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Rugby à XV

Benjamin Boyet : « Il fallait un peu dépoussiérer ce vieux format classique de Coupe d’Europe »

Alexandre Jeffroy

Publié le

Benjamin Boyet : « Il fallait un peu dépoussiérer ce vieux format classique de Coupe d'Europe »
Photo Icon Sport

C’est lors de ce premier week-end de mai que se jouent les demi-finales de Coupe d’Europe. Benjamin Boyet, ancien joueur de rugby et consultant depuis plusieurs années pour la chaine beIN SPORTS, qui diffuse les rencontres de Champions Cup, nous livre son ressenti pour le week-end qui arrive. Il revient également sur l’actualité des compétitions européennes et du Top 14. Il nous parle aussi de son rôle de consultant et du CS Bourgoin-Jallieu, club au sein duquel il a évolué durant près de 12 ans. 

Avant de parler des demi-finales de Coupe d’Europe, est-ce que vous voyez un favori qui se dégage, entre les quatre équipes encore en lice, pour le titre de champion d’Europe ?

Oui et non. Dans ce format de compétition un peu contrarié et avec un schéma très court, toutes les équipes ont vraiment leurs chances. Mais, c’est vrai que les équipes qui reçoivent ont peut-être un temps d’avance. Toulouse, qui reçoit Bordeaux, est, pour moi, dans une situation plus favorable que les autres. Je pense que les Toulousains sont armés pour aller jusqu’au bout. Ils courent depuis deux ou trois ans après. Ils ont été champions de France (2019). Maintenant, il leur manque ce titre de champion d’Europe sur les dernières années. Donc je pense qu’ils vont tout faire pour être champion. La seule interrogation importante, c’est en rapport avec toutes les blessures qu’ils ont pu subir sur les lignes arrières. Mais s’ils n’ont pas trop de blessures, cela devrait le faire pour eux.

Quelle est la demi-finale qui vous fait le plus envie ?

Je pense que la demie entre le Stade Toulousain et l’UBB devrait être la plus ouverte. Pourquoi ? Parce que ce sont deux équipes très joueuses, portées vers l’offensive. Si les conditions le permettent, le match devrait être très aéré, avec pas mal de points marqués. C’est cette demie qui devrait apporter le plus de surprises. Donc, on va dire que c’est la plus attendue.

L’UBB a rencontré de gros problèmes, liés à l’épidémie de Covid-19, lors de sa préparation. Ne craignez-vous pas que l’on assiste à un match à sens unique samedi ?

Non. C’est vrai que l’UBB n’a pas eu d’entrainements collectifs depuis 15 jours. Mais, les Bordelais ont quand même des certitudes sur leur jeu. Après, la seule chose un peu problématique, c’est sur l’aspect physique. C’est vrai qu’ils n’ont pas joué depuis 15 jours. Mais sur l’organisation, ils ont leurs repères.

Vous êtes un ancien demi d’ouverture référence du championnat de France, dans les années 2000. Vous êtes également passé par l’équipe de France (5 sélections). Samedi, on aura un duel entre deux ouvreurs de haut niveau, à savoir Matthieu Jalibert et Romain Ntamack. Est-ce que vous pensez que ces joueurs vont faire pencher la balance pour leurs équipes respectives ?

Déjà, il faut dire que c’est une super nouvelle d’avoir deux joueurs de ce niveau là, en club, mais surtout en équipe de France. Ces deux-là sont des joueurs de très haut niveau, qui font de grosses performances tous les week-ends. On a vraiment une génération de demis d’ouverture qui est assez extraordinaire. Ensuite, ce sont deux joueurs qui sont capables de faire la différence à eux seuls, que ce soit ballon en main ou au pied. Ils représentent un gros atout offensif pour chaque équipe. En plus, ils sont buteurs, ce qui apporte encore plus de piment au duel. C’est un vrai match dans le match. Très honnêtement, ce sera l’un ou l’autre qui fera pencher la balance pour son équipe. Après, je ne pourrai pas dire lequel de ces deux-là fera pencher la balance pour son équipe.

Et est-ce que ce match peut avoir une influence pour le poste d’ouvreur en équipe de France ?

Ils sont vraiment en concurrence. Romain Ntamack était plutôt en position favorable l’année dernière. Matthieu Jalibert a fait un tournoi de façon plutôt complète et intéressante. Il a été très performant. Cette demie pourrait peut-être avoir une influence sur la tournée d’été qui va suivre, en Australie, si elle a bien lieu. Je crois, en fait, que chaque confrontation directe va être un débat par rapport au poste en équipe de France, dans les mois et les années à venir. Ce duel là fera partie des nombreux duels et des nombreuses fois où on va leur demander d’être très performants.





