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Cyclisme

Thibaut Pinot, un romantique du cyclisme : merci pour tout !

Paul Lalevee

Publié le

Thibaut Pinot, un romantique du cyclisme merci pour tout !
Photo Icon Sport

CYCLISME – Des émotions comme peu de coureurs peuvent procurer. Thibaut Pinot est de cette trempe. De son premier succès sur le Tour en 2012 aux échappées sur les routes françaises 11 ans plus tard, le grimpeur de Mélisey aura fait rêver les Français.

Après 13 ans de carrière professionnelle, Thibaut Pinot, tu as décidé de mettre pied à terre définitivement, ce samedi, après le Tour de Lombardie. Une course que tu as déjà remportée, en 2018, au nez et à la barbe du tenant du titre Vincenzo Nibali. Ce jour-là, dans le Civiglio, tu nous as fait rêver Thibaut. En lâchant l’un des tout meilleurs coureurs de notre génération, tu as remporté ton Monument. Et c’est ce que tu représentes pour nous, suiveurs du cyclisme : un Monument. Tu ne te considères pas comme un champion, pourtant, tu l’es. Juste, MERCI.

Un corps méchant

Alors oui, ton corps ne t’a jamais laissé tranquille. À l’aube de tes plus grands succès, il t’a rattrapé. Comme pour t’empêcher d’accomplir tes rêves les plus fous, nos rêves les plus fous. En cet été 2019, tous les Français se sont mis à rêver d’un Pinot en jaune à Paris. Tu étais le plus fort au Tourmalet, le plus fort au Prat d’Albis. Il ne restait plus que quelques étapes. Mais une blessure musculaire a réduit à néant tous les scénarios et fait pleurer de nombreux Français.

Toi-même, en te confiant cette année sur RMC, tu faisais le bilan réaliste de ton corps. « J’avais le potentiel pour faire beaucoup mieux, mais malheureusement, dans le vélo, il n’y a pas que ça qui compte. J’ai eu un système immunitaire qui était très mauvais pour faire la carrière que j’aurais peut-être pu faire. Il m’a souvent trahi dans les moments importants, mais c’est comme ça, ça fait partie de ma fragilité et j’ai su vivre avec ». Mais finalement, n’est-ce pas cette fragilité qui a conquis le cœur de tes fans ?

Un coureur plein d’espoir(s)

En 2009, tu remportes le Tour de la Vallée d’Aoste. Pour un grimpeur comme toi, c’est le summum chez les jeunes. Je te qualifie de grimpeur, tout comme ton manager sportif de toujours, Marc Madiot : « Quand il est arrivé, c’était un jeune coureur avec du talent pour la montagne et qui avait envie de faire du vélo sans trop se poser de question, juste pour le plaisir de pédaler. C’était un peu ça, Pinot. (…) Il était ambitieux jusqu’à un certain point, jusqu’au moment où ça l’emmerde de l’avoir les contraintes à côté », quand il parlait de toi chez Eurosport, il y a quelques jours.

L’année suivante, tu rejoins la Française des Jeux. Ton premier résultat significatif est obtenu à l’autre bout de la France, dans le Finistère, en terminant 5ème. Tu mets rapidement à contribution ton talent de grimpeur né, en finissant 3ᵉ de la 5ᵉ étape du Critérium du Dauphiné cette année-là. En concluant cette course à étapes en 20e position au classement général, tu montres déjà tes prédispositions. Un an plus tard, tu remportes tes premières victoires chez les professionnels, sur le Tour d’Alsace et la Semaine Lombarde. Mais ce n’est qu’un an plus tard que tu éclos véritablement aux yeux du grand public.





Porrentruy, la révélation Thibaut Pinot

En 2012, tu participes à ton premier Tour de France. Initialement, tu ne devais pourtant pas y participer. Mais Arnold Jeannesson déclare forfait. Et c’est toi qui te retrouves propulsé sur les routes de la Grande Boucle. Tu es le benjamin de cette édition, et tu es là pour « prendre de l’expérience ». Mais toi, tu ne veux pas seulement de prendre de l’expérience. Sur la 8e étape entre Belfort et Porrentruy, tu rattrapes tour à tour les échappés, où tu figurais depuis le matin. Devant un Marc Madiot à 1000% dans la voiture, tu devances d’une trentaine de secondes Cadel Evans. Quatre jours plus tard, tu devances tous les favoris à la pédale dans La Toussuire. Seul Pierre Rolland, échappé, lève les bras devant toi. Pour ton premier Tour de France, tu finis 10e.

