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Tour de France 2020 : C’est aussi le tour de LA France

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Tour de France 2020 : C'est aussi le tour de LA France
Thibault Camus / AFP

EDITO – Jour de repos, jour d’édito. le Tour de France en a fini avec sa deuxième semaine. Voilà ce que l’on en retient. 

La Poupoularité

Pendant dix ans, on a entendu à notre aise pendant le mois de juillet que le Tour de France, c’était aussi le tour de LA France. Cette semaine, peut-être que cela n’a jamais été aussi vrai. C’était dans une étape patrimoniale, le mercredi 10 septembre entre Chauvigny et Sarran. Une étape qui a traversé une France immémoriale, immarcescible. Comme la popularité de Raymond Poulidor.

Raymond Poulidor c’est le Tour de France et le Tour de France ce n’est pas tout Raymond Poulidor. Le Limousin a pourtant représenté pendant près de 60 ans ce que la France se rêvait et de se rêve encore en partie d’être. Immuable. Le force de la terre qu’on remue et moissonne. Tout ce que cela demande de travail et d’épuisement. On a proverbialisé l’amour de la France pour les perdants, son refus de consacrer les gagnants. Ce n’est pas tant les perdants que la France glorifie, ce sont ceux qui souffrent. Ce qui passionne les Français, en bons catholiques, c’est la souffrance, l’effort. Quand c’est trop facile, en France on n’aime pas. Il faut le sang, la sueur et les larmes des premiers martyrs.

Sur la dualité Anquetil-Poulidor, tout a été dit et infiniment mieux. Ce qui frappe, c’est la persistance du mythe Poulidor. Sur la route du Tour, aux alentours de Saint-Léonard-de-Noblat, le Limousin se revivait les grandes heures de la Poupoularité. Cette ferveur, cet amour en fait, était aussi touchante qu’étrange. A l’heure où tout passe, tout casse, tout s’efface, il est un réconfort de constater que les grands champions ne meurent pas. Au fond, les absents n’ont pas toujours tort.

Circonspection churchillienne

Quand ce n’est pas Raymond Poulidor qu’on célèbre, c’est Jacques Chirac qu’on honore. Compagnon du Tour de France presque malgré lui, Jacques Chirac est l’envers politique de la médaille Poulidor. Habitué aux places d’honneur de la plus grande des courses politiques. Vainqueur d’autres très prestigieuses mais renvoyé à ses défaites présidentielles. Jusqu’au grand malentendu de 1995, Jacques Chirac aurait pu être ce coureur politique qu’on aime bien mais qui ne gagne pas ce qu’il convoite tant.

Jusqu’à son arrivée à Sarran, la France du Tour et de la Corrèze a creusé le sillon du poulidorisme et célébrant la mémoire de Chirac. Amateur de vélo comme Sam Bennett des cols hors-catégorie, l’imagerie populaire l’associe pourtant à cette grande fête qu’est le Tour. Pourtant, Jacques Chirac était loin de la mémoire mitterrandienne capable d’en citer tous les vainqueurs depuis 1903. Considérant toute activité sportive avec une circonspection toute churchillienne, Chirac avait le sens du groupe et de la photo. Ce n’était pas sur le Tour de France qu’il était à l’aise mais au milieu des sportifs et de la France des grands espaces. Un esprit de corps et l’idée d’une certaine France.

A Sarran, dont Chirac, Maire de Paris, était député, la passion pour le Grand est elle aussi intacte. Tour de France ou pas.

La cure de nostalgie du Tour de France

Sportivement, on a l’impression que le Tour de France a eu envie d’une autre cure de nostalgie. La Jumbo-Visma de Primoz Roglic contrôle le Tour comme aux plus grandes heures de la Banesto, US Postal ou Sky réunies. Même du temps du règne de la toute puissante puissante équipe britannique, on peine à se rappeler d’arrivée de Froome ou Thomas avec autant d’équipiers. Dans le Grand Colombier, on avait la sensation d’avoir raté quelque chose et que la JV courait un chrono par équipes.

Egan Bernal, dépassé déjà au Puy Mary, a craqué dans l’Ain. Il finit avec Wout Van Aert dans sa roue qui avait mené la cohorte jaune à un rythme délirant. On se demande encore comment le Belge peut sprinter avec Ewan et Sagan et grimper avec Bernal. L’homme nouveau serait-il de retour ?

L’homme nouveau pourrait tout aussi bien s’appeler Tadej Pogacar. Largué en première semaine dans les bordures du sud, le Slovène s’est promis de remonter et d’attaquer. Il est désormais le dauphin de son compatriote Roglic. Si les choses devaient en rester là, le doublé slovène serait évidemment inédit.

On peut reconnaître au coureur UAE un certain panache. On peut aussi trouver au cyclisme slovène une vitalité étonnante. Du sang neuf sur le Tour ?

JMPPMJ


Journaliste/rédacteur depuis mai 2018 - Dans mon sang coule à la fois le feu des penne à l'arrabiata et la glace du Grand Colombier. Amoureux des belles lettres et des Talking Heads, je supporte un club olympique. Intéressé par les relations qu'entretient le sport avec la société, je m'intéresse autant à Marc Cécillon qu'à Pep Guardiola, à Tonya Harding qu'à Philipp Roth. Enfant des 90's, on ne me fera pas croire qu'il y a eu plus beau à voir depuis Zinédine Zidane, Marco Pantani et Pete Sampras. La béchamel est une invention du diable, la Super Ligue aussi.

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