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Volley-Ball

Le dossier Mathis Henno enflamme les playoffs de Marmara Spike Ligue

Sébastien Gente

Publié le

Le dossier Mathis Henno enflamme les playoffs de Marmara Spike Ligue
Photo LNV

PLAYOFFS MARMARA SPIKE LIGUE 2026 – Paris a réalisé l’exploit en sortant Tours, n°1 de la saison régulière. Notamment grâce à l’apport de Mathis Henno, mais l’arrivée de l’international continue de faire grincer des dents. 

Le Tours Volley Ball était logiquement le favori des playoffs de Marmara Spike Ligue. Tenant du titre, n°1 de la saison régulière, le TVB avançait avec des certitudes qui ont été balayées dès les quarts de finale. En deux matchs, le Paris Volley a confirmé sa grande forme depuis quelques semaines et éliminé le favori. Après la victoire en Coupe de France, les Parisiens semblent inarrêtables.

Henno, un futur grand

Pourtant, le Paris Volley n’a terminé qu’à la dixième place de la saison régulière, arrachant le dernier ticket pour le play-in, dont il s’est extirpé au Golden Set contre les voisins du Plessis-Robinson. Mais cette équipe est transfigurée depuis quelques semaines, et pour cause : elle a reçu un renfort de poids, celui de Mathis Henno, réceptionneur – attaquant international.

Outre la filiation – il s’agit du fils d’Hubert Henno, glorieux international fort de 254 sélections en équipe de France, vainqueur de la Ligue des champions avec… Paris (2001) et Tours (2005), on parle d’un des meilleurs joueurs français actuels. Capitaine d’une génération dorée du volley français, champion du monde U19 en 2023, champion d’Europe U20 et U22 en 2024, et qui a logiquement fait ses débuts chez les séniors lors de la dernière édition de la Ligue des nations, en 2025. Indiscutablement, il est promis à une grande carrière.

Après avoir évolué à Nantes-Rézé puis à Chaumont, il a joué cette saison en Pologne, un des championnats les plus réputés. Au sein du club de Gorzów, il a réalisé une belle saison sur le plan individuel, étant deuxième meilleur marqueur de son club avec 412 points (source : VolleyActu). Mais sur le plan collectif, son équipe n’a pas réussi à se qualifier pour la phase finale, et a accédé à sa demande de libération quand la saison régulière s’est achevée.

La guerre médiatique

Et c’est bien là que le bât blesse. Car Mathis Henno est arrivé à Paris en tant que joker médical, pour remplacer Tom Koops, dont la saison s’est achevée à cause d’une hernie discale. Problème : c’est à la troisième tentative que le Paris Volley a réussi à faire enregistrer l’international français, les deux premières ayant été refusées par la Ligue Nationale de Volley.





Après la défaite lors du match aller du play-in – pour lequel Mathis Henno n’était pas qualifié, Yannick Bazin, directeur sportif du Paris Volley, avait déclaré au micro de beIN SPORTS « émettre des réserves quant à la qualité du traitement des dossiers par les services de la LNV« . La réponse n’a pas tardé, a fusé même : un communiqué sanglant rappelant le règlement en ce qui concerne l’inscription des jokers médicaux.

La LNV regrette que le Paris Volley ait déplacé le sujet sur le terrain du contentieux en adressant trois mises en demeure pour exiger la qualification du joker médical « par une adaptation des modalités de l’IPQ  (Instance Paritaire de Qualification, NDLR). C’est de son unique responsabilité. La LNV déclare qu’elle ne tolèrera aucune déclaration qui pourrait remettre en cause l’éthique des membres de la Commission médicale, ou de tout autre commission de la LNV, tout comme elle ne tolèrera aucune contestation de la probité de ses salariés et de ses dirigeants.

Néanmoins, quelques jours plus tard, Mathis Henno était qualifié, et depuis, il a transformé le jeu du Paris Volley, désormais inarrêtable. Mais ce n’est pas du goût de tout le monde : dix des 14 clubs de Marmara Spike Ligue (Tours, Nice, Sète, Poitiers, Plessis-Robinson, Narbonne, Chaumont, Saint-Nazaire, Cannes et Tourcoing) ont écrit à la LNV pour demander des éclaircissements sur l’arrivée de l’international, comme l’a expliqué L’Indépendant.

