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Athlétisme : Pourquoi des minima difficiles ne sont pas la solution

Etienne Goursaud

Publié le

Athlétisme - Pourquoi des minima difficiles ne sont pas la solution
Photo Icon Sport

ATHLÉTISME – Les minima FFA pour Tokyo 2025 font beaucoup parler. La difficulté de ces minima n’est pas la solution à la performance.

Des minima qui correspondent à un Top 12 mondial

La volonté de la FFA est claire, ses minima pour les championnats du monde de Tokyo correspondent à l’équivalent d’un Top 12 mondial. Un doux intervalle entre une place de finaliste sur une course (jusqu’à 800 m) et une très grosse place de demi-finaliste (l’équivalent d’un Top 16, mais dans les courses, il y a désormais trois demi-finales, depuis des années). Un savant mélange qui amène à un chrono de 9.96 sur 100 m.

Un chrono que seuls deux Français ont réalisé. Jimmy Vicaut (9.86) et Christophe Lemaître (9.92). Qui sont également les deux seuls Français à être entrés en finale mondiale et/ou olympique sur la ligne droite. À titre de comparaison, les minima de 10.00, établis par World Athletics, peuvent permettre à Jeff Erius, s’il égale son record de 2024 (9.98) d’aller aux Mondiaux. Alors qu’aucun Français ne s’est qualifié sur 100 m lors des derniers Jeux Olympiques. Une première depuis 1932. On a évoqué Jeff Erius, me direz-vous. Oui, mais le jeune sprinteur a réalisé son « sub » 10 secondes quelques jours après la fin de la date butoir pour se qualifier pour Paris.

Ceci dit, tout le monde n’est pas totalement perdant avec cette bascule minima FFA par rapport à ceux de World Athletics. Notamment du côté des concours. Si on prend l’exemple du javelot féminin, les Françaises gagnent 1.28 m (de 64 m à 62.78 m). Ce n’est rien dit comme cela, mais on passe de minima au-dessus du record de France de Mathilde Andraud (63,54 m) à des minima en dessous. Quand on sait que les podiums des Jeux Olympiques et des Mondiaux 2023 se sont joués en dessous des minima World Athletics. Jöna Aigouy et Alizée Minard peuvent apprécier, même s’il faudra, pour elles, malgré tout, sortir de très gros concours. Mais pour la plupart des sauts et lancers, mais aussi les épreuves combinées, les athlètes français sont gagnants. Légèrement, mais ils le sont.

Le risque de carboniser les athlètes avant le jour-J

Malgré tout, vous avez bien lu, même atténués, les minima FFA dans les concours correspondent à une élite mondiale. Pour le javelot féminin, c’est une 6ème place aux Jeux Olympiques. À la hauteur femmes, c’est une 9ème place, mais à un centimètre du podium (six femmes ayant sauté à 1.95 m à Paris). L’argument officiel, c’est de n’emmener que des potentiels finalistes ou pas loin. Le message sous-jacent, c’est que la FFA ne veut pas emmener d’athlètes faire du tourisme à Tokyo. C’est un point de vue. Sauf qu’en se projetant quelques mois en arrière, on a vu des athlètes français carbonisés aux JO, pour la plupart. Autant physiquement que mentalement. Pourquoi ?

Beaucoup d’athlètes cuits à Paris en 2024

Parce que beaucoup étaient sur la brèche. Avec une saison avec des championnats d’Europe, championnats de France Élite en forme de trials et les JO. Énormément d’athlètes qui ont dû se battre pour réaliser les minima européens, puis les minima olympiques, puis sauver leur tête aux championnats de France. Résultat, parmi les médaillés de Rome, plus de la moitié des athlètes ont fait moins bien à Paris, en termes de performance. On se souvient d’athlètes ayant exprimé un sentiment de lassitude mentale.

Et ceux qui ont fait mieux, avaient cette marge par rapport aux minima. Alice Finot a réalisé les minima dès son premier 3 000 m steeple. Idem pour Cyréna Samba-Mayela sur 100 m haies. Gabriel Tual n’a pas connu beaucoup de difficultés. Quant à Clément Ducos, sa blessure au mois de mai a presque été une chance, dans la mesure où il avait réalisé les minima avant. Il a pu se « reposer », ne pas participer à Rome.





