Tour d’Italie 2024 : L’impossible défi du doublé Giro-Tour ?
TOUR D’ITALIE 2024 – Tadej Pogacar a annoncé en début de saison vouloir tenter le doublé Giro/Tour. D’autres avant lui s’y sont cassés les dents. Le Slovène peut-il rejoindre Marco Pantani, dernier coureur à avoir réussi l’exploit en 1998 ?
- À ce sujet – L’actualité du Tour d’Italie 2024
Tadej Pogacar est au pied d’une montagne. Oui, le Slovène aborde le Giro en tant que grand favori. Et il est vrai que, sauf catastrophe, on a du mal à penser qu’il puisse être battu à la pédale, tant il est sur une autre planète. Mais le coureur de la UAE Team Emirates regarde plus loin. Il rêve plus grand, à savoir réussir le doublé Giro/Tour. Chose qu’aucun coureur au 21e siècle n’a réussi. Le dernier étant Marco Pantani, en 1998. Voilà ce qui attend celui qui réalise une nouvelle fois un début de saison canon. Avec sept victoires en seulement dix jours de course.
D’autres champions s’y sont cassés les dents
Si le défi est immense, tout Tadej Pogacar qu’il est, c’est que d’autres, avant lui, s’y sont cassés les dents. En premier lieu Alberto Contador et Christopher Froome. Que l’on peut considérer comme les deux meilleurs coureurs sur les courses par étapes de leur génération. L’Espagnol a tenté l’aventure à deux reprises, en 2011 et en 2015. En 2011, il est alors au sommet de son art. Tout simplement invaincu sur les cinq derniers Grands Tours auxquels il a participé. Vainqueur du Tour de France 2007, 2009 et 2010*. Mais aussi du Tour d’Italie et de la Vuelta 2008. Il arrive en Italie non pas en favori, mais en superfavori. Et il gagnera, en donnant l’impression de ne pas s’être employé à 100 %.
Et pourtant, sur le Tour de France 2008, rien ne se passera comme prévu. Il va se casser les dents. Dominé à chaque fois en haute montagne. Peut-être que la chute, dès la première étape, n’a pas aidé. Mais Alberto Contador a donné l’impression de ne plus avoir d’essence. Il sera 5e, puis déclassé. 2015 sera pire. Il sort pourtant d’une année 2014 très bonne, sans doute la seconde meilleure de sa carrière après 2008 en termes de régularité. Mais on sent que ce n’est pas la même chose en 2015. Le Giro confirmera la donne. Il le gagne. Mais sera considérablement bousculé sur la dernière étape de montagne, dans le Colle del Finestre. Il sauvera son maillot, mais les signes de lassitude ne trompent pas. Il sera 5e du Tour, sans vraiment avoir pesé sur la course.

Alberto Contador vainqueur du Tour d’Italie 2015 – Photo Icon Sport
Froome, le seul vainqueur du Giro à terminer sur le podium du Tour
Pour Chris Froome, la fortune sera meilleure, mais le doublé se refusera à lui. Il tente sa chance en 2018, après un doublé inédit Tour-Vuelta, qu’aucun coureur n’avait réussi à faire depuis que la Vuelta se dispute en août/septembre (1995). Le Giro 2018 sera loin d’être un fleuve tranquille pour le Britannique. Bousculé tout du long, malgré une victoire au Zoncolan. On le croit perdu la veille de Jafferau. Avant de réaliser un raid dès le Colle del Finestre, pour un numéro de près de 80 kilomètres, afin de renverser la table. Le Tour de France ne sera pas mauvais. Il pèsera sur la course.
Mais devra laisser le leadership à Geraint Thomas, vainqueur de son seul Grand Tour. Son compatriote devient tout de même le seul coureur au 21e siècle à terminer sur le podium du Tour, après une victoire sur le Giro. On ne saura jamais si Froome avait les jambes. Mais on rappellera sa défaillance au Col de Portet. Il réalisera un dernier chrono de feu (2e) pour reprendre la 3e place à Primoz Roglic. Une année 2018 marquée par la double 2e place de Tom Dumoulin sur les deux courses. Le seul à avoir terminé, au 21e siècle, les deux épreuves avec une 2e place au pire.
Au registre des coureurs qui se sont plantés, on peut parler de Gilberto Simoni en 2003. Venu défier dans la presse Lance Armstrong, il craquera dès la première étape de montagne. Il sera 84e du général et se consolera avec un succès d’étape. Paolo Savoldelli aura le bonheur de lever les bras, sur le Tour 2005, après avoir été coéquipier de… Lance Armstrong. Denis Menchov terminera 51e du Tour 2009, avant de voir ses résultats annulés pour dopage.
Des circonstances favorables à Tadej Pogacar ?
Cependant, Tadej Pogacar a aussi des raisons d’y croire. Et les premières raisons sont malheureusement à mettre sur le compte des chutes. Et en particulier celles sur le Tour du Pays Basque. Qui a jeté au sol Remco Evenepoel (Soudal Quick-Step) et surtout Jonas Vingegaard (Visma Lease a Bike). Ce dernier est le double tenant du titre sur le Tour de France et le seul coureur ayant mis en difficulté le Slovène ces deux dernières années, sur des courses à étapes. À l’heure où on écrit ces lignes et alors même que le mois de mai pointe le bout de son nez, on ne sait pas si le Danois sera sur le Tour. Et s’il y est, dans quel état ? Souffrant d’une fracture de la clavicule, de côtes cassées et d’un pneumothorax, la course contre la montre a débuté pour lui.

Mais, sur un plan purement sportif, s’il y en a un qui est capable de faire le doublé, c’est bien Tadej Pogcar. L’an passé, il a montré qu’il pouvait avoir un niveau de forme très impressionnant sur la durée. Performant de mi-février et sa démonstration sur la Classica Jaen, jusqu’à sa victoire sur la Flèche-Wallonne mi-avril. Mais ce ne sont que deux mois. Là, il va falloir pousser le pic de forme au moins deux semaines de plus. En sachant que la période de repos Giro/Tour est plus courte d’une semaine (fin du Giro, le 26 mai). La Grande Boucle débutant plus tôt (29 juin), année olympique oblige.
*Son titre en 2010 lui sera retiré pour son contrôle antidopage positif au clenbutérol. Idem pour le Tour d’Italie 2011.


