Benjamin Thomas : « Je vais sur le Giro pour gagner une étape »
CYCLISME – Benjamin Thomas fait partie des valeurs sûres du cyclisme français. À un mois du départ du Tour d’Italie, qu’il aborde pour la deuxième fois de sa carrière, le coureur de l’équipe Cofidis a confié à Dicodusport son amour pour le Tro Bro Leon, une course sur laquelle il rêverait de briller. Un doublé pour Pogacar avec le Giro et le Tour de France ? Il donne son avis.
Comment vous gérez la saison 2024, avec les JO cet été ?
C’est sûr que quand on met les JO au mois d’août dans le calendrier, on articule la saison autour de ça. Il y a donc beaucoup de préparation sur les mois de juin et de juillet sur la piste. En début de saison, j’ai fait l’activité route quasi normale. Et puis normalement, je dois participer au Giro au mois de mai. Le tout entrecoupé par des stages. J’ai fait des stages au mois de février, là, j’en refais un cette semaine. Donc c’est un peu une saison particulière. Mais on doit passer par là pour préparer une saison aussi particulière, avec les Jeux.
Et ça s’est bien passé avec Cofidis ?
Oui, ça faisait partie du projet. Après, parfois, c’est un peu compliqué de trouver un calendrier qui va bien à tout le monde. Mais on fait au mieux.
Quels sont les objectifs sur le Giro qui arrive ?
Moi, je vais sur le Giro pour gagner une étape, et aussi essayer de faire le plus de places d’honneur possible. Il y a notamment des contre-la-montre où j’aimerais briller. J’ai la volonté d’être brillant sur ce Giro. L’objectif sera d’en ressortir avec une bonne condition Et derrière, si on récupère d’un grand Tour comme ça, on est forcément en condition.

Vous avez été deux fois champion de France du chrono. Est-ce toujours un objectif ?
Cette année, les championnats de France vont être fin juin, donc j’y participerai. Après, ce ne sera pas forcément un objectif. Je prendrai le départ, pour faire le meilleur résultat possible. Le chrono, je le travaille toujours à l’entraînement et j’aime bien. Dans ma carrière, j’aimerais bien aller chercher un troisième titre de champion de France. Porter le maillot de champion de France, c’est symbolique. Ça m’est déjà arrivé, donc j’ai envie de revivre ça. C’est sûr que c’est une motivation supplémentaire pour aller chercher un troisième titre. Mais cette année, je ne me fais pas trop d’illusions. On va dire que ce serait du bonus. Mais je reviendrai.
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Y a-t-il des courses que vous rêvez de gagner ?
Le Tro Bro Leon. Je l’apprécie vraiment, j’y ai participé plusieurs fois et j’aimerais vraiment la gagner. J’ai souvent été malchanceux, donc j’aimerais y briller une fois dans ma carrière. Puis j’apprécie courir en Italie, le Giro, Tirreno-Adriatico. Mais quelle course je rêve de gagner ? Ce serait une étape sur un Grand Tour, un Tour d’Italie ou un Tour de France.
Sur le Giro, cette année, il n’y aura pas beaucoup d’opportunités pour les coureurs de mon profil. Le forfait probable de Van Aert ouvre un peu plus de possibilités pour certaines étapes. Ça peut donc être un Giro un peu plus décousu, avec beaucoup d’échappées qui peuvent aller au bout.
Pogacar pourrait écraser le général. Peut-être qu’au bout d’une semaine, beaucoup d’équipes baseront leurs stratégies sur des échappées, et on pourra avoir des groupes de 10, 15, 20 coureurs qui partent. Et moi, c’est ce que je préfère. C’est sûr que je ne vais pas gagner une étape de montagne au sommet ou un sprint massif.

Pogacar, vous le voyez sur-dominer ce Giro ?
Il y a des étapes sur lesquelles il pourrait partir à 50, 60 kilomètres de l’arrivée et finir tout seul. Mais un Grand Tour, ce n’est pas comme les Strade Bianche, c’est trois semaines, il faut se gérer. Il peut être le plus fort du peloton, comme l’an dernier sur le Tour de France, et puis tout perdre sur une journée. La différence sur un grand Tour, c’est la gestion de l’énergie. On ne peut pas faire des numéros tous les jours ou partir à 100 kilomètres tous les jours. Et avec la dernière semaine qui est très montagneuse, je pense que nous aurons des opportunités sur les deux premières semaines.
En tant que coureur pro, vous l’imaginez faire le doublé ? (Interview réalisée avant la chute sur le Tour du Pays Basque)
Je pense que s’il domine énormément le Tour d’Italie et qu’il le remporte facilement, il ne remportera pas le Tour. Par contre, si le Tour d’Italie est accroché, si on voit un Pogacar un peu moins en forme, mais qu’il remporte quand même le Giro, il peut faire le doublé. Ça voudra dire qu’il a peut-être son pic de forme qui arrive pour le Tour. Je pense qu’à 90%, il peut remporter le Tour d’Italie. Mais il va falloir qu’il soit à 100% de sa forme pour le Tour de France.
Est-ce que vous avez peur de la chute à l’approche d’un si grand objectif que sont les Jeux Olympiques ?
Forcément, un peu. Enfin, notamment sur le mois avant les JO. Je ne courrai pas sur ce dernier mois. Il y a des risques quand on prend des risques. Il faut que ça soit mesuré et il y a des étapes sur lesquelles on peut aller jouer, où il faut aller frotter, etc. Mais après, il y a certains jours où si l’étape ne correspond pas à mes qualités, je vais éviter de prendre des risques. Je préfère me mettre sur le côté, dans le vent ou sur le côté de la route et pas au milieu, à essayer de remonter comme un fou. Il ne faut pas non plus être obsédé par la chute parce que sinon, ça nous bloque et ce n’est pas forcément mieux. Même le jour des Jeux, il y aura de la tension. Il faut être prêt, il faut garder de l’agressivité positive.