Parlons, à présent, de l’autre demi-finale entre le Stade Rochelais et le Leinster. Que faudra-t-il aux Rochelais pour réaliser l’exploit face aux Irlandais ?

Il faudra deux éléments très importants. D’abord, cela concernera les attitudes sur le jeu au sol. Il va falloir avoir une rigueur très importante à ce niveau. Ensuite, ce sera sur la discipline. J’ai commenté les Rochelais en huitièmes et en quarts. Ils ont été trop souvent sanctionnés. Mais face au Leinster, ça ne passera pas. Donc, il va falloir qu’ils soient extrêmement exigeants au niveau du jeu au sol et de la discipline.

Est-ce que le forfait de Jonathan Sexton est une bonne nouvelle pour La Rochelle ?

Non, pas vraiment. Ross Byrne, le joueur qui le remplace, est très bon depuis quelques semaines. En quart de finale, à Exeter, il a fait une superbe rentrée. C’est un joueur de bonne qualité. Le forfait de Sexton n’aura pas d’influence sur le rendement de l’équipe du Leinster. Cela n’aura pas non plus d’influence sur la manière dont les Rochelais vont préparer leur match.

En Challenge Cup, Montpellier va disputer sa demi-finale face à Bath. Est-ce que le fait d’accéder à la finale de cette compétition pourrait sauver la saison de Montpellier ? Voyez-vous, également, des similitudes avec le parcours que vous faîtes avec Bourgoin-Jallieu en 2009 (accession en finale de Challenge Cup) ?

Oui, parce que nous, nous luttions pour le maintien. On avait réussi à se maintenir à quelques journées de la fin. Une finale, c’est un peu la récompense de tous les efforts que vous avez fait physiquement et surtout mentalement.  En effet, durant toute l’année, vous vous battez pour le maintien du club, que vous réussissez. De la même manière, je pense que Montpellier va bientôt valider son maintien en Top 14. Les Montpelliérains vont donc pouvoir jouer sans pression et c’est tout bénef’ pour eux. Il faut qu’ils le prennent comme tel. C’est pour cela que Montpellier peut être dangereux sur cette compétition. Ce sera difficile mais je pense qu’ils peuvent le faire.

Cette saison, nous avons eu le droit a de nouveaux formats de compétitions européennes, dictés par le contexte. Est-ce que cela vous a plu ?

Oui, complètement.

Pour quelles raisons ?

C’est un format rapide, sans doubles confrontations entre les équipes. Plus tu joues des équipes différentes, plus tu apprends. Il y a aussi davantage d’incertitudes que sur le format classique. C’est donc un format dynamique, notamment sur les phases finales. On a eu l’apparition des huitièmes, mais il en aurait été tout autant lors d’un quart de finale aller-retour. Rajouter un match de phases finales, je trouve que cela apporte du dynamisme à ce format de compétition qui doit se réinventer. Il fallait un peu dépoussiérer ce vieux format classique de Coupe d’Europe. C’est vrai que cela a été modifié par la force des choses, mais je trouve que cela a été plutôt bien accueilli par tout le monde.

Vous aimeriez qu’il soit reconduit la saison prochaine ?

Exactement. Peut-être sous une forme un petit peu différente mais avec un certain dynamisme comme cela. Je crois que tous les acteurs et les observateurs du rugby ont plutôt validé cette expérience.

L’année prochaine, on pourrait voir des provinces sud-africaines intégrer les coupes d’Europe (source : Midi Olympique). Pensez-vous que cela dénaturerait trop ces compétitions européennes ?

Oui, totalement. Je ne connais pas les contours de ce qu’il y aura mais je ne suis pas du tout pour cela. On les a intégrés en Pro 14. Mais pour la Coupe d’Europe, j’ai l’impression que cela n’aurait plus vraiment de sens. Peut-être faudra-t-il créer une autre compétition un peu plus internationale, oui, mais pas dans la Coupe d’Europe. On cherche à « caser » ces provinces sud-africaines. Pour le format de compétition et la lisibilité, je ne crois pas que ce soit forcément nécessaire pour la Coupe d’Europe.

Passons à l’actualité du Top 14, fortement marquée les épidémies de Covid-19 qui touchent certains clubs. Avez-vous la crainte que le championnat ne puisse pas se terminer dans des standards habituels ?

Il y aura certainement la possibilité de s’adapter au niveau des formats de fin de championnat. Peut-être qu’il y aura des matchs en moins sur la phase finale. Cela va certainement dépendre des matchs en retard, qui sont en train de s’accumuler d’ailleurs. S’il faut retirer des matchs sur les phases finales, je crois que l’on devra s’adapter, comme la Coupe d’Europe l’a fait.

