Titouan Hallé : « La vie de volleyeur de club me convient très bien ! »
VOLLEYBALL FRANÇAIS – Parmi les piliers de Saint-Nazaire, inoubliable champion de France la saison passée, Titouan Hallé revient sur la réussite de son club avant les barrages de Ligue des Champions, sa carrière, ses ambitions et l’état du volley français.
Bonjour Titouan, comment ça va ? La saison est déjà longue…
Une saison comme ça, c’est fatigant (rires). On a beaucoup de matchs, souvent deux par semaine, c’est usant, mais on est habitués.
Ce mercredi, vous avez un grand rendez-vous avec le barrage aller de Ligue des Champions. Vous avez fait une préparation particulière ?
C’était un peu compliqué avec l’enchaînement des matchs, car on n’a pas que la Ligue des Champions comme objectif. Pour moi, un match se prépare aussi en jouant les autres matchs. La préparation se fait sur le long terme, même si on va forcément regarder comment l’autre équipe joue et comment on peut faire pour les contrer du mieux possible. Mais cela ne nécessite pas des jours entiers, il faut de la vidéo, de la tactique, et ça ira (rires).
L’Olympiakos n’est pas le meilleur des tirages…
Je ne sais pas trop, à ce stade, toutes les équipes restantes sont vraiment très fortes. D’une année à l’autre, c’est dur de savoir quelles équipes sont réellement fortes. Quelle que soit l’équipe, ce n’était pas un bon tirage. Le bon tirage, c’était nous (rires). Mais c’est un rôle qui est plus facile à aborder d’être outsider. Ce sera à eux d’assumer leur statut de favori.
La campagne de Ligue des Champions est jusqu’ici une vraie réussite. Vous vous attendiez à ça ? Vous y alliez vraiment pour la qualification ?
On termine meilleur troisième, on a plus de points que certains deuxièmes de poule. On y allait réellement pour se qualifier, mais vu notre saison à côté de la Ligue des Champions, ce n’était pas le scénario le plus probable. Mais on est arrivés sans complexes, on a mérité notre qualification en gagnant le championnat avec le neuvième budget de Marmara SpikeLeague. On a montré qu’avoir une grosse équipe avec des joueurs connus ne suffisait pas pour gagner.
Là, on a pris trois points contre Ankara. Perugia, on perd deux fois, mais on n’a clairement pas démérité. Et contre l’équipe tchèque (Ceske Budojvice, NDLR), on a assumé notre statut de favori, un statut rare pour nous (rires), et on a pris deux fois trois points. C’est réussi. On ne pouvait pas faire beaucoup mieux. Moins, cela aurait été une déception, mais trois points contre Ankara, c’est quand même une belle performance.
Justement, toute la campagne est sans doute dictée par ce premier match gagné à l’arraché en Turquie. C’était votre tout premier en Ligue des Champions. Où avez-vous trouvé les ressources ce soir-là ?
Difficile à dire. On avait vécu une fin de saison dernière incroyable, on jouait super bien, mais on n’avait que des matchs importants à jouer. Repartir à zéro trois moins plus tard en championnat, c’est très compliqué. Ce n’est pas qu’on n’avait pas envie, mais ce titre, c’était une première pour tout le monde, et c’était très dur de redescendre. Et pour l’instant, on n’arrive toujours pas à gérer ça. Il y a un fossé avec la Ligue des Champions, où on n’a rien à perdre. C’est le plus gros objectif de l’année. On a réussi ce soir-là à récupérer l’envie qu’on avait en fin de saison dernière, c’est ce qui a fait que…
En Ligue des Champions, tout ce qui se passe de mal, on le met de côté. Ce n’est pas le moment de régler nos problèmes ou de chipoter. On joue à fond, on a envie de mériter notre place, c’est aussi une question d’égo. On est champions de France en titre, mais on est 11ème actuellement, tout le monde se demande pourquoi on joue la Ligue des Champions. Là, on a gagné à Ankara, on est officiellement dans les 11 meilleures équipes d’Europe, personne n’a rien à dire.

Vous venez de perdre Jordan Ewert, qui est parti en Italie…
C’est un coup dur, c’était un joueur important. Mais au-delà de ça, on a beaucoup de blessés actuellement, notamment Henri Leon, et on manque de rotation sur le poste de pointu. Mais ça permettra peut-être de faire émerger d’autres joueurs. La saison ne se passait pas non plus bien malgré la présence de Jordan.
C’est surprenant que le club l’ait laissé partir malgré ces blessures…
Chacun sa manière de voir les choses… Certains sont contre le fait de laisser partir des joueurs en cours de saison. Mais est-ce que le club a intérêt à garder un gars qui n’a pas envie de rester ? Même si le club sait que ce n’est pas forcément la meilleure décision, cela ne sert à rien de forcer un joueur qui veut partir à rester. Mais on n’est plus à ça près (rires), ça ne va pas nous plomber.
Vous êtes éliminés en Coupe de France, il vous reste six matchs de saison régulière en championnat (cinq, entretien réalisé avant la défaite contre Tours, NDLR). Vous pensez pouvoir encore vous qualifier ?
Oui, c’est faisable. Il reste potentiellement 18 points à prendre. On va jouer les équipes avec qui on est en concurrence pour la qualification. Si on gagne contre eux, on reste en course, il ne restera plus qu’un match d’écart. Mais notre destin n’est pas entre nos mains, et notre calendrier est compliqué. Mais mathématiquement, c’est possible (rires).
Ce problème pour rebondir dont tu parlais après l’incroyable saison dernière, c’est un sentiment présent à tous les niveaux du club ?
