Tour de France 2023 : Les 7 coureurs à suivre
TOUR DE FRANCE 2023 – Pour cette 110ème édition, 7 coureurs seront attendus au tournant par leur palmarès (anciens vainqueurs de Grands Tours, vainqueurs d’étapes sur les Grands Tours, lauréats de Monuments, gros début de saison).
Alaphilippe au rebond
Entre Julian Alaphilippe et le Tour de France, c’est une grande histoire d’amour. En effet, le puncheur de la Soudal Quick-Step a participé à 5 reprises à la Grande Boucle avec 6 succès d’étape, 18 jours en jaune, un maillot de meilleur grimpeur et une cinquième place au général en 2019. Cependant, l’an dernier, le double champion du monde n’a pas pu prendre le départ du Tour à cause de sa terrible chute sur la Doyenne. Cette année, il est de retour avec une bien meilleure forme que la saison dernière. Il a levé les bras à deux reprises, sur l’Ardèche Classic et sur la 2e étape du Critérium du Dauphiné, avec une dixième place au général.
Son objectif sera de remporter au moins des étapes accidentées soit par son punch, soit par sa pointe de vitesse dans un peloton restreint ou en baroudeur. Enfin, le petit plus serait de porter le maillot jaune à Bilbao ou à Saint-Sébastien. Il ne faut pas s’enflammer sur le cas Alaphilippe : il ne peut rivaliser avec les tops grimpeurs du peloton. Aujourd’hui, une place au général serait utopique et le Français doit retrouver cette flamme des premières années.
Pinot, sa dernière danse
Contrairement à Alaphilippe, l’idylle entre le Tour et Thibaut Pinot est beaucoup plus chaotique. En effet, le Franc-Comtois s’est révélé sur le Tour 2012 en remportant la huitième étape entre Belfort et Porrentruy, ainsi qu’en finissant dixième du général, avec quelques coups d’éclat en montagne. Après un abandon en 2013, le coureur de Mélisey revient au top niveau en 2014 en terminant notamment en deuxième position à la Planche des Belles Filles, et à Hautacam, ainsi qu’à une belle troisième place au classement général et avec le maillot de meilleur jeune. Il a confirmé son incroyable potentiel en montagne, et fait également des progrès en descente et en contre-la-montre. En 2015, il perd rapidement ses illusions de podium dès la première étape de montagne. Cependant, il s’est montré très offensif afin de décrocher un bouquet de prestige à l’Alpe d’Huez.
Hors du coup en 2017, il a abandonné à cause d’une bronchite. Après deux années axées sur le Giro, Pinot revient en force sur le Tour 2019. Avec Alaphilippe, ils font vibrer le public français en mettant dans le dur les grands favoris, en s’imposant au sommet du Tourmalet et survolant l’arrivée de Foix. À la lutte pour la victoire, il est contraint d’abandonner à cause d’une blessure musculaire à la cuisse. Malheureusement, le sort s’acharne en 2020 avec une chute lors de l’étape de Nice et des soucis de dos. Thibaut Pinot revient l’an dernier en soutien de David Gaudu, mais ses performances sont aléatoires pour pouvoir jouer les étapes ou les lieutenants. Enfin, cette année, pour sa dernière chez les pelotons, il restera fidèle à David Gaudu après un superbe Giro conclu au cinquième rang, avec le maillot de la montagne.
Martin, l’attaque pour exister
On conclut ce trio tricolore avec Guillaume Martin. Le grimpeur normand n’a pas le palmarès de ses deux compatriotes et n’a pas connu des jours de gloire sur le Tour. Néanmoins, son comportement est exemplaire. Limité face à la crème des grimpeurs, il a été chercher du temps dans les échappées. De plus, même hors du coup, il n’abandonne jamais. Soutenu depuis son arrivée chez Cofidis par Cédric Vasseur, Martin est dans un environnement stable et de confiance. Certes, il ne gagnera pas le Tour, et il aura très peu de chances de podium. Mais, il fait partie de ces coureurs qui s’améliorent avec le temps.
Quand, on regarde ses places à Paris en six participations, le Philosophe normand ne fait que monter dans la hiérarchie, hormis son abandon l’an dernier. Après un début de saison complètement raté, il a retrouvé la lumière sur la Doyenne et surtout le dernier Dauphiné. Loin de Yates et de Vingegaard, il s’est classé sixième en étant au contact des Hindley et O’Connor, notamment. En ce mois de juillet, il doit entrer dans le top 10, voire frôler le top 5. Certes, il n’attaquera pas les deux cadors, mais il sera là, dans les roues des prétendants au top 5, tel un Louis Meintjes.

L’heure de la résurrection pour Egan Bernal
Notre quatrième coureur revient de très loin. Pourtant promis à un grand avenir. Pourtant promis à dominer les Grands Tours pendant plusieurs années. Certes, il a un Tour de France et un Tour d’Italie à son palmarès. Mais, Egan Bernal a été débordé par la nouvelle génération. Le Colombien a connu presque le pire. Le 24 janvier 2022, il a percuté l’arrière d’un bus à l’arrêt, au cours d’un entraînement. Souffrant de plusieurs fractures et d’un traumatisme thoracique à la suite de cet accident de vélo, il est opéré à la clinique universitaire de la Sabana, où il subit une chirurgie de la colonne vertébrale. Il peut perdre l’usage de ses jambes. Finalement, Bernal a subi cinq interventions chirurgicales et peut à nouveau marcher. Au mois de mars, il a entamé sa longue rééducation, avec quelques sorties en vélo.
