Athlétisme : Ces athlètes qui ont lancé leur cagnotte pour les JO de Paris
ATHLÉTISME – À quelques mois des Jeux Olympiques de Paris, beaucoup d’athlètes ont lancé leur cagnotte pour financer leur préparation olympique. Mickaël Zézé, Jöna Aigouy et Dorian Lairi font partie de ces athlètes qui ont eu recours au financement participatif. Ils et elles témoignent.
2024 a pointé le bout de son nez. Ça y est, on est enfin en année olympique. Des Jeux Olympiques historiques, qui vont se dérouler à Paris. Le rêve de tout sportif français, avec une génération qui aura le privilège de vivre ce que n’ont pas vécu leurs ainés et ce que ne vivront pas leurs cadets. Cela fait près de huit ans que la candidature parisienne a été validée. Autant dire que la France a eu le temps de se préparer à cet évènement. De mettre les athlètes dans les meilleures conditions possibles pour que la Marseillaise retentisse le plus souvent possible dans la capitale française. Malheureusement, dans certaines disciplines comme l’athlétisme, vivre de son sport et préparer sereinement les JO n’est qu’une utopie. Y compris pour des sportifs qui ont porté haut le maillot de l’équipe de France.
Mickaël Zézé a lancé sa cagnotte dès 2022
C’est le cas de Mickaël Zézé, le sprinteur français. Qui est devenu en 2022 le quatrième français à casser la barre des 10 secondes sur 100 m et le second à casser celle des 20 secondes sur 200 m. Seul Christophe Lemaître l’avait réussi dans le passé. Une performance peu reconnue par sa fédération, car faite à 975 mètres d’altitude à La Chaux de Fonds. Depuis 2023, les performances faites là-bas ne peuvent plus être comptabilisés comme des minima. Mais le Français a beaucoup de regrets sur cet épisode. « Il n’y a pas eu l’engouement auquel je m’attendais. Les deux performances en l’espace d’une heure, ça n’a jamais été fait par un Français. Seulement 20 personnes ont réalisé cet exploit. Pas un article dans AthléMag, ni sur le site de la FFA ».
Après réflexion, il décide, à la fin de l’année 2022, de lancer sa cagnotte. Car ses deux chronos en Suisse n’ont pas été comptabilisés pour entrer dans un nouveau cercle de performance de la FFA (le 2), qui lui aurait débloqué plus de revenus. « Ils ont dévalorisé mes performances, qui m’ont demandé énormément de travail, de sacrifices et d’abnégation. Je me suis senti déconsidéré », regrette Mickaël Zézé. Si d’autres athlètes l’ont fait avant lui, c’est la première fois qu’une lumière est faite de cette manière. Pour l’heure, il a récolté plus de 6 000 €.
L’engouement autour de Jöna Aigouy
Après son titre de championne de France Élite du javelot et suite à l’interview que nous lui avions accordée, Jöna Aigouy s’est décidée à lancer sa cagnotte. “Ça ne m’était jamais venu à l’idée de faire une cagnotte. J’ai toujours fait des petits boulots à côté de mes entraînements et de mes études”, confie la lanceuse, partie s’entraîner en Nouvelle-Calédonie. Mais suite à cette interview, de nombreuses personnes lui conseillent de se lancer. Elle franchit le pas : “J’ai reçu énormément de messages de personne voulant me donner un coup de pouce et me conseillant d’ouvrir une cagnotte.”. L’emballement est soudain. Son histoire est relayée par tous les médias aveyronnais, mais aussi des médias nationaux, comme France Info ou Le Parisien. Près de 35 000 € ont été récoltés. En plus de nouveaux partenaires. La vie de l’athlète de 24 ans a considérablement changé en 2023.
Quelque part, son histoire, comme celle de Mickaël Zézé, a changé la donne et a sans doute permis à d’autres athlètes de se lancer. Wided Atatou (que nous avions également interviewée), finaliste olympique avec le relais 4×100 mètres lors des JO de Tokyo, a rapidement emboité le pas. Plus de 8 000 € récoltés. « Ce geste a eu un effet boule de neige, inspirant de nombreux athlètes à entreprendre des démarches similaires pour financer leurs ambitions sportives », reconnait Mickaël Zézé. « Je ne pensais vraiment pas que ça allait prendre cette ampleur. J’ai eu énormément de chance ! J’ai d’abord reçu un immense soutien des habitants de l’Aveyron et de la ville de Millau où j’ai grandi. Nous avons une belle communauté dans mon département », se réjouit Jöna Aigouy.

Dorian Lairi veut se focaliser sur sa carrière sportive
D’autres athlètes se sont lancés, comme le lanceur de disque Jordan Guehaseim – qui s’était aussi confié à nous sur ses ambitions – et le sauteur en hauteur Dorian Lairi. Celui qui a franchi 2.20 m à 20 ans a voulu lancer pleinement sa carrière : “Je veux me focaliser sur ma carrière sportive, ce qui n’avait pas été le cas ces dernières années.”, confie celui qui a une entreprise de photographie et d’évènementiel à côté de l’athlétisme. “Plus de temps consacré à l’athlétisme, c’est moins de temps pour mon entreprise. Donc sans sponsor ni réel soutien financier, c’était la dernière solution”, reconnait le sauteur. Motivé par les cagnottes lancés plus tôt : “C’est sûr que ça aide à se lancer, mais pour moi, c’était clairement le dernier recours pour financer ma saison”.
