Nous suivre

Athlétisme

Valentin Lavillenie : « Recevoir ce que je mérite »

Antonin Gizolme

Publié

le

Valentin Lavillenie - Recevoir ce que je mérite
Photo Icon Sport

SAUT À LA PERCHE – À 29 ans, Valentin Lavillenie s’apprête à disputer ses premiers Jeux Olympiques. A 3 mois de Tokyo, il s’est confié à la rédaction au mois d’avril dernier, avant son stage aux États-Unis, dans une bonne humeur communicative. Entre sa relation avec son frère, son renouveau, ses ambitions et son futur, entretien avec celui qui entend bien toucher les nuages dans le ciel japonais. 

Votre père est un ancien perchiste, votre frère est aussi dans le milieu, est-ce que vos débuts dans la perche étaient un choix ou plutôt « une obligation » ?

C’était plus une évidence qu’autre chose. Petit, j’ai fait un peu de tout, mais, je revenais tout le temps à la perche. Après, je ne me suis jamais posé la question de me dire « Est-ce que je fais comme papa ? Est-ce que je vais au stade comme Renaud ? ». J’allais au stade, et dans ces moments-là, ce que je voulais faire, c’était de la perche.

J’imagine qu’on vous dit souvent « tu es le frère de Renaud… », est-ce que parfois vous pouvez mal le prendre ?

Pas du tout. Je ne suis pas médaillé d’or aux JO, triple champion du monde et d’Europe et j’en passe. Si ça m’affectait de ne pas être médiatisé autant que Renaud, je ne serais pas conscient de mon niveau. Moi, j’en suis conscient et je suis très fier de ce que je peux faire.

Après par rapport au public, ça ne me gêne pas non plus. Dans le sens où notre histoire est commune, et beaucoup nous assimilent comme « les frères Lavillenie ». Forcément, je suis le moins bon des deux donc on dit le frère DE Renaud, mais je ne pense pas que les gens le fassent avec de mauvaises intentions. Dans ce cas-là, ça ne me dérange pas car avant toute chose, je suis le fils de mes parents et le frère de mes frères et sœurs. En revanche, dès lors qu’on me dénigre en disant que je ne suis « que le frère de », je monte au créneau et je sors les dents parce que c’est hors de question qu’on me manque de respect comme ça.

Il vaut mieux que je le prenne comme ça, parce qu’à force, je serais blessé. J’ai souvent été deuxième derrière Renaud, et on me l’a assez répété avant que je sois médaillé. J’ai fait des performances qui m’ont mis deuxième au niveau national, mais qui m’auraient mis champion de France dans d’autres disciplines. Il s’avère qu’on est une discipline très forte, notamment à cause ou grâce à Renaud et « malheureusement », c’est le prix à payer.

Vous entretenez une relation toute particulière avec votre frère. Est-ce que c’est la perche qui vous a tant rapproché ?

Oui, c’est indéniable. Ça nous permet de partager des moments extraordinaires ensemble. On voyage, on vit des magnifiques moments, tous ses titres et les miens, mais également des moments douloureux pour nous deux. La perche, c’est le lien le plus soudé entre nous, je pense que ça a renforcé tout le reste.

A titre plus personnel, comment avez-vous vécu cette année 2020 ? 

D’un point de vue personnel, j’ai vécu bien pire que cette saison. Donc je me suis dit que ce n’était pas bien grave, que la santé publique était plus importante que le reste. Je n’ai pas voulu être défaitiste car je sais très bien que la vie va reprendre son chemin normal, le plus vite possible j’espère, mais nous les sportifs, on a la chance de reprendre un rythme plus ou moins normal.

Après, cela est indéniable que d’un point de vue financier, ça fait très mal, et que d’un point de vue mental, ça fait très mal aussi. Mais on peut vite rebondir en se disant qu’on est un sport de performance, et là le but c’est de sauter haut. Moi ça n’a pas super bien marché (rires), mais j’ai su rebondir pour parfaitement préparer l’hiver.