Voilà, il y a cette crainte là. Après, il y a aussi l’optimisme parce que cela ira peut-être beaucoup mieux dans les semaines qui arrivent. Je regarde un peu le tennis. La semaine dernière, j’ai regardé le tournoi de Barcelone. Il y avait du monde dans les tribunes et pas mal de gens respectaient tout ce qui devait être respecté. Si les joueurs restent assez seriens là-dessus, notamment sur tout ce qui est protocole sanitaire et, si les effectifs sont valides, pourquoi pas finir la saison de manière classique ? Mais, je n’ai pas forcément de crainte sur le fait qu’on ne terminera pas la saison.

Peut-être faudrait-il modifier le protocole pour les quelques semaines qu’il reste ?

Le protocole évolue depuis le début de la saison. Mais je crois que oui, il faudra modifier l’appréhension qu’auront les joueurs par rapport à cela. On sent que c’est en train de toucher un peu tout le monde et on sera obligé de modifier le protocole.

Le championnat de France va bientôt devenir le seul, parmi les grands championnats dans le monde du rugby, à conserver un système de montées et de descentes. Pensez-vous que le Top 14 puisse se transformer en ligue fermée un jour ? Êtes-vous favorable à ce système ?

Déjà, je ne suis pas du tout favorable, parce que l’on perd la notion de challenge sportif. Je pense que ce qui prime pour tous ceux qui font du sport, c’est le challenge sportif, c’est-à-dire le fait de pouvoir monter, de descendre, d’être champion. La ligue fermée ne fait pas partie de la compétition sportive. On le voit bien avec l’actualité récente des clubs de football. Le nouveau projet a été mis de côté parce que les supporters se sont mis vent debout, ce qui est tout à fait normal. Donc je ne vois pas pourquoi le rugby, et surtout le Top 14, y viendraient. Modifier le format ? Pourquoi pas, peut-être qu’il va falloir le modifier suivant les ressources de certains clubs qui sont impactés. Mais je suis totalement contre le principe de ligue fermée.

Vous avez passé la majorité de votre carrière au club de Bourgoin, à savoir 12 ans, avant de rejoindre l’Aviron Bayonnais pour terminer votre carrière. C’est de plus en plus rare de voir des joueurs rester aussi longtemps au sein d’un même club. Quel regard portez-vous sur ces départs de joueurs en cours de saison pour aller renforcer des clubs concurrents ? On pense notamment aux cas de Gaël Fickou ou de Louis Picamoles.

Par rapport à cela, j’ai eu le même cas de figure pour la dernière saison que j’ai fait à Bourgoin. On avait des difficultés financières, notamment de budget, sur la saison 2009-2010. A l’époque, on avait consenti à une baisse de salaire de 18%, pour pouvoir sauver la saison. C’était soit ça, soit le dépôt de bilan. Je me rappelle avoir été approché par l’Aviron Bayonnais, dès le mois de janvier, et d’avoir rencontré le président Alain Afflelou, pour rejoindre le club en cours de saison. C’était, d’ailleurs, un concurrent direct au maintien. J’aurais pu faire le choix de partir et je ne l’ai pas fait par équité sportive et par rapport à mes partenaires avec qui j’ai joué depuis plus de dix ans. Je me voyais pas partir en cours de saison, surtout que l’on avait un objectif de maintien. Je voulais partir de Bourgoin avec le club en Top 14 et c’est ce qui s’est réalisé.

Maintenant, pour revenir et faire le parallèle à ce qu’il se passe aujourd’hui, on est sur une société de consommation. Donc finalement, est-ce que les joueurs et les clubs partent aussi sur ce principe d’avoir véritablement un sentiment d’appartenance au club et au maillot ? Selon moi, on est plutôt carriériste. Je ne remets pas en doute les performances des joueurs dans leurs clubs. Après, je pense que Gaël Fickou donnait plus en équipe de France qu’au Stade Français. C’est vrai que c’est une opportunité pour lui même si, moi, je ne l’acquiesce pas. Je suis pour la forme de prêt sur une saison. Comme au foot, c’est plutôt bénéfique. Il y a des joueurs de Top 14 qui peuvent être prêtés en Pro D2 ou entre clubs de Top 14. Il n’y a aucun souci là-dessus. Mais partir en cours de saison, c’est un peu difficile à comprendre. Les clubs et les joueurs ont leur raison. Mais l’image que l’on peut renvoyer du rugby aujourd’hui n’est pas très bonne.

Pour revenir sur Bourgoin, est-ce que vous suivez toujours attentivement l’actualité et les résultats du club ?