Après une si belle saison, des frustrations sont rapidement arrivées parce que les choses ne tournaient pas comme on voulait en début de saison. Mais pour un coach, ce n’est pas si difficile à gérer. Il est arrivé dans un club champion de France et qualifié en Ligue des Champions, mais ça n’a pas marché en Championnat. Il n’y a pas vraiment d’excuses, le club est génial, les supporters sont toujours là, et pour eux, ce n’est pas facile non plus. L’année dernière, c’était inespéré, revenir tous les ans pour voir des matchs contre les mêmes équipes, c’est déjà génial qu’ils soient là, mais en plus, si ton équipe ne joue pas bien… C’est dommage, c’est un beau club, et c’est regrettable de ne pas avoir réussi à surfer sur la dynamique de la saison dernière.
Vous avez ressenti la pression d’être champion de France ?
Certains peut-être, on n’en a pas trop parlé, mais je ne pense pas. Mais l’an dernier, on avait bien vu qu’on pouvait battre les premiers et perdre contre les derniers le weekend suivant. On avait eu une période compliquée dans l’hiver, on perdait tous nos matchs au tie break peu importe l’adversaire. On s’est rendu compte que le championnat était super homogène, les derniers peuvent très bien battre les premiers, et c’est encore le cas cette année. Je pense que c’est même l’inverse, on sait très bien que les matchs contre des équipes de bas de tableau sont des matchs piège.

Le succès du volley français à l’international, ça ramène des gens dans un club comme Saint-Nazaire ?
C’est très difficile à dire, surtout pour nous. On a été champions de France, donc difficile à dire si c’est grâce au titre national ou à la victoire aux Jeux Olympiques. Mais d’après ce que j’ai cru comprendre, il y aurait eu plein de refus de nouveaux licenciés, par manque de place, mais aussi d’argent. Financièrement, le volley, c’est très compliqué. Il y a moins de partenaires, c’est la crise pour tout le monde. Que ce soit les clubs ou la ligue, personne n’a réussi à trouver un système financier correct. Les femmes, les hommes, tout le monde galère. On ne peut pas dire que le volley est pérenne (rires).
D’autant que dans cette région, entre les Neptunes en danger et Nantes-Rézé qui a disparu, cela doit être compliqué pour Saint-Nazaire de se pérenniser…
Oui, mais c’est pareil pour tous les clubs. On voit des clubs liquidés du jour au lendemain, à cause d’arriérées de saisons précédentes. Mais en tant que joueur, on n’est pas au courant avant que ça arrive, même s’il existe des signes avant-coureurs. Pour Saint-Nazaire, la force, c’est le nombre de partenaires. Mais comme beaucoup de clubs, on dépend des collectivités. Je ne pense pas que le club soit en danger cependant.
Saint-Nazaire reflète l’image d’un club familial. C’est une réalité ? C’est ça qui fait le succès ?
L’image du club familial, c’est plus dans tout ce qu’il y a autour que pour les joueurs. On a beaucoup de bénévoles qui sont très investis, des gens qui sont au club depuis très longtemps. C’est un peu le cas dans beaucoup de club, mais c’est encore plus vrai ici. Sur la durée, c’est la meilleure ambiance de France, et depuis très longtemps. Mais au niveau des joueurs, personne ne vient de Saint-Nazaire. Je suis de Rennes et je suis le plus proche ! L’ambiance resterait la même quels que soient les joueurs.
Tu es en fin de contrat. C’est quoi la suite ?
Je n’ai pas pris de décision, je ne sais pas encore. J’étais venu pour deux ans, je verrai comment ça évolue, je ne sais pas encore. Au volley, les équipes pour la saison suivante se font très tôt, c’est chiant (rires).
Une aventure à l’étranger est possible ?
Je ne sais pas, rien n’est fermé. Faire des saisons dans le même club, jouer contre les mêmes équipes, c’est cool de voir nos potes en face, mais au bout du compte… ça donne un peu envie d’aller voir ailleurs ce qui se passe. Mais je ne suis pas dans un état d’esprit de partir absolument.
D’autant que tu as une véritable carrière professionnelle à côté. Tu te vois encore longtemps comme volleyeur professionnel ?
Je pense encore quelques années (rires). Mais j’ai fait en sorte de ne pas mettre mes études de côté. Le jour où je ne suis pas content de ma situation, de ma carrière, je pourrai arrêter, je n’aurai aucun souci. Le but était de pouvoir faire ce que je veux quand je veux, là, je peux continuer ma thèse et jouer au volley en même temps. Dans l’absolu, je n’ai pas besoin du volley pour vivre (rires). J’étudie la contribution de l’eau souterraine dans l’érosion sur Mars, un sacré sujet !
L’équipe de France, ça n’a jamais été une ambition ?
C’est difficile de répondre. J’en ai fait partie chez les jeunes, j’en ai des super souvenirs, mais je ne me suis jamais dit qu’il fallait absolument que ça continue. Est-ce que j’ai envie de passer tous mes étés à faire du volley deux fois par jour ? J’aime bien mes vacances, j’aime bien faire autre chose que du volley (rires). Ensuite, j’ai joué à Rennes, en Pro B, cela ne m’a pas aidé pour une progression. Ce n’est pas réellement un objectif, je n’ai pas envie d’y aller à tout prix, il y a des gens qui ont donné plus à ces équipes plus jeunes. Je n’ai pas fermé la porte à vie, mais cela ne m’attire pas plus que ça. Après, une fois dedans, je pense qu’on passe de super moments, mais en restant lucide, on a une super génération de jeunes qui arrivent, qui ont déjà gagné à l’international. Je vois mal le coach aller chercher des mecs de ma génération à la place de ces gars. La vie de volleyeur de club me convient très bien !