Mettre des minima difficiles, notamment sur des courses (qui sont les perdantes de la nomenclature FFA) amènera invariablement à voir des athlètes devoir programmer des pics de forme, juste pour se qualifier aux Mondiaux. Et si un athlète réussi ses minima un 20 juillet, après trois/quatre tentatives, comment fera-t-il pour gérer ses championnats de France et arriver en forme un mois après au championnat du monde ? On pense aussi à Manon Trapp, recordwoman de France du marathon fin février. Et qui se retrouve tout de même à 2:20 des minima FFA. Imaginons qu’elle retente un marathon en mai et qu’elle fasse un chrono de 2h21:13. Immense exploit. Mais que va-t-il lui rester après, lors du marathon des Mondiaux ?

Passer par le ranking… pour la même conséquence physique

Pour ceux qui n’ont pas réalisé les minima, la qualification est possible via le ranking. On a détaillé ici les avantages et les inconvénients, tout en détaillant la nomenclature. Une bouée de sauvetage, mais ne nous leurrons pas. Les athlètes, même avec une très bonne stratégie, vont griller énormément d’énergie pour se qualifier via le ranking. Où, pour la plupart des disciplines, ce sont cinq performances prises en compte. Ce qui oblige d’être, a minima, à un bon niveau sur une période assez longue. Et pour les athlètes « limites », cela passe par être en grande forme de fin avril jusqu’à la fin de la période de qualification. Là encore, comment défendre ses chances ? Il n’y a d’ailleurs pas eu de miracles aux JO. Aucun des athlètes qualifiés via le ranking n’a réalisé un « Season Best ».

La France se prive de potentielles surprises

On se replonge à Rome 2024. Avec le phénomène Auriana Lazraq-Khlass lors des championnats d’Europe. Qui a éclaté ses records, pour prendre l’argent, avec une performance (6 635 points) qui l’aurait amenée à la 5ème place des JO, dont elle prendra finalement la 16ème place. Si elle avait réalisé cette performance directement aux JO, on aurait pu parler de grandes surprises. La grande surprise française se nomme finalement Clément Ducos, 4ème sur 400 m haies (47.76). En ayant battu son record en séries. Il avait couru 47.69 aux États-Unis avant de se faire disqualifier pour couronnement de haie. Qui lui procure un avantage en esquivant « mieux » sa haie. Son chrono officiel était donc de 48.64 avant Paris.

Et des surprises, l’athlétisme français en a parfois connu par le passé. Des athlètes parfois à la limite de la qualification. Comme Christophe Lemaître, lors des JO 2016. Dont le meilleur 200 m de la saison était de 20.24 avant Rio. Avant de courir 20.00 en demi-finales et de réaliser 20.12 sous la pluie pour prendre le bronze. Minima FFA pour Tokyo 2025 ? 20.07. Autant dire qu’on passait à côté d’une médaille. On pense aussi à Mahiedine Mekhissi, en argent sur 3 000 m steeple en 2008 à Pékin. Meilleur chrono en 2008 avant les JO ? 8:17.22. Il bat son record en finale, sur une course qui n’était pas partie si vite que cela, avec un chrono de 8:10.49. Minima FFA pour Tokyo 2025 ? 8:13.66.

En prenant l’équivalent d’un Top 12 aux Mondiaux, il est clair qu’on s’assure, sur le papier, d’avoir des athlètes capables d’entrer en finale. Dans les faits, c’est beaucoup moins vrai. Entre la fatigue des athlètes qualifiés et le fait de s’enlever des potentielles surprises, il ne faut pas oublier quelque chose d’essentiel dans un sport avec un ou deux grands championnats dans l’année. Le but est d’y être au top là-bas. Pas avant, pas après.

2 Commentaires

2 Commentaires

  1. Avatar

    Ramonell S.

    1 mars 2025 à 0h22

    Les minimas hauts vont soit décourager nos athlètes talentueux soit les pousser au dopage.
    Dommage que la fédération ne s’entoure pas de techniciens qui réfléchissent et seulement de personnes qui cherchent la « planque ».

  2. Avatar

    Boyer Denis

    28 février 2025 à 18h58

    Bravo Jimmy Gressier, pour votre courage dans RMC sport !
    Nos athlètes ont dépassé depuis longtemps les limites des valeurs positives du sport, puis celles du haut niveau, puis du très haut niveau …
    Entraînements de professionnels, diététique hyper pointue, soins a la limite de la légalité, dopage d’état toléré par les instances internationales, provocations et incompétence de la FFA. Résultats, recherches de Chronos impossibles, d’apprentis sorciers, exil aux USA, au Kenya, sans contrôles sérieux… Pour preuves nos 2 records de marathon après 2 mois au Kenya.
    Quelle injustice pour nos athlètes talentueux qui ont un boulot et respectent l’éthique!!

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