Oui, bien sûr. Je suis toujours d’un œil. Je n’ai pas remis les pieds très souvent à Bourgoin. Mais forcément, quand on a joué pour ce club, on suit les résultats. Malheureusement, je n’ai pas forcément reconnu les joueurs et les entraîneurs qui étaient en place. On s’est un peu perdu au niveau de l’identité, par rapport à ceux qui étaient en place. Mais, c’est en train de changer. Je suis ravi de voir ces anciens joueurs qui sont, pour l’instant, certes des entraîneurs intérimaires, mais qui sont en place pour reprendre le club au niveau sportif. Donc, je suis assez content de ce qu’il peut se passer actuellement. Après, en termes d’objectif à long terme pour ce club, c’est de revenir à sa valeur essentielle. C’est un club de formateurs par rapport à d’autres équipes. Il ne faut pas prétendre plus haut que la Pro D2 pour pouvoir pourvoir en joueurs, peut-être le LOU, ou d’autres équipes qui sont aux alentours.

Êtes-vous optimiste quant à la possibilité pour Bourgoin de retrouver rapidement la Pro D2 ?

Je suis énormément le championnat de Pro D2. Je pense que c’est encore un long chemin pour eux, c’est-à-dire, qu’il faut vraiment avoir un objectif-plan sur 3-4 ans pour pouvoir retrouver ce niveau-là et, surtout, y rester. On peut avoir une bonne saison, mais il faut y être préparé. Je crois que l’équipe dirigeante est assez intéressante. On peut le voir de l’extérieur, il y a des choses qui sont en train de se passer et c’est super positif. Maintenant, il faut que cela rejaillisse sur le sportif et cela ne se fait pas d’un coup de baguette magique, ça se prépare. Je pense qu’ils s’étaient trompés sur les quatre dernières années au niveau de l’accompagnement sportif en tête du club. Mais le fait d’avoir eu ces changements, c’est vraiment sur une véritable identité du club. Selon moi, Bourgoin est en train de prendre la bonne direction.

Pour finir, on va évoquer votre rôle de consultant. Comment s’est passée la transition à la fin de votre carrière de joueur de rugby pour devenir consultant et commentateur pour des médias sportifs ?

J’ai toujours aimé analyser. C’était dû à mon poste et mon rôle sur le terrain. Analyser les performances des équipes adverses, des uns et des autres, pour pouvoir le transmettre à mes partenaires. C’est arrivé naturellement. Après, il y a eu des rencontres, des moments super sympas. Cela me permet aussi de continuer de vivre le rugby de l’intérieur, même si l’on est en tribune et que l’on côtoie de moins en moins les joueurs malheureusement. C’est quelque chose que j’adore, de commenter et surtout d’analyser. J’ai aimé faire cela, que ce soit à la radio ou à beIN SPORTS, depuis huit ans maintenant. On est en train de créer une petite famille de consultants qui est plutôt intéressante. Ce que j’aime apporter, c’est vraiment l’analyse technique, parce que je ne suis pas un commentateur ou un journaliste. Je ne suis pas là pour raconter ce qu’il se passe, je suis là pour analyser et comprendre ce qu’il se passe. J’essaie d’être le plus clairvoyant pour ceux qui nous suivent et d’apporter la précision technique. C’est surtout cela qui m’intéresse. Raconter ce qu’il passe, ce n’est pas vraiment mon rôle, mais l’expliquer, c’est surtout cela qui est important.

Votre vision du rugby a-t-elle évolué entre l’époque où vous étiez joueur et depuis que vous êtes consultant ?

Quand je jouais, je comprends ceux qui regardaient le match. On a une vision totalement différente que celle que l’on a lorsqu’on est joueur. Pour être honnête, j’ai arrêté en 2013 mais, trois mois après, je trouvais cela très rude. On perd vite des habitudes, l’aspect physique notamment. Je trouvais que c’était d’une violence extraordinaire d’être simple observateur, alors que je n’avais quitté le rugby que trois mois auparavant. Quand on n’est pas préparé, on trouve cela violent. En terme de physique, l’évolution est énorme. Les préparations ont évolué et, pour moi, l’aspect physique, la répétition des efforts, c’est ce qui a le plus changé. Après, un joueur intelligent en 2000 ou en 2010, est toujours intelligent en 2020. Ils auraient pris des décisions bénéfiques dans les deux cas.

Les demi-finales de la Champions Cup seront diffusées sur beIN SPORTS ce week-end

  • Samedi 1er mai 2021 à 16h : Toulouse – UBB sur beIN SPORTS 2
    Dimanche 2 mai 2021 à 16h : La Rochelle – Leinster sur beIN SPORTS 1

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