 joueurs, Rafael Nadal et Nicolas Almagro (1m85 et 1m83) ont par exemple un service plus efficace que Daniil Medvedev (1m98). Mais un joueur plus petit sollicitera plus son corps (déplacements, sprints, force des coups) qu’un joueur grand qui aura forcément moins de pas à effectuer et forcera moins ses coups. C’est pourquoi le premier est plus sujet aux blessures. En voici la preuve :

Au final, toutes ces données et ces graphiques nous indiquent bien une tendance selon laquelle le style de jeu d’un joueur a une influence sur sa santé physique. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut en faire une généralité. Cette étude a été réalisée sur un faible échantillon de 20 joueurs, sur une période assez courte et ne peut donc pas être représentative du tennis en général. Si le constat de base est difficilement contestable, il n’existe pas une explication qui s’appliquerait à tous les joueurs.

Surtout, il existe énormément de facteurs qui déterminent la fréquence des blessures chez un joueur professionnel, que ce soit une fragilité de naissance, un physique propice aux blessures, un mental vacillant ou simplement de la malchance. Et tout n’est pas explicable par des graphiques.

Tom Compayrot


Journaliste/rédacteur depuis mars 2017 - Amoureux de la petite balle jaune et du gros ballon orange qui traîne sa carcasse sur Dicodusport depuis 2017. Rafael Nadal et LeBron James sont les meilleurs joueurs de l'histoire.

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