La défense a des arguments

Avec des arguments tout à fait entendables. Et d’un, les deux premières demandes de joker médical ne concernaient pas Tom Koops. L’une d’entre elles était au sujet de Vul Kulpinac qui, quand cette demande a été rejetée, a retrouvé le chemin des parquets. Et de deux, Tom Koops « n’a pas raté une seule rencontre cette saison à cause de ce problème, et était notamment titulaire lors du dernier match de la saison régulière, en date du 21 mars, soit quelques jours avant la décision de la commission médicale« .

Et de trois, « nous avons appris que pour d’autres clubs une demande de contre-expertise avait été faite pour plusieurs dossiers de jokers médicaux durant la saison, auprès d’un médecin indépendant. Nous aimerions savoir pourquoi une telle demande n’a pas été effectuée dans ce cas particulier. » Et de quatre, le Plessis-Robinson, « entre le match aller et le match retour de play-in a dû s’adapter à un effectif du Paris Volley totalement modifié avec la qualification de ce joker médical, élu MVP de la rencontre et qui a participé grandement à la qualification du Paris Volley. »

Ce dernier argument est sans nul doute le plus important. Une place en playoffs qui se joue sur deux matchs, et Paris avait perdu le premier à domicile. Quelques jours plus tard, un joueur de haut niveau était présent pour le retour. Un joueur qui a inscrit 21 points dans un match couperet. Toutes histoires de qualification mises à part, cela n’aurait pas dû arriver en plein milieu d’une série de matchs.

Torts partagés ?

Sur le papier, le retour de Mathis Henno est une excellente nouvelle. Car ils sont peu nombreux, les internationaux français à évoluer en Marmara Spike Ligue, et ce alors que le volley tricolore masculin, double champion olympique en titre, est toujours une référence au niveau mondial malgré son élimination précoce lors des derniers Mondiaux.

Et c’est bien le calibre du joueur qui pose problème, car cette situation n’est pas nouvelle. Rien que l’an dernier, Poitiers avait attiré pour quelques matchs Nik Mujanović (en provenance du Paris Volley, belle ironie) et l’impact avait été énorme : les Poitevins, sixièmes de la saison régulière, s’étaient faufilés jusqu’en finale. Luciano Palonsky à Tours en 2024, Filipo Lanza à Chaumont en 2021 et on en oublie : c’est une pratique courante, mais rarement avec des joueurs d’un tel niveau. Pourtant, Kamil Rachidi, directeur stratégie et finances du Paris Volley, soulève un point intéressant quant à la visibilité du volley auprès du Parisien.

Aujourd’hui, tout le monde parle de la nécessité de faire revenir des internationaux français dans notre championnat. Mais ce type de situation peut aussi permettre de comprendre certaines réticences, dans un contexte où les joueurs évoluent à l’étranger dans des environnements souvent perçus comme plus structurés et plus lisibles. Aujourd’hui, on se concentre sur le terrain, mais on espère que cet épisode permettra d’ouvrir une réflexion constructive sur ces sujets.

Sport spectaculaire s’il en est, le volley est en plein essor. Depuis 2021, les Bleus ont raflé deux médailles d’or olympiques et deux Ligues des Nations. Les équipes de jeunes s’en donnent à cœur joie, puisque les U19 garçons, par exemple, sont double champions du monde en titre. Les femmes, qui partaient de bien plus loin, apportent leur écot, avec un historique quart de finale lors des derniers Mondiaux. Mais toujours peu de visibilité, quasiment pas de volley sur des chaînes gratuites (même si des progrès ont été réalisés, il faut l’admettre), des playoffs des deux championnats de France qui n’ont eu que peu de retentissement avant cette « affaire ».

En ce sens, le passage de Mathis Henno est une bonne nouvelle, même s’il ne restera probablement pas au-delà des playoffs. Il aurait juste fallu faire les choses un peu plus « proprement », et ce des deux côtés…

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