J’imagine que vous parlez de l’année 2018, où vous chutiez violemment sur une dalle en béton. Aujourd’hui, vous gardez des séquelles mentalement et physiquement ?  

Oui. Cette chute me fait encore souffrir, très souvent. J’ai mal tous les jours à cause de mon pied. Donc ce n’est pas du passé d’un point de vue physique. Mais cet événement m’a permis d’avancer. Lors de mon retour, je me suis enlevé plein d’autres peurs, je ne pouvais plus me mettre de barrières, puisque j’avais déjà celle de mon pied à gérer.

Ça a construit le nouveau Valentin. Ça fait partie de moi et finalement ce n’est pas plus mal, puisque je suis meilleur aujourd’hui (rires).

Vous semblez totalement libéré, physiquement et mentalement, comment vous vous sentez en ce début d’année ?

Je me sens libéré, délivré parce que mes petites nièces écoutent beaucoup la reine des neiges (rires). Blague à part, je vis bien ce début d’année. Je me suis préparé, j’ai tout fait mentalement pour passer des caps, j’ai appris de mes erreurs. Donc derrière, je ne peux qu’avancer sinon, cela veut dire que j’ai mal travaillé.

Avec quelles ambitions vous abordez cette saison 2021 ?

Je veux continuer sur la lancée de mon hiver 2020, avec l’envie d’aller battre mon record. Ensuite, c’est plus indépendant de ma volonté mais c’est de pouvoir aller aux Jeux Olympiques et d’y briller (ndlr : le maintien des JO n’est toujours pas acté).

Cet été, vous participerez à vos premiers JO à Tokyo, qu’attendez-vous de cet événement ?

J’ai vraiment hâte. J’essaye de tout faire pour me préparer comme pour une échéance « normale », mais ça reste une échéance qui peut changer ma vie, j’en suis conscient. A chacun de mes entrainements du moment, je suis meilleur ! Je m’applique plus, mais est-ce que c’est parce qu’il y a les Jeux, ou alors est-ce parce que j’ai vraiment progressé et que j’ai acquis de la maturité en un an ? Je ne peux pas dire.

En tout cas, j’ai vraiment hâte d’être cet été, je sais que je fais le nécessaire pour bien m’entraîner et je mets tous les atouts de mon côté pour être fort, ça peut être cool d’être fort (rires).

Quel est votre programme de prépa avant les JO ?*

Je m’entraîne plus ou moins comme d’habitude. Avec le groupe et Philippe d’Encausse, on va partir quinze jours en stage aux USA, on attend juste d’avoir tous les feux verts d’un point de vue Covid. On part dans un centre d’entrainement, qu’entre nous, c’est une sorte de petit confinement.

Et ensuite, je devrais faire ma rentrée à Ostrava (Pologne) le 19 mai, puis le 21 en Allemagne avant d’enchaîner le plus de compétitions possible. Malheureusement, beaucoup de compétitions sont annulées, à cause du Covid. On n’a pas un grand visuel, mais je sais que j’ai mes deux premières compétitions, puis les championnats de France fin juin. Après, on attaquera la préparation finale pour les Jeux. Mais mon avantage, c’est que je n’ai pas besoin de beaucoup sauter pour être chaud. Je sais qu’en une ou deux compétitions, je peux être à portée de mon record. C’est un avantage considérable.

*Interview réalisée au mois d’avril

A propos des Jeux, que pensez-vous de l’interdiction de public étranger à Tokyo cet été ?

Pour avoir vécu les JO en tant que spectateur à Londres en 2012, je sais que c’est magique. Forcément, je trouve ça dommage, et triste pour les spectateurs qui avaient prévu de faire un long voyage pour venir.

Après, d’un point de vue sportif, on ne peut pas s’arrêter là-dessus. Si c’est uniquement du public japonais, on sera content, cela sera déjà une grande avancée par rapport à ce qu’on a pu vivre ces derniers temps. On va se satisfaire du peu qu’on nous propose.

Les Jeux à Paris en 2024, c’est d’ores-et-déjà dans un coin de votre tête ? 