Sept mois après sa grave chute, Egan Bernal a effectué son grand retour dans le peloton professionnel à l’occasion du Tour du Danemark, en jouant bien sûr les équipiers. Son début de saison 2023 a été compliqué entre abandons et chutes. Mais, Bernal s’accroche et les résultats arrivent enfin : huitième du Romandie et douzième du Dauphiné. En conclusion, Bernal ne devrait pas bouleverser la hiérarchie sur le Tour, mais c’est déjà un miracle qu’il soit là. Tel un phénix, il peut jouer un nouveau top 10 cette année, mais il peut maintenant avoir un destin à la LeMond, en retrouvant un jour la victoire sur le Tour après un terrible accident et une longue traversée du désert. Contrairement à l’Américain, il n’a que 26 ans, et ses belles années sont encore devant lui.
Simon Yates, à l’ombre d’Adam
Ensuite, Simon Yates est une des grandes inconnues du peloton. Le frère d’Adam a connu de grandes heures sur les Grands Tours. On se rappelle de sa domination sur le Tour d’Italie en 2018 avant de craquer complètement sur le Colle delle Finestre. Il avait appris de cet échec pour glaner un Tour d’Espagne tout en gestion, quelques mois plus tard. On le pensait alors capable de titiller les plus grands. Son podium sur le Giro 2021 est un signe qu’il peut être au deuxième échelon des meilleurs en Grands Tours, derrière les Vingegaard et Pogacar.
Mais, la plupart du temps, il craque à un moment donné en montagne. Mais, le coureur de la Jayco AlUla a un sacré caractère et il peut mettre le feu à la course, comme l’an dernier à Turin sur le Giro, et aller chercher des succès d’étape. Cette année, il est resté discret après un bon début de saison. Il arrive à Bilbao avec des ambitions de succès d’étape, mais méfions-nous de ce coureur assez atypiques. Certes, il n’est pas un grand fan de la haute montagne, mais il aime les massifs intermédiaires et les forts pourcentages.
Feu d’artifice pour Mathieu van der Poel ?
Même si le monde du vélo le connaissait depuis plusieurs années, le grand public a découvert Mathieu van der Poel, il y a deux ans. Il a pris part à son premier Tour de France à 26 ans, soit le même âge que pour son grand-père Raymond Poulidor. En s’imposant dès la deuxième étape à Mûr-de-Bretagne, il a endossé le maillot jaune (comme son père), qu’il a gardé durant six jours. Malheureusement, l’an dernier, après des soucis de dos suite à sa chute sur la course VTT lors des Jeux de Tokyo et sa participation sur le Tour d’Italie, MVDP a traversé en fantôme la Grande Boucle. Cette saison, les choses ont été remises au clair en axant triomphalement le début de saison sur les Classiques, avec des succès sur Milan-San Remo et Paris-Roubaix, avant une longue période de préparation en vue du Tour de France.

Le fils d’Adrie van der Poel a dominé le Tour de Belgique pour son retour à la compétition avant de terminer troisième de la course en ligne du championnat des Pays-Bas, en subissant la loi des Jumbo-Visma. MVDP n’a pas de leader à protéger pour le général. La seule épine pourrait être Jasper Philipsen, mais leur entente est presque parfaite. Le sprinteur belge est capable de passer les bosses et le Néerlandais pourrait être sa rampe de lancement pour certains sprints. Néanmoins, on s’attend à voir des numéros de Mathieu van der Poel sur certaines étapes accidentées voire même en montagne. Le Batave aime s’amuser sur un vélo au grand bonheur du public.
Jorgenson, l’Américain polyvalent
Enfin, Matteo Jorgenson a un profil polyvalent en étant capable de briller à la fois sur les monts flandriens et en montagne. Cette année, le coureur américain de 23 ans a explosé en ouvrant son palmarès sur le Tour d’Oman avant de briller sur les courses WorldTour en terminant 2e du Tour de Romandie, 4e du Saxo Bank Classic, 8e de Paris-Nice et 9e du Tour des Flandres. Cependant, sur le Tour de France, il jouera le lieutenant de luxe pour Enric Mas. Mais, on connaît le sens tactique aiguisé de la Movistar. Jorgenson sera sans doute libre de ses mouvements sur les étapes très vallonnées, avant de se sacrifier pour son leader espagnol. Vingtième du classement général en 2022, il pourrait intégrer le top 15, voire mieux si Mas est dans le même état de forme que lors du Dauphiné.
On aurait pu mentionner des coureurs comme le champion de France Valentin Madouas, le puncheur Benoît Cosnefroy qui n’a jamais vraiment brillé sur le Tour, Caleb Ewan, Carlos Rodriguez, et les évidences Tadej Pogacar, Jonas Vingegaard, Wout Van Aert ou David Gaudu voire Biniam Girmay ou Mattias Skjelmose Jensen seront bien entendu à suivre également.