Proche de la victoire, mais sans jamais triompher

Tu n’arrives pas à confirmer en 2013, abandonnant le Tour après avoir perdu six minutes sur l’étape d’Ax-3 Domaines. Tu te rattrapes sur la Vuelta, avec une septième place au général. L’année suivante, c’est l’inverse. Tu brilles sur le Tour de France, avec une troisième place, avant d’abandonner le Tour d’Espagne, touché par les fortes chaleurs. En 2015, tu remportes l’étape mythique de l’Alpe d’Huez devant Nairo Quintana, j’y étais. À ce moment-là, tu fais briller les yeux de tous les enfants sur le bord des routes.

2020 aura été l’année du chamboulement de ta carrière. Alors que tu restais sur des années pratiquement au sommet des cimes, le Tour de France, lieu de bonheur, devient lieu de malheur. Sur les routes détrempées de la première étape, en direction de Nice, tu chutes. Et là, c’est le début de la fin.

L’Italie et Thibaut Pinot

Franchissons les Alpes. Ce n’est qu’en 2017 que tu découvres le Tour d’Italie, même si tu avais déjà sauté le pas, notamment pour le Tour de Lombardie. À la bagarre avec Tom Dumoulin, Vincenzo Nibali et Nairo Quintana, tu finis quatrième, victoire d’étape en prime. Mais ce ne sont pas ces deux courses qui t’attirent le plus. « Pour moi, la plus belle course de l’année, ça reste les Strade Bianche. Selon moi, c’est la course qui représente le mieux l’Italie. Avec ses paysages, son public qui est vraiment chaud et connaisseur, je suis comme chez moi », racontais-tu au média Le Cycle, en 2023. 2023, c’est aussi l’année de ton dernier Giro. On sait que tu vises le classement général, tu as du mal à courir sans y penser. Mais avec des échappés, tu réussis à remporter le « maglia azzuro » et finir 5e du général. Finalement, est-ce que ce n’est pas ça, Thibaut Pinot ? Briller en montagne et réussir de beaux classements généraux ?

Mais en courant avec Marc Madiot, tu as passé la plus grande partie de ta carrière sur les routes françaises. « Pendant longtemps, il ne voulait pas faire le Tour et à la fin, il voulait absolument faire le Tour. Je lui ai dit « Tu m’as fait chier pendant des années à ne pas vouloir faire le Tour, maintenant, tu me fais chier pour le faire alors que ce n’était pas prévu » ». Cela a le mérite d’être clair.

Thibaut Pinot, un coureur authentique

13 années de carrière professionnelle avec une seule équipe, la structure FDJ, et un seul patron : Marc Madiot. Et c’est sans doute celui qui parle le mieux de toi, chez Eurosport : « Pinot est authentique. Dans sa carrière, c’est quelqu’un qui donnait toutes ses émotions. Voir Pinot dans un col, c’est différent que pour d’autres coureurs qui sont le nez sur leur capteur de puissance. Pinot, il y a une grimace, la barbe de trois jours, un déhanchement. Il y a quelque chose qui est transmis involontairement au public ».

Et c’est bien cette relation au public qui a créé la passion. Quand tu es passé dans le Virage Pinot sur le dernier Tour de France, tous les poils de tes fans se sont hérissés. Tu avais réussi à te porter à l’avant, et, seul, tu as franchi un endroit devenu mythique en quelques jours. Et ce Virage Pinot, tu vas le retrouver pour ta toute dernière course, sur le Tour de Lombardie. « Je vais finir sur la course qui m’a toujours fait rêver. Je ne dis pas que j’aimerais regagner le Lombardie, mais finir sur le podium pour le dernier jour de ma carrière, ça serait vraiment bien », disais-tu sur RMC. La retraite, tu l’avais annoncée dès le début de saison, mais au fond de nous, on espérait tous que ça ne soit pas le cas. Qu’en milieu de saison, tu dirais « je continue ». Mais finalement, à quelques heures de la fin, on s’est rendu compte que c’était fini.

Alors, rêvons, tous ensemble, une dernière fois. Et promis, après, on te laissera tranquille, libre. Merci pour tout, Thibaut !

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