Oui carrément ! Je ne compte pas m’arrêter avant Paris. J’ai vraiment envie de faire le nécessaire pour être bon jusqu’au Jeux, et même après.

Pour le moment, je suis focus sur Tokyo, mais dès qu’on aura sauté au Japon, les yeux seront tournés vers Paris. Les Jeux 2024, c’est un énorme objectif. L’événement va bientôt arriver, et j’espère qu’on aura une bonne olympiade, avec du public. Ce sera la nôtre, on aura toute une nation derrière nous. Puis ce sera une sacrée chance, ça devrait être la renaissance du public aux JO, donc ça risque d’être le feu à Paris.

Vous partagez votre vie entre la perche, et vos missions au centre de formation de la police nationale, comment vous organisez-vous pour combiner ces deux casquettes ?

Sincèrement, j’ai toujours rêvé de porter l’uniforme. Rentrer dans l’armée, la police, les forces spéciales… je ne peux pas dire pourquoi, mais ça m’a toujours fasciné.

Avec la perche, j’ai accompli un premier rêve, celui de faire de ma passion mon métier. Mais quand j’ai eu l’opportunité de rentrer dans la police, j’étais tout heureux. Donc j’ai fait trois mois d’école en me donnant à 200%, et maintenant, la police me détache pour que je puisse continuer de m’entraîner. En réalité, je vais au centre de formation, je ne suis pas encore sur le terrain, car ça reste un métier dangereux. Mais je suis toujours super heureux quand je dois faire mes jours avec la police. Je prends de l’expérience grâce aux personnes qui m’entourent, puisqu’elles ont toutes une expérience de terrain, et l’apprentissage de leurs parcours me fascine.

Cette réussite, fait-elle aussi partie de votre bien-être actuel ?

Je pense que c’est peut-être lié. Je n’en ai pas la certitude, mais je suis plus libéré. Sur le plan sportif, l’année 2019 avait été catastrophique, donc cela avait aussi eu des répercussions sur mes finances. Aujourd’hui, avec la police, je sais que, quoi qu’il arrive, j’ai une stabilité financière, donc c’est top.

Alors oui, je pense que tout ça est lié. La police me rend heureux, et me permet aussi de ne pas être focus à 100%, tout le temps, sur la perche. Maintenant c’est plus 80-20.

À 29 ans, vous avez déjà vécu de beaux moments, si vous ne deviez garder qu’un seul souvenir de votre carrière, lequel serait-ce ?

J’hésite entre ma médaille aux Europe et mon 5.82 à Monaco en 2019, les deux sont bien différents. Monaco, c’est mon record personnel, et j’ai toujours rêvé de sauter haut à Monaco. En plus, c’est l’endroit où je me suis beaucoup reconstruit après mon accident, ça a une grande importance pour moi. Et après, la médaille aux Europe, c’est la plus belle chose que j’ai réalisée actuellement à la perche.

Evidemment, j’ai d’autres souvenirs, mais je pense que je prendrais Monaco. Il y avait quasiment tous les gens qui comptent pour moi : mon kiné, mon meilleur ami, mon frère sur le terrain… S’il faut vraiment choisir, je prendrais Monaco. Les Europe ne sont pas loin mais restent derrière.

Pour finir, que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

Que je reçoive ce que je mérite, d’un point de vue sportif. Ouais, vraiment, que je reçoive ce que je mérite et que je sois épargné par les blessures bêtes.


Journaliste/Rédacteur depuis mars 2021 - Né un soir de Ligue des Champions, c’est tout naturellement que je suis un passionné de football depuis ma plus tendre enfance. Durant des années, j’ai été bercé par la douce mélodie de la Ligue des Champions, subjugué par les coups-francs de Juninho et admiratif devant les coups de reins de Karim Benzema. Malheureusement pour moi, mes genoux en carton m’ont empêché de suivre les traces de mes idoles pour écrire l’Histoire. Alors, c’est ici que je vais me charger de vous la raconter.

Clique pour commenter

Poster un Commentaire

avatar
  S'abonner  
Me notifier des

Fil Info

Actus à la une