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Football

Wolfsburg vs Olympique Lyonnais : le football est féminin

Nicolas Jacquemard

Publié le

OL féminin Ligue des Champions

La première vibration propre à toute grande finale eut lieu en prolongations, à la 93’, lorsque Wolfsburg inscrivit le premier but du match. Mais à Kiev, les déesses du football avaient décidé que la liesse serait côté lyonnais. Les filles de Jean-Michel Aulas triomphent de leurs adversaires sur un score ample 4-1, finalement bien étroit au regard de ce qu’il signifie : un cinquième sacre européen, le troisième consécutif.

C’est ce que retiendra l’histoire. C’est ainsi qu’elles l’ont écrite.

Dans la moiteur d’une nuit pré-estivale qui rôde à pas de loup, à plus de deux mille kilomètres de chez elles, à Kiev, ville baignée par le Dniepr, sur la pelouse du Lobanovsky Dynamo Stadium, un stade comme un Colisée, elles seront entrées dans la légende par la grande porte.

La plus grande équipe de football en Europe est française, et françaises sont ces filles, toutes ces filles qui viennent de partout, qui portent si haut les couleurs de l’Olympique Lyonnais. Ce soir, dans ma rue parisienne pas de klaxon, mais qu’à Lyon la fête soit belle. Sachons les célébrer.

De l’enfer à la félicité

Elles étaient onze sur le terrain. Dix-huit du voyage. Près d’une centaine avec le staff, les familles, les autres joueuses, celles qui ne joueraient pas et le savaient. Mais voulaient être là.

Au coup de sifflet final, elles étaient des milliers, plus de quatorze mille, ces voix qui résonnaient dans le stade pour acclamer ces grandes, ces immenses-là. Quelques secondes auparavant, elles étaient venues à bout des Louves de Wolfsburg, après avoir traversé en 120 minutes et dans le bon sens toutes les étapes de la rédemption, de l’enfer à la félicité, en passant par la damnation et le purgatoire. Une tragédie en quatre actes et qui finit bien (pour les Lyonnaises).

Ce qu’il restera de cette finale, ce sont ces deux prolongations de 15 minutes, où, à la 95’ un fauve est entré en jeu, Van de Sanden, en remplacement d’une Kumagai qui n’avait pas à rougir de sa prestation. A ce moment du match, les filles de Pedros sont sonnées. Bouhaddi ne joue qu’à une main, la faute à un contact violent avec sa propre défenseure Lucy Bronze dans les arrêts de jeu (90’+4), elles viennent d’encaisser un but, sur une frappe de Harder, à la trajectoire déviée par Wendie la capitaine, qui avait oublié de monter sur elle (93’). Bouhaddi blessée, battue. 1-0. Ce n’est pas mérité, pas immérité non plus, au vu des 90 minutes précédentes, où Wolfsburg ne nous aura pas vraiment fait frissonner, ou si rarement, et toujours grâce à Ewa Pajor, intenable en début de match, puis tenue, grâce à une Mbock de haut niveau.





Un fauve est entré en jeu

Retenez bien ce nom, Van de Sanden, V comme vendetta, V comme victoire. Shanice des grands soirs, celle qui nous avait transportés l’été dernier lors de l’Euro 2017, qui avait hissé les Oranje jusqu’au sommet et que Jean-Michel Aulas avait réussi à enlever à Liverpool, comme Zeus enlève Europe. Shanice perdue, décevante cette saison, Shanice retrouvée.

Par trois fois dans cette prolongation, elle aura mis à mort les Louves de Wolfsburg, déjà affaiblies par l’expulsion de leur chef de meute, Alexandra Popp, auteur d’une deuxième faute sur Cascarino, aussi énorme qu’inutile. 96’ et carton rouge.

Mais le show Shanice a pu avoir lieu parce que Delphine, parce qu’Amandine.

Delphine Cascarino, entrée en jeu à la place de la prometteuse Selma Bacha (65’), a apporté du mouvement à son équipe qui jouait, comme sa meneuse Marozsan, sur courant alternatif. Tension haute, tension basse. Amandine Henry, au courage, à la rage tout court, s’est fabriqué son égalisation seule, en allant arracher à Goessling la déviation d’Ada Hegerberg. Amandine marque avant même de frapper. Parce qu’elle sait que ce sera au fond. Henry, mental tout terrain.

C’est alors que sur la pelouse du Lobanovsky Dynamo Stadium, une tempête s’est levée.

Une minute montre en main après l’égalisation, Van de Sanden, express côté droit, déboule à mille à l’heure, laisse sur place tout ce qui ressemble de près ou de loin à la défense, centre tendu pour le Sommer… Le Sommer donne l’avantage ! Bon Dieu ! 2-1 pour Lyon (99’). Oubliées les maladresses, oubliés les malheurs d’Eugénie, ce but valable et non accordé à la 69’, oubliée cette reprise en début de match, seule devant le but, expédiée sur Ada Hegerberg.

Wolfsburg comprend le danger Shanice. Essaie de la museler. Mais Shanice, ça fait un an qu’elle attend son heure, son morceau de finale, personne ne le lui enlèvera.

Le show Shanice

4 minutes plus tard, bis repetita. Lancée en contre par Le Sommer, elle ratiboise une fois encore le flanc droit de la défense allemande, centre parfait pour Ada Hegerberg, reprise non académique de la Norvégienne, tout se passe au ralenti. Le ballon rebondit, Schult, la gardienne allemande s’envole… s’écrase sur terre. Le ballon dans ses filets. 3-1 (103’), il ne peut plus rien arriver aux Lyonnaises. Plus rien, sauf un ultime but, peut-être, pourquoi pas, on prend.

On lit les signaux forts. 109’, Shanice façon TGV qui oublie de s’arrêter en gare, coiffe tout le monde au poteau, centre pour Ada qui rate d’un rien sa frappe. 112’, un radar aurait flashé Van de Sanden à 10 000 à l’heure. Et 116’, après avoir brûlé la pelouse, elle adresse un centre au millimètre pour Camille, qui vit ses ultimes secondes de vie en Women’s Champions League. Abily en professionnelle se charge de soigner sa sortie, d’une frappe enroulée au ras du poteau. Et 4-1 (116’).

Le dernier frisson, on l’aura ressenti à la 119’, lorsque Bouhaddi, boitant d’une main, arrête la frappe de Pajor. Touchez pas à Bouhaddi, on l’a dit. On a dit aussi que Bouhaddi n’était pas au niveau. Les trophées et récompenses en tous genres lui glissent toujours des mains. Et ce soir, Pajor, comme Gunnarsdottir, comme Dickenmann et comme toute la formation allemande auront compris ce que le mot championne veut dire.

Bouhaddi en est une.

Main cassée, elle gagne son cinquième titre de Women’s Champions League. Comme Renard, comme Abily, Le Sommer, et toutes celles qui auront posé leurs valises en 2011 dans le club du visionnaire Aulas.

Camille Cordouan

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