“En France, les moyens et le système mis en place pour soutenir les athlètes sont, à mon avis, minimes. Je prends souvent l’exemple des Anglais qui avaient très bien préparé leurs Jeux Olympiques en 2012. L’idée d’avoir monté une loterie nationale pour récolter des fonds afin d’accompagner leurs athlètes pour l’événement m’avait impressionné. C’est une nation qui part en guerre et qui donne les moyens à ses athlètes d’y arriver, c’est fort. C’est une toute autre mentalité.”, regrette Mickaël Zézé. En référence aux JO de Londres marqués par la 3e place de la Grande-Bretagne au tableau des médailles, avec 65 médailles dont 29 titres. Des Britanniques qui s’étaient préparés petit à petit, avec une montée en puissance (30 médailles et 9 titres en 2004 et trois places derrière la France, 51 médailles et 19 titres en 2008).
La peur de faire la manche
Malgré tout, lancer une cagnotte peut être difficile. Ne serait-ce que psychologiquement. « Ça a longtemps été un frein pour moi, car j’avais l’impression de faire la manche. Et niveau égo, ça me posait quelques soucis », reconnait Dorian Lairi. « J’imagine que beaucoup de gens pensent qu’on quémande. Mais à la suite de la mise en ligne de la cagnotte, j’ai reçu beaucoup de commentaires misogynes. C’est plutôt ça qui me fait peur aujourd’hui », confie Jöna Aigouy. On passera les détails des commentaires d’anonymes cachés derrières leurs écrans, mais cela peut encore freiner certains.
Mais cela reflète bien une réalité. En France, un athlète de haut niveau peut porter le maillot de l’équipe de France, comme c’est le cas de tous les athlètes qui ont lancé leur cagnotte, mais ne vivent pas de leur sport. « L’ouverture de cette cagnotte reflète une réalité et beaucoup d’autres sportifs ont suivi le mouvement », poursuit Jöna Aigouy. Mickaël Zézé a un regard bienveillant sur les athlètes qui lui ont emboité le pas : « Je voulais sensibiliser le maximum de personnes à ce sujet et être soutenu. Je les soutiens ces athlètes, parce que c’est un acte courageux de pouvoir le faire. La raison pour laquelle certains ne le font pas, c’est parce qu’ils ne se sentent pas légitimes de le faire ou sont jugés à tort ». Il est vrai qu’encore aujourd’hui, certains des athlètes aux portes de l’olympisme, n’osent pas franchir le pas.
Une année financée, de la sérénité gagnée pour préparer les JO
Pour eux, cet apport financier va leur permettre, au mieux, de vivre du sport au moins jusqu’à l’échéance olympique. Ou au moins de financer un stage à l’étranger, pour se préparer dans des conditions optimales. Surtout, avec le système de qualification qui privilégie de plus en plus le ranking (un classement par points en fonction de l’importance du meeting auquel participe l’athlète et de sa place sur le meeting) ils doivent se déplacer plus loin, pour aller chercher des compétitions plus relevées. Cela a un coût non négligeable.
« La sérénité est motrice de la performance. L’idée était de monter une équipe de partenaires qui puisse m’accompagner dans ce projet exceptionnel. Sans mes partenaires, je ne serais pas aux États-Unis à m’entraîner dans ces conditions avec le groupe que j’ai actuellement », confie Mickaël Zézé, qui s’entraîne outre-Atlantique avec le Français Mickaël Hanany.
Mais finalement, l’exploit sportif n’est-il pas encore plus beau quand il appartient aussi à ceux qui ont contribué à ce rêve ? « Au-delà du soutien financier, c’est surtout du soutien moral que j’ai trouvé. Le nombre de messages de soutien et l’engouement derrière ma cagnotte, c’est vraiment touchant », confirme Dorian Lairi. « J’ai l’impression d’avoir une véritable communauté à mes côtés. Ça rajoute une motivation supplémentaire. J’ai un peu l’impression que si j’y arrive, je ferai vivre l’événement avec moi à toutes les personnes qui ont participé », ajoute Jöna Aigouy.
Même un athlète médaillé olympique comme Dimitri Bascou a dû lancer sa propre cagnotte l’été dernier. Preuve que les médailles internationales, parfois, ne suffisent pas en France.

Ils vont pouvoir travailler et s’entraîner. Surtout, ils ont contribué à lancer quelque chose de nouveau.
Margaux Nicollin a également lancé sa cagnotte
Fred Dagée a également lancé sa cagnotte
Comme Alexandra Tavernier, Marvin René et Cynthia Leduc.
On profite de la visibilité de ce tweet pour vous rappeler que nous avons ouvert une cagnotte pour nos 3 athlètes olympiques : Alexandra Tavernier, Cynthia Leduc et Marvin René. Petit thread👇https://t.co/5WWEK3OtYx https://t.co/BHV5pjVOqH
— Annecy Haute-Savoie Athletisme (@ahsathle) January 3